L'ancienne gloire marocaine Mustapha Hadji prévient les Brésiliens : le Maroc n'est plus l'équipe docile d'autrefois. Un avertissement prophétique avant le Mondial 2026.
Mustapha Hadji ne mâche pas ses mots. Quelques mois avant que le Brésil ne foule la pelouse du stade où l'attendra le Maroc pour l'ouverture de sa campagne à la Coupe du Monde 2026, l'ancien attaquant marocain brandit un message d'une clarté biblique : les Brésiliens feraient bien de ne pas s'endormir sur leurs lauriers. C'est sur le plateau de Remontada, l'émission phare de Medi1TV, que Hadji a livré ce diagnostic sans détour, ramenant à la réalité une certaine illusion de hiérarchie mondiale qu'on croyait immuable.
Quand les fantômes du passé deviennent des menaces tangibles
Le Maroc que redoutait autrefois la planète football n'existe plus. Celui des années 1980, celui de Hadji justement, était une nation habitée par le rêve mais dominée par l'écrasement. L'équipe se battait avec l'honneur d'un petit pays contre les géants européens et sud-américains, mais succombait inévitablement. Cette époque du football marocain était belle, certes, nostalgique même, mais elle vivait dans l'ombre de ses aînés.
Sauf que le Maroc d'aujourd'hui n'est pas celui-là. Le parcours à la Coupe du Monde 2022 au Qatar a marqué un tournant existentiel. Achraf Hakimi, Hakim Ziyech, Sofyan Amrabat, Noussair Mazraoui — ces noms résonnent différemment dans les vestiaires des grands d'Europe. Ce n'est plus une équipe qui espère tenir bon face aux Bleus ou aux Allemands, c'est une équipe qui rivalise avec eux. Entre 2020 et 2023, le Maroc a remporté la Coupe d'Afrique des nations face à l'Égypte, atteint les demi-finales du Mondial au Qatar, et figé le Brésil à domicile. Pas du rêve, pas du romantisme : de la substance.
Hadji, qui a porté le maillot national 67 fois et demeure l'une des rares figures iconoclastes du football marocain années 1990, comprend cette mutation. Il la vit probablement comme une rédemption tardive, celle que sa génération n'a pu connaître. Et il veut que le Brésil la comprenne aussi, avant qu'il ne soit trop tard.
Le Brésil face à son propre miroir déformant
Carlo Ancelotti aura du travail. Le Brésil arrive à cette Coupe du Monde 2026 comme on arrive à un rendez-vous qu'on croyait galvaudé : en tenue de gala mais l'esprit distrait. Cinq titres mondiaux, le palmarès le plus chargé de la planète, une culture de jeu que les générations successives sont censées porter comme un manteau royal inné. Sauf que les manteaux royaux s'usent, et celui-ci commence à montrer ses coutures.
La dernière victoire brésilienne en Coupe du Monde remonte à 2002, il y a maintenant un quart de siècle. Entre-temps, l'Allemagne en a remporté une (2014), la France deux (2018, 2022), l'Italie une (2006), l'Espagne une (2010), l'Argentine deux (2021, 2022). Le mythe de l'invincibilité brésilienne s'est effiloché dans les rues de l'indifférence. Et le Maroc, lui, a compris que les légendes sont juste des hommes qui ont eu de la chance à un moment donné de l'histoire.
Ancelotti, avec toute son expérience accumulée à Milan, Chelsea et Liverpool, ne peut ignorer ce contexte. Le coach italien doit construire un Brésil qui gagne sans être le Brésil mythique. C'est une équation délicate. Elle exige de l'humilité, vertu rarement associée à la Seleção. Elle exige aussi une compréhension que les équipes de seconde génération comme le Maroc ne sont plus des faire-valoir dans le scénario mondial, mais des protagonistes à part entière. Entre le Qatar 2022 et la Coupe du Monde 2026, le Maroc aura disputé 18 matches internationaux : autant d'occasions de se blinder, de se polir, de devenir encore plus redoutable.
L'avertissement comme sagesse d'expérience
Ce que Hadji hurle du haut de ses 55 ans, ce n'est pas de l'anti-brésilien primaire. C'est une sagesse que seul celui qui a goûté à l'impuissance collective peut formuler. Hadji a perdu contre les monstres sacrés, il sait ce que cela signifie d'être écrasé par l'histoire. Mais il sait aussi que cette histoire n'est jamais écrite, qu'elle se refait à chaque sifflet initial.
Le Maroc que Ancelotti rencontrera ne sera pas le figurant courtois de la Coupe du Monde 1986 où le Brésil l'avait laissé sur le carreau 1-0. Ce sera une équipe qui a battu le Belgique, tenu tête à la France, poussé jusqu'à l'extrême l'Argentine de Messi. Une équipe qui joue au football moderne avec une intensité sans compromis, une organisation défensive qui rappelle les standards européens, et une contre-attaque affûtée comme un rasoir.
L'avertissement de Hadji n'est donc pas une provocation gratuite, mais une lecture lucide de ce que 2026 pourrait apporter : non pas le crépuscule du Brésil, car ce crépuscule dure depuis un quart de siècle, mais peut-être l'émergence définitive d'un football nord-africain qui refuse de rester en marge de l'histoire mondiale. Le Maroc ne demande pas la charité, ni le respect nostalgique. Il demande juste que la Seleção le prenne au sérieux. Ancelotti, lui, ferait bien d'écouter les conseils des vieux sage comme Hadji. Les légendes, ça vaut toujours le coup d'entendre.