Le sélectionneur de la Corée du Sud jette l'éponge après l'élimination en phase de groupes. Un départ qui symbolise l'impasse tactique d'une nation footballistique en crise d'identité.
Hong Myung-bo n'a pas tenu quarante-huit heures. Hier encore, il tentait de défendre l'indéfendable après l'élimination de la Corée du Sud en phase de groupes de la dernière Coupe du monde. Aujourd'hui, le sélectionneur à la légendaire carrière de défenseur reconnaît l'évidence : il n'est plus l'homme de la situation. Son départ, annoncé sans tambour ni trompette, ressemble moins à une démission qu'à un aveu d'impuissance face à une nation qui, depuis deux décennies, rêve de retrouver la magie de 2002.
Quand la fierté coréenne rencontre ses limites tactiques
Il y a quelque chose d'ironique à voir Hong Myung-bo, ancien capitaine incontestable de la défense sud-coréenne, abdiquer sous le poids des attentes nationales. L'homme qui avait dirigé le pays à trois reprises déjà connaissait pourtant le poids de cette charge. Mais cette fois, contrairement à ses mandats précédents, il n'a pas eu le temps de construire. Pas même celui de poser les briques d'une nouvelle fondation.
La Corée du Sud n'a marqué que quatre buts durant la compétition. Quatre. Un chiffre qui dit tout du malaise offensif qui ronge le sélectionneur depuis son arrivée. Les attaquants talentueux ne manquaient pourtant pas : Son Heung-min brillait déjà avant cette compétition, d'autres promesses attendaient leur heure. Mais le football, c'est aussi savoir convertir le potentiel en résultats, et c'est précisément là que Hong Myung-bo a échoué à tracer un chemin cohérent.
La réalité, c'est que la Corée du Sud patine depuis que l'Asie du Sud-Est s'est réveillée footballistiquement. Jadis dominateurs incontestés, les Taeguk Warriors ont vu leurs voisins les rattraper puis les dépasser. La Thaïlande, le Vietnam, les Philippines : des équipes qui, il y a dix ans encore, auraient dû faire office de figuration, imposent maintenant des styles de jeu agressifs et modernes. Hong Myung-bo avait la responsabilité de réimaginer la puissance coréenne. Il n'y a pas réussi.
Une démission qui libère une nation en quête de direction
Contrairement à d'autres sélectionneurs qui s'accrochent, nient, contestent, Hong Myung-bo a eu la dignité de partir. C'est un geste rare dans un univers où l'ego des entraîneurs prime souvent sur l'intérêt collectif. Peut-être parce qu'il connaît trop bien la culture coréenne, cette exigence de perfection qui transforme tout échec en catastrophe nationale.
Son départ ouvre maintenant un véritable débat : la Corée du Sud a-t-elle encore les outils pour dominer l'Asie ? Ou faut-il accepter une nouvelle hiérarchie continentale ? Ces questions, aucun sélectionneur n'avait osé les poser publiquement. Hong Myung-bo, en s'en allant, les pose implicitement. C'est peut-être sa contribution la plus honnête à ce débat national.
La fédération coréenne va maintenant se mettre en quête d'un nouveau leader. Pas seulement un entraîneur capable de gérer des joueurs de talent, mais quelqu'un d'assez visionnaire pour rompre avec les dogmes tactiques du passé. Quelqu'un capable de regarder la révolution asiatique en face sans se réfugier dans la nostalgie des années 2000.
L'après Hong Myung-bo : reconstruire ou révolutionner
Les statistiques disent que la Corée du Sud compte environ deux millions de footballeurs licenciés, que ses académies forment depuis des années des générations entières. Pourtant, la chaîne de transmission de l'excellence s'est cassée quelque part. Entre la base de masse et les sélections nationales, le système génère des talents individuels mais rarement des collectifs harmonieux.
Hong Myung-bo n'a pas créé ce problème. Mais il l'a fait apparaître au grand jour. Son successeur devra décider s'il poursuit le bricolage tactique ou s'il a le courage de révolutionner la philosophie coréenne. Passer d'un style fondé sur la rigueur défensive à quelque chose de plus dynamique, plus imprévisible, plus moderne. Les Espagnols ont fait cette transition autour de 2008. Les Français aussi, d'une certaine manière. Aucune nation n'en est sortie indemne.
Pour l'instant, la Corée du Sud pleure l'élimination, dénonce les arbitres, se demande où tout a mal tourné. Hong Myung-bo a choisi de partir plutôt que de subir cette agonie collective. C'est une leçon d'humilité que d'autres feraient bien de méditer.