Joan Laporta répond aux critiques de Florentino Pérez. Entre Madrid et Barcelone, la rhétorique remplace le football sur le terrain.
Florentino Pérez a sorti ses munitions la semaine passée. Joan Laporta vient de les renvoyer directement à l'expéditeur. Voilà où en est rendu le conflit entre le Real Madrid et le FC Barcelone : deux présidents qui se tirent des traits acérés en conférence de presse, deux visions du football qui s'affrontent moins sur le rectangle vert que sur les podiums. C'est devenu un sport à part entière, presque aussi passionnant que le match lui-même.
Que reproche exactement Laporta au président du Real?
Le leader du Barça n'a pas mâché ses mots face à la sortie incisive de Pérez. Ce dernier avait déroulé son argumentaire habituel : les subventions, la gestion opaque, les avantages invisibles du Barça. Un classique du répertoire madrilène. Laporta, lui, refuse cette narration. Il pointe du doigt la cohérence des finances blaugranas depuis le redressement comptable amorcé en 2021. Les chiffres? 90 millions d'euros de déficit il y a trois ans, un équilibre progressif maintenant.
Mais ce qui irrite vraiment le président barcelonais, c'est l'implication sous-jacente : celle d'un Barça qui tricherait, qui bénéficierait d'arrangements de la Liga. Laporta le sait, cette accusation colle à la peau de son club comme une tache de vin sur une chemise blanche. Alors il riposte. Il argumente. Il tente de rétablir les faits. Sauf que face à Pérez, qui maîtrise l'art de la communication depuis trente ans, c'est comme de vouloir faire de l'escrime avec quelqu'un qui pratique le sabre depuis l'enfance.
Pourquoi cette guerre verbale ne s'arrête-t-elle jamais?
Parce que l'enjeu réel n'est pas dans les mots, il est dans la domination sportive et économique. Le Real Madrid a retrouvé son statut de géant, notamment grâce à des choix stratégiques flous : comment expliquer l'écart de masse salariale entre les deux clubs alors que le Barça avait signé Mbappé et Haaland quelques années plus tôt? Le paradoxe, le voilà.
Laporta n'est pas naïf. Il comprend que critiquer Pérez, c'est aussi parler à ses propres supporters. C'est leur dire : regardez, les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. C'est un appel à la conscience collective. Pérez, de son côté, utilise le même mécanisme : il canalise la méfiance ancestrale du Real vis-à-vis d'un Barça qui aurait les faveurs de l'État catalan. Deux discours qui trouvent leur public respectif, qui se renforcent l'un l'autre.
Et puis il y a la structure même du football espagnol. La Liga n'a jamais su imposer une clarté totale comme la Premier League. Les zones grises règnent. Chaque club interprète les règles à sa convenance. Dans ce flou, les présidents discours occupent le terrain. C'est à qui criera le plus fort que l'autre joue en dehors des lignes.
Où mène cette escalade, réellement?
Nulle part. Ou plutôt, vers une usure. À force de guerres verbales, on finit par ne plus entendre que le bruit. Les décideurs – la Liga, la Fédération espagnole – sont paralysés. Ils savent que trancher en faveur de l'un ou l'autre reviendrait à alimenter l'accusation de partialité. Alors ils laissent les présidents verser leur fiel. C'est plus confortable qu'un vrai travail institutionnel.
Laporta le sait aussi. Son intérêt n'est pas vraiment de convaincre Pérez. C'est de maintenir une certaine légitimité auprès de ses fans, de montrer qu'il ne baisse pas les yeux. Le Barça a suffisamment souffert ces dernières années pour que son président se batte sur le terrain symbolique. Sur le terrain réel, l'équipe de Hansi Flick joue bien. Voilà le meilleur des arguments. Pas une conférence de presse.
Mais c'est vrai que c'est moins spectaculaire. Et beaucoup moins addictif. Le football espagnol s'est construit sur cette tension entre deux monolithes. Le Clásico, c'était autrefois le plus beau des duels. Maintenant, le match lui-même pâtit du bruit ambiant, des accusations croisées, des doutes systématiques. Quelle victoire sera jamais totalement acceptée? Laquelle ne sera pas criée au trucage? C'est le vrai poison.
Laporta sortira sa sortie, les médias madrileños crieront à la défense coupable, puis ce sera le tour de Pérez de monter au pupitre. Et ça recommencera. Jusqu'à quand? Jusqu'à ce qu'un des deux cède. Ou jusqu'à ce que tout le monde se fatigue à écouter. Pour l'instant, en Espagne, on écoute encore très bien.