La Roja expédie l'Autriche 3-0 en huitièmes de finale. Oyarzabal brille, Yamal régale. L'Espagne joue avec la grâce d'une équipe qui sait déjà qu'elle ira loin.
Quand on voit Lamine Yamal à 16 ans faire danser une défense entière comme s'il jouait à la console sur la chaise de sa grand-mère, on comprend que l'Espagne ne vient pas en Coupe du Monde pour faire de la figuration. Ce dimanche face à l'Autriche, la Roja a confirmé qu'elle était en train de devenir l'équipe phare de ce tournoi, pas par la force brute, mais par cette fluidité intemporelle qu'elle cultive depuis deux décennies.
Oyarzabal démantèle les Autrichiens en deux actes
Mikel Oyarzabal a transformé ce match en simple exercice de tir au but. Le buteur de la Real Sociedad, lancé dans des espaces que l'Autriche offrait aussi généreusement qu'un père Noël déprimé, a inscrit un doublé qui aurait pu en être un quintuplé tant les opportunités se succédaient. Ses deux réalisations, construites sur des combinaisons où chaque passe était une signature, témoignaient d'une domination telle que l'issue ne faisait aucun doute après trente minutes.
Ce qui frappait, c'était moins la précision d'Oyarzabal que la simplicité apparente avec laquelle l'Espagne déroulait son plan. Pas de héros surjoué, pas de rugby des pieds, juste des lignes qui s'ouvraient, des latéraux qui remontaient, des ailiers qui piquaient vers l'intérieur. Alejandro Balde et Álvaro Morata jouaient les passeurs, Yamal lisait le jeu comme un vieux Xavi recomposé en miniature, et Álvaro Morata faisait le sale boulot sans s'énerver.
Puis Álvaro Porro, ce latéral droitier méconnu qui joue à Sporting Lisbonne, a ajouté un troisième but en seconde période. Une journée de travail, en somme. Le genre de soirée où tu coches la case sans te fouler, sachant que tu la joues comme elle vient, et que ça suffit.
L'Autriche, trop jeune ou trop fragile pour cette hauteur
Il serait facile de crier au scandale autrichien, de dénoncer un manque de compétitivité ou une défense en miettes. Mais l'Autriche n'a pas perdu parce qu'elle était nulle, elle a perdu parce qu'elle n'existait pas dans le même registre que son adversaire. C'est la différence entre jouer au football et le vivre. Ralf Rangnick, sur le banc autrichien, a vu son équipe subir plutôt que combattre, prise dans une toile d'araignée que la Roja avait tissée avant même le coup d'envoi.
Les chiffres racontent cette histoire brutale : la possession de balle flirtait avec les 70 pour cent en faveur de l'Espagne, et chaque ballottage ressemblait à une variation sur un thème déjà connu. L'Autriche s'imaginait pouvoir jouer au contrepied, mais il faut d'abord avoir le ballon pour faire ça. Les milieux autrichiens criaient, gesticulaient, tenaient les lignes par l'épaule, mais c'était comme crier dans une gare avec des boules quies.
Christoph Baumgartner, l'espoir autrichien, s'était perdu quelque part entre Gavi et Pedri. Serge Gnabry, censé apporter du piment côté droit, avait l'air de quelqu'un qui découvrait le stade pour la première fois. À aucun moment, les Autrichiens n'ont donné l'impression de croire à leur affaire. C'était du théâtre sans acteurs.
La Roja progresse avec la sérénité de ceux qui savent
Voilà où en est l'Espagne : elle joue à un niveau que peu de sélections peuvent suivre aujourd'hui. Pas par la qualité brute de ses individualités, mais par la compréhension collective que chacun a du rôle des autres. Yamal n'est pas Pelé, Oyarzabal n'est pas Iniesta, Morata n'est pas Xavi, mais ensemble ils forment une machine qui digère les adversaires.
Les prochains matchs de la Roja dessineront si cette maîtrise peut tenir face à des équipes qui, elles, oseraient riposter. Mais pour l'instant, l'Espagne avance en demi-finaliste naturel, celle qui n'a pas besoin de transpirer pour enlever les obstacles. C'est le signe d'une équipe qui a retrouvé son âme après des années de tâtonnement post-2012, et qui sait très bien que la Coupe du Monde regarde qui ose.