Auteur d'une prestation XXL face à la Suède (3-0), Michael Olisé du Bayern Munich a bluffé ses coéquipiers. Un 8/10 qui aurait pu être davantage.
Michael Olisé aurait pu rentrer dans le vestiaire avec un but. Il en sort avec quelque chose de plus précieux : la certitude que la France détient un ailier capable de basculer un match en quelques secondes. Face à la Suède, samedi soir, le numéro 14 tricolore a livré une masterclass d'efficacité offensive, frustrant ses adversaires comme il sait le faire au Bayern Munich, creusant des espaces où il n'y en avait pas, accélérant quand il fallait respirer.
Pourquoi ce match ressemble à un tournant pour les Bleus?
Dès le retour des vestiaires, quelque chose s'est déclenché dans le jeu français. La première période avait été timide, presque laborieuse, avec une équipe qui semblait chercher ses automatismes. Puis Olisé a commencé à respirer, à accélérer sur son flanc gauche, et c'est à partir de là que la Suède a basculé. Deux coéquipiers ont confesté leur choc après la rencontre en voyant l'intensité avec laquelle le Bavarois impose son rythme. À 22 ans seulement, il ne joue pas comme un garçon qui découvre l'équipe de France — il joue comme quelqu'un qui sait qu'il est attendu.
La question n'est plus de savoir s'Olisé peut être une option offensive majeure pour Didier Deschamps. Elle devient : peut-on vraiment se passer de lui? Ce 3-0 face à une sélection nordique à domicile (3-0, ce n'est jamais rien) masque quelque chose de plus structurant. Les Bleus ont marqué, oui. Mais ils ont surtout trouvé dans les trente dernières minutes un équilibre offensif qui semblait fragile avant son entrée en action. Pas de but personnel, mais une signature tactique. C'est presque plus important qu'un troisième pion.
Comment expliquer qu'il n'ait pas trouvé le chemin des filets?
Le Bayern ne form pas à la gâchette facile. Olisé est un créateur qui comprend le jeu dans sa totalité, capable de piquer des ballons en zone dangereuse ou de centrer à la perfection pour un coéquipier mieux placé. Face à la Suède, sa frustration était visible à certains moments — lui qui maîtrise son énergie habituellement semblait impatient de conclure. Une ou deux occasions lui ont échappé là où un ailier purement buteur les aurait converties sans trembler.
Mais voilà : c'est précisément cette complétude qui le rend dangereux pour une défense adverse. Les Suédois ne savaient jamais s'il allait centrer, dribbler ou piquer. À Munich, Carlo Ancelotti l'utilise exactement pour ça. Olisé est un créateur qui apprend à scorer, pas un scoreur qui apprend à créer. La nuance n'est pas anodine. Son 8/10 aurait pu devenir un 9 ou un 10 avec un but. Mais ce qu'il a livré — une domination progressive d'une aile entière du terrain — vaut son pesant d'or. Les statistiques de passe décisive, de dribbles réussis et de tirs cadrés le confirmaient.
Qu'est-ce que cela signifie pour l'Euro à venir?
Deschamps tient un dilemme délicieux. Comment titulariser Olisé sans pénaliser les latéraux? Comment le faire cohabiter avec Griezmann, Mbappé, Fofana, tous des titulaires virtuels? La réponse se trouve peut-être dans l'intensité des phases de jeu courtes, où trois ou quatre passes suffisent pour déverrouiller la défense. Olisé excelle précisément là. Il n'est pas un joueur du catenaccio qui attend que la géométrie se dessine. Il la crée.
Ce 3-0 contre la Suède, c'est Olisé qui l'a rendu possible, pas par une stat finale, mais par une présence suffocante. Un Bleu l'a d'ailleurs confié aux journalistes : il a été «choqué» par sa vitesse d'exécution, son rythme cardiolaire apparent (et réel). Un autre a parlé d'une «révélation» en voyant comment il domine sans ballon — se plaçait constamment à des mètres de ses marqueurs, créant du vide. C'est le détail que les vidéos de buts ne montreront jamais.
Michael Olisé n'a pas marqué contre la Suède. Mais il a posé une question à Deschamps : combien de temps encore peux-tu l'ignorer dans tes plans majeurs? À Munich, Carlo l'utilise déjà comme un titulaire régulier. En bleu, il doit encore conquérir son statut. Samedi, il a fait un grand pas dans cette direction. Ses deux coéquipiers l'ont ressenti physiquement. Et cela, aucun buteur ne peut le faire à sa place.