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L'Italie du football en quête de ses repères après le vide institutionnel

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

Sans sélectionneur ni président, la Nazionale traverse une crise identitaire profonde. Trois Coupes du monde manquées consécutives pèsent sur une reconstruction chaotique.

L'Italie du football en quête de ses repères après le vide institutionnel

La Fédération italienne de football navigue à vue. Depuis plusieurs mois, l'absence simultanée d'un sélectionneur et d'un président plonge la Nazionale dans un vide institutionnel rare pour une nation quatre fois championne du monde. Cette vacance au sommet arrive au pire moment : alors que la blessure des trois Coupes du monde manquées (2018, 2022, 2026) reste béante, l'équipe nationale doit se reconstruire sans boussole.

Une institution à la dérive, trois échecs qui obsèdent Rome

Depuis l'élimination contre la Suisse en barrages de qualification pour Qatar 2022, l'Italie n'arrive pas à digérer son sort. Seize mois plus tard, c'est la débâcle américaine : une Nations League décevante où les hommes en bleu n'ont pas fait le poids face aux ténors européens. L'absence du Mondial 2026 confirmée au printemps dernier a alors achevé de plonger la maison italienne dans une torpeur que ni les promesses ni les restructurations cosmétiques ne parviennent à briser.

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L'arithmétique des absences est devenue un cauchemar. Trois Coupes du monde d'affilée manquées, c'est du jamais-vu pour l'Italie depuis le début de l'ère moderne du football. Même après la catastrophe de 1966, la Squadra Azzurra s'était relevée. Cette fois, la chute semble plus profonde, plus systémique. Les dirigeants savaient depuis des semaines que le barreau se fermerait en face de la Suisse ou de la Macédoine du Nord. Aucune préparation psychologique, aucune plan B n'a vraiment été élaboré.

Au cœur de cette débâcle : l'absence d'une vision claire. Entre novembre 2023 et maintenant, quatre entraîneurs se sont succédé sans vraiment être investis d'une mission durable. Luciano Spalletti a tenté de faire revivre la flamme. Puis sont venus les intérims, les hésitations, les promesses non tenues. Pendant ce temps, les amicaux s'accumulent — des matchs contre le Brésil, la Turquie, l'Albanie — sans véritable enjeu, sans but avoué sinon de remplir un agenda déconnecté des véritables priorités.

Les amicaux du vide, symptôme d'une Italie qui marque du pas

Aucune mécanique de sélection, aucune cohérence tactique ne semble présider à ces rencontres de prestige. L'Italie joue contre des adversaires prestigieux mais sans projet de jeu identifiable, comme si chaque match était une fin en soi plutôt qu'une pierre d'un édifice à construire. Depuis les débuts 2024, les Azzurri affichent un bilan mitigé : deux victoires, trois nuls, deux défaites en six sorties. Des chiffres qui ne reflètent qu'à demi la vacuité du projet.

Le problème n'est pas la qualité intrinsèque des joueurs. La Serie A compte toujours des talents : Alessandro Bastoni à l'Inter, Nicolò Barella, les jeunes pouces comme Riccardo Calafiori qui explosent de promesses. Mais ils manquent d'un chef d'orchestre qui les galvanise. Ils manquent surtout d'une fédération qui croit en quelque chose.

À Florence ou à Milan, les entraîneurs de club confessent leur perplexité. Ils reçoivent leurs Azzurri une semaine sur deux, épuisés par des déplacements internationaux qui ne mènent nulle part, usés par une sélection sans cap défini. Comment bâtir une identité collective quand l'équipe nationale change de préparateurs mentaux comme de gants ?

Quand Rome regarde ailleurs : la crise de gouvernance au cœur du naufrage

L'éléphant dans la pièce, c'est l'implosion managériale à la Fédération. L'absence d'un président de stature pour impulser une direction stratégique a laissé le vide s'installer. Les vice-présidents gèrent par défaut. Les commissions se réunissent sans ordre de marche clair. Résultat : on attend le sélectionneur sans savoir qui le nommera, selon quel projet, avec quel budget.

À en croire les cercles dirigeants italiens, plusieurs profils circulent pour l'après-Spalletti : des entraîneurs expérimentés, des rebelles, des figures tutélaires du calcio transalpin. Aucun n'a vraiment caché son enthousiasme. Beaucoup ont des réserves. Accepter d'entraîner l'Italie aujourd'hui, c'est accepter de diriger un navire sans gouvernail dans un port où l'on jette les ancres au hasard.

Et pendant ce temps, les réserves s'épuisent. Deux ans séparent les Italiens du Mondial 2026 en Amérique du Nord. Deux ans, c'est court pour construire une équipe, implanter une philosophie de jeu, redonner du sens à un projet moribond. À moins de bouleversements radicaux dès septembre prochain — un nouveau président à la tête de la FIGC, un sélectionneur doté d'une mission claire et d'une autonomie réelle — l'Italie risque de reproduire les mêmes erreurs qui l'ont menée trois fois de suite à la porte du Mondial.

Pour l'instant, Rome regarde ailleurs. Les amicaux continuent. Les journalistes posent les mêmes questions sans réponses. Et le mythe de la Squadra Azzurra s'étiole davantage avec chaque passage inaperçu.

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