Après le revers 5-1 face à la Suède, la Tunisie confie sa reconstruction à Hervé Renard pour les qualifications de la Coupe du monde 2026.
Quand une équipe nationale encaisse cinq buts en un match, il ne reste plus qu'une route : celle de la reconstruction. C'est ce chemin que la Fédération tunisienne de football vient d'emprunter en nommant Hervé Renard à la tête de la sélection. La débâcle face à la Suède (5-1) à Monterrey, loin d'être un simple accident tactique, a forcé la main des dirigeants. Il fallait un homme d'expérience, un bâtisseur. Renard, lui, connaît le registre.
Comment un technicien français devient la planche de salut du football tunisien?
Hervé Renard n'est pas un inconnu dans les bureaux de la FAT. Le Français de 58 ans traîne derrière lui une réputation de redresseur d'équipes en péril. Deux victoires à la Coupe d'Afrique des Nations avec la Zambie en 2012 et la Côte d'Ivoire en 2015, voilà des références qui parlent. Ce ne sont pas des miracles de baguette magique, ce sont des constructions patientes, des équipes rajeunies, remobilisées. Renard a ce don de transformer une débandade en projet collectif, ce qui explique pourquoi les dirigeants tunisiens l'ont appelé plutôt que de se précipiter sur un technicien du cru ou un has-been nostalgique.
La Tunisie, rappelons-le, sort de trois décennies de football sans grand éclat continental. Depuis la dernière apparition en finale de la Coupe d'Afrique en 2004, les Aigles de Carthage ont surtout connu des courants d'air. Renard devra donc jongler entre deux mondes : celui des promesses faites aux instances du football français (il entraînait en parallèle des sélections nationales plus riches) et celui de la jeunesse tunisienne, souvent talentueuse mais dispersée entre l'Afrique du Nord et l'Europe. Le vrai défi ne sera pas tactique. Il sera humain.
Que reste-t-il à sauver après le naufrage face aux Suédois?
Cinq buts encaissés en une soirée, c'est le genre d'horreur qui reste gravé longtemps. L'équipe tunisienne n'a pas juste perdu, elle s'est désagrégée. Or, entre cette catastrophe et les qualifications pour la Coupe du monde 2026, il n'y a que quelques matchs. Renard aura peu de temps pour transformer la psychologie collective. Ses premiers mois seront consacrés à identifier qui reste jouable mentalement et qui a besoin de temps avant de revêtir le maillot national sans trembler.
Les effectifs existent. La Tunisie peut compter sur des éléments formés en Europe : Youssef Msakni à Al-Duha, Ellyes Skhiri à Cologne, Aïssa Laïdouni à Atalanta. Ce ne sont pas des monuments, mais ce sont des joueurs rodés à la compétition. Renard les connaît, il sait comment les intégrer dans un schéma cohérent sans les épuiser ou les écraser sous la pression. C'est justement ce qui le différencie d'un autocrate classique : il n'impose pas, il construit. Entre maintenant et le premier match de qualification, il faudra panser les plaies psychologiques et restaurer une certaine dignité. Pas facile quand on vient de manger 5-1 contre une nation nordique.
Peut-on vraiment croire à une qualification tunisienne au Mondial 2026?
La question ne saurait être éludée. Renard devra naviguer un groupe de qualification avec d'autres candidats sérieux. L'Afrique du Nord produit du foot de plus en plus relevé, l'Algérie et le Maroc restent des rivaux naturels. Quant aux équipes d'Europe du Nord comme la Suède, elles jouent désormais à armes égales sur les terrains africains. Cette dernière débâcle le prouve cruellement.
Mais voilà : Renard a déjà connu pire. En 2011, la Zambie était loin d'être promise à une CAN victorieuse. En 2015, la Côte d'Ivoire s'était présentée en tant que candidate mais pas favorite unanime. Le technicien a le secret d'insuffler une croyance collective. Il crée une bulle, un environnement où chacun croit que l'improbable est possible. C'est un art que peu de sélectionneurs maîtrisent encore. Avec 18 mois devant lui avant la Coupe du monde 2026, Renard dispose de suffisamment de fenêtres internationales pour bâtir quelque chose de respectable. Pas un monstre européen, certes, mais une équipe capable de marquer, de défendre, de créer du suspense.
La Tunisie repartait de loin après ce fiasco suédois. Elle a choisi un homme qui sait relever les défis impossibles. Le pari est osé, mais pas déraisonnable. C'est dans ces moments de rupture que le football montre sa vraie nature : celle de rebondissement et d'espoir renaissant, même après les plus noirs des mercredis soir.