Vainqueurs 3-0 de la Suède, les Bleus se projettent déjà sur les huitièmes face au Paraguay. Une victoire convaincante qui cache pourtant des failles à corriger avant le choc.
Trois buts, une domination sans partage, et pourtant une sensation de rendez-vous manqué. La France a écrasé la Suède hier soir sur le score de 3-0, une affiche qui semblait promise à un festival offensif mais qui s'est révélée bien plus laborieuse qu'il n'y paraît. À moins de quarante-huit heures du choc contre le Paraguay en huitièmes de finale, Didier Deschamps peut savourer la victoire, mais le sélectionneur français sait pertinemment qu'il n'y a rien de définitif à retenir de cette performance.
Comment expliquer cette domination sans éclat ?
La possession de ballon des Bleus a frôlé les 70 % ; sur le papier, cela ressemble à l'établissement d'une hégémonie tactique. Or, la traduction en occasions franches raconte une autre histoire. Les Suédois, malgré leur infériorité manifeste, ont su se maintenir à flot pendant de larges périodes, laissant à penser que l'équipe de Janne Andersson avait au moins préparé un plan de jeu défensif cohérent. C'est précisément là que réside le paradoxe : vaincre largement, oui, mais en creusant un écart bien moins béant que celui que suggère le score final.
Zlatan Ibrahimovic, observateur avisé du football nordique, n'a d'ailleurs pas manqué de souligner que la Suède aurait pu concéder davantage tant la France a gaspillé des opportunités. Cette remarque ne relève pas de la simple courtoisie : elle cristallise une vérité souvent occultée dans l'analyse des grandes compétitions. Un score fleuve n'efface jamais complètement les imprécisions, les hésitations, les choix tactiques qui auraient pu coûter cher face à une équipe mieux armée. Le Paraguay, justement, ne sera pas la Suède.
Le Paraguay pose-t-il un problème différent aux Bleus ?
Sur papier, le dossier semble aisé. La France sort du Mondial avec le statut de coleader du groupe, la Suède reste à la traîne, et voilà que débarque le Paraguay, une formation sud-américaine qui a dû batailler ferme pour arracher sa qualification. Mais la beauté du football réside précisément dans cette capacité à déjouer les pronostics établis. Le Paraguay possède des joueurs de caractère, une expérience collective qui s'est forgée dans la rude compétition de la Copa América, et surtout une mentalité de petit poucet qui transforme les matchs en combats.
Didier Deschamps sait cela mieux que quiconque. Les équipes latino-américaines, notamment celles qui proviennent de la zone sud du continent, jouent un football différent : moins préoccupées par la possession, elles frappent sur les transitions, exploitent les espaces laissés vacants et n'hésitent jamais à enfoncer un bloc défensif vulnérable. Les failles entrevues contre la Suède — cette propension à s'endormir en première période, ces ballons perdus en milieu de terrain qui auraient catastrophique si l'adversaire avait eu plus de tranchant — pourront se transformer en débâcles contre une équipe mieux organisée dans le contre-attaque.
Avec 15 tirs cadrés contre la Suède, la France a néanmoins montré qu'elle possédait le potentiel offensif nécessaire pour mettre le Paraguay en difficulté. Encore faut-il que cette efficacité se vérifie lorsque les occasions se raréfient et que l'enjeu se cristallise davantage.
Que dois faire Deschamps pour affûter sa machine avant les huitièmes ?
Les deux jours qui séparent les Bleus de leur affrontement avec le Paraguay seront précieux pour affiner les détails. Pas question de révolution tactique, mais plutôt de corrections chirurgicales. La première urgence concerne la circulation du ballon en première période : trop lente, souvent prévisible, elle a permis à la Suède de s'organiser sans réelle pression. La deuxième réside dans la gestion de la fin de match, ce moment où l'équipe de Deschamps s'est contentée de gérer, sans chercher à enfoncer définitivement son adversaire.
Le sélectionneur français dispose également d'un luxe auquel peu d'équipes peuvent prétendre : les options en attaque. Même si les trois buts de la victoire suédoise proviennent des attaquants titulaires, Deschamps n'a jamais craint de puiser dans son vivier offensif pour trouver la combinaison gagnante. Contre le Paraguay, cette profondeur pourrait faire la différence, à condition que les entrants soient mobilisés dans un dessein tactique clair et non en tant que simple force de frappe générique.
Il y a enfin la question psychologique. Battre largement crée une confiance, certes, mais elle engendre aussi parfois une forme de relâchement, cette illusion que la supériorité sur le papier suffit à emporter le jour. Les Bleus seront attendus au tournant. Le Paraguay arrivera sans la pression du favori, avec la liberté du gladiateur qui n'a rien à perdre. C'est précisément dans ces configurations que les surprises germent.
La Coupe du Monde se gagne rarement sur la qualité d'une seule affiche. Elle s'édifie sur la capacité d'une équipe à progresser match après match, à corriger ses erreurs, à adapter son jeu aux configurations rencontrées. La victoire contre la Suède, rassurante sur le plan du résultat, doit servir de réveil tactique plutôt que de point d'appui moral. C'est à ce prix que la France pourra sérieusement envisager de disputer les plus hauts stades de cette Coupe du Monde 2026.