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Autres Sports

La France sportive explose, mais personne ne regarde

Par Antoine Moreau··6 min de lecture·Source: Sport Business Mag

En une semaine, la France aligne des exploits historiques dans cinq disciplines différentes. Pourtant, le débat public reste englué dans le football.

Laissez-moi vous poser une question simple. Quand avez-vous entendu parler, à la radio ce matin, à la télé hier soir, de Stève Stievenart ? Prenez le temps d'y réfléchir. Cet homme a bouclé dimanche la « triple couronne du bout du monde » - en reliant l'Uruguay à l'Argentine à la nage, il est devenu le premier être humain à réaliser cet enchaînement de traversées extrêmes en eaux libres. Une première absolue dans l'histoire du sport. Résultat dans les médias généralistes français : un silence poli, presque gêné.

Pendant ce temps-là, les plateaux télé débattaient encore du mercato estival d'un club de Ligue 1. Bienvenue en France, en avril 2026.

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Une semaine qui aurait dû tout changer

Repassons le film. En l'espace de quelques jours, le sport français hors football a produit une série d'événements que n'importe quelle rédaction sportive sérieuse aurait dû traiter comme des événements majeurs. Une Française va piloter officiellement en Formule 1 - une première historique dans le sport automobile mondial, dans la discipline reine, celle que regardent 500 millions de téléspectateurs chaque saison. Jimmy Gressier est devenu le premier Français champion du monde du 10 000 mètres à Tokyo, le 14 septembre dernier, en 28 minutes 55 secondes et 77 centièmes. Sofiane Mossely a signé un retour tonitruant devant le public français en boxe. Et Martin Fourcade, lui, va récupérer à Milan-Cortina en 2026 un sixième titre olympique - celui de Vancouver 2010 - suite à la disqualification pour dopage d'un biathlète russe confirmée le 19 septembre. Six médailles d'or olympiques. L'un des plus grands sportifs français de tous les temps.

Six. Médailles. Olympiques. Comptez sur vos doigts.

On parle d'un homme qui rejoindrait Renaud Lavillenie et Marie-José Pérec dans le panthéon restreint des athlètes français aux multiples couronnes olympiques. Et cette information méritait, dans certains grands médias, à peine un encadré en bas de page.

L'argument du marché, ou la capitulation intellectuelle

Je connais déjà la réponse qu'on va m'opposer. « Antoine, les audiences parlent d'elles-mêmes. Les gens veulent du football. On leur donne ce qu'ils veulent. » C'est l'argument de la capitulation habillé en pragmatisme. Et je vais vous expliquer pourquoi il est faux.

Les audiences ne se créent pas dans le vide. Elles se construisent. Elles se cultivent. Quand Canal+ a diffusé la natation en eaux libres lors des Jeux de Paris 2024, les Français ont découvert un sport qu'ils ne connaissaient pas - et ils y ont adhéré massivement. Laure Manaudou, qui confirme aujourd'hui son soutien à Léon Marchand sur les réseaux sociaux, génère des millions d'interactions à chaque prise de parole. Ce n'est pas parce que la natation est dans l'ADN collectif français depuis toujours - c'est parce qu'une génération de champions a forcé les portes de la visibilité médiatique.

Timothy Loubineaud, qui prépare les JO de Milan-Cortina 2026 en patinage de vitesse sous la bannière de la Fédération française de roller et skateboard - une structure atypique qui mérite à elle seule un article entier - incarne exactement cette idée. Un athlète de haut niveau dans une discipline confidentielle, soutenu par une fédération qui sort des sentiers battus, qui avance dans l'ombre totale. Qui en parle ? Personne. Et pourtant, dans dix-huit mois, on va peut-être découvrir un médaillé olympique français que l'on n'a jamais vu venir.

Quand le sport féminin paie encore le prix fort

Il y a une information, parmi toutes celles de cette semaine, qui me met personnellement hors de moi. L'équipe de France féminine de boxe a été privée des Championnats du monde en raison de tests de genre. Des athlètes françaises, des championnes, exclues d'une compétition mondiale à cause d'une procédure qui reste scientifiquement et éthiquement contestée par une large partie de la communauté médicale internationale.

Et pendant que Sofiane Mossely, elle, retrouve un ring en France et gagne - offrant exactement le type de récit positif, de retour triomphal, dont le sport féminin a besoin pour exister dans l'espace médiatique - ses coéquipières se heurtent à une injustice administrative que personne ne hurle assez fort pour dénoncer. Le contraste est brutal. D'un côté, une championne qui reprend son destin en main. De l'autre, des athlètes sacrifiées sur l'autel d'une politique sportive internationale qui patine.

« Le sport est un miroir de la société. Ce qu'on choisit de regarder dedans en dit plus long sur nous que n'importe quel sondage d'opinion. »

Cette phrase, je la reformule à chaque fois que je couvre des Jeux olympiques. Elle s'applique parfaitement à ce qu'on observe cette semaine.

Paul Seixas, Alaphilippe, Dicko - le sport qui avance sans vous

Paul Seixas émerge en cyclisme. Romane Dicko chute à Tbilissi - et même ses défaites font l'actualité du judo mondial tant elle est devenue une référence planétaire. Julian Alaphilippe traverse une mauvaise passe. Les JO Alpes 2030 se dessinent concrètement, avec une décision imminente sur le pôle niçois selon Renaud Muselier. Le futur combat Tyson Fury-Arslanbek Makhmudov s'annonce, avec tous les enjeux que représente l'émergence d'un boxeur kazakh dans la hiérarchie des poids lourds mondiaux.

Tout ça se passe. Maintenant. En France et dans le monde. Sans vous, si vous continuez à n'ouvrir que les pages foot de vos applications.

Je ne fais pas le procès du football. Ce serait aussi stupide que de reprocher à la mer d'être mouillée. Le football est ce qu'il est - un phénomène culturel total, légitime dans son omniprésence. Mais l'hégémonie du football dans la couverture médiatique sportive française n'est pas une fatalité. C'est un choix éditorial. Renouvelé chaque jour, dans chaque rédaction, par des gens qui ont décidé que le risque de couvrir autre chose était trop grand.

Le vrai luxe, c'est la diversité

Stève Stievenart nage entre l'Uruguay et l'Argentine. Jimmy Gressier court le 10 000 mètres en moins de 29 minutes à Tokyo. Une Française s'apprête à tourner un volant en Formule 1 pour la première fois de l'histoire. Martin Fourcade va recevoir sa sixième médaille d'or olympique devant les caméras du monde entier à Milan-Cortina.

Le sport français n'a jamais été aussi riche, aussi divers, aussi porteur d'histoires extraordinaires. Le problème n'est pas l'offre. Le problème, c'est nous - journalistes, directeurs de rédaction, agrégateurs d'algorithmes - qui continuons à faire semblant que tout ça n'existe pas vraiment, que c'est du bonus, du supplément d'âme réservé aux initiés.

Ces athlètes méritent mieux. Et franchement, vous aussi.

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