Trois éliminations en barrages du Mondial, une crise profonde. La Fédération italienne lorgne Pep Guardiola pour reconstruire la Nazionale.
Trois Coupes du Monde de suite ratées. Trois éliminations en barrages, trois humiliations nationales pour un pays qui a remporté quatre fois le titre mondial. L'Italie du football est à genoux, et la Fédération italienne — la FIGC — semble décidée à sortir l'artillerie lourde pour en finir avec ce cauchemar. Le nom qui circule dans les couloirs de Coverciano fait l'effet d'une bombe : Pep Guardiola. Le Catalan, libre depuis son départ de Manchester City, serait dans le viseur de la fédération transalpine. Un rêve ? Une chimère ? Pas si sûr.
Comment l'Italie a-t-elle pu sombrer aussi bas ?
Pour comprendre l'urgence italienne, il faut remonter le fil du désastre. 2018, la Squadra Azzurra rate le Mondial russe — une première depuis 1958. Sous Giampiero Ventura, puis Roberto Mancini, l'équipe se reconstruit, remporte l'Euro 2020 dans un état de grâce collective, et semble relancée. Mais le mirage est de courte durée. Dès mars 2022, la Nazionale s'incline face à la Macédoine du Nord en barrage, et dit adieu au Qatar. Puis re-belote pour les éliminatoires du Mondial 2026 nord-américain. Même scénario, même douleur, même incompréhension.
Le problème est structurel. Le football italien a négligé pendant deux décennies la formation de ses jeunes milieux et défenseurs centraux modernes, des profils capables d'évoluer dans un pressing haut et d'animer le jeu depuis l'arrière. La Serie A, longtemps dominée par des entraîneurs défensifs, a produit des joueurs solides tactiquement mais limités dans leur polyvalence offensive. Moins de 30 % des joueurs évoluant en Serie A sont italiens, un chiffre qui illustre l'appauvrissement du vivier national. Luciano Spalletti, successeur de Mancini sur le banc, n'a pas réussi à inverser la tendance. La FIGC cherche une rupture franche, pas un replâtrage.
Guardiola en sélectionneur, est-ce vraiment crédible ?
La question mérite d'être posée sans détour. Pep Guardiola n'a jamais dirigé une équipe nationale. Sa carrière entière — du Barça B à Manchester City en passant par le FC Barcelone et le Bayern Munich — s'est construite sur le temps long, sur la répétition quotidienne à l'entraînement, sur une relation fusionnelle avec ses joueurs au quotidien. Le format d'une sélection nationale, avec ses regroupements de dix jours tous les deux mois, est aux antipodes de sa méthode de travail.
Pourtant, l'argument inverse mérite aussi d'être entendu. À 53 ans, Guardiola sort d'une saison épuisante à Manchester City — neuf ans au total dans ce club, quatre titres de Premier League consécutifs, une Ligue des Champions. Il cherche peut-être autre chose. Une parenthèse. Un défi intellectuel différent, celui de transformer un groupe international en quelques semaines plutôt qu'en plusieurs saisons. Certains observateurs rappellent que Didier Deschamps lui-même, ou Luis Enrique avant son départ du PSG, ont montré qu'un bon entraîneur pouvait s'adapter au rythme des sélections.
La FIGC, présidée par Gabriele Gravina, aurait déjà effectué des sondages discrets autour de l'entourage du technicien catalan. Aucune offre formelle n'aurait encore été transmise, mais l'intérêt est réel et assumé. Le président fédéral veut un nom capable de redonner du souffle à une Nazionale décrédibilisée sur la scène mondiale. Et dans ce registre, difficile de faire mieux que l'homme qui a redéfini le football moderne.
Quelles sont les vraies chances que ça aboutisse ?
Soyons honnêtes : les obstacles sont nombreux. D'abord financiers. Guardiola touchait environ 20 millions d'euros par saison à Manchester City. La FIGC, dont le budget est sans commune mesure avec celui d'un club de Premier League, ne pourra pas s'aligner directement sur ces montants. Sauf à trouver des partenaires privés ou un montage contractuel original, le gouffre salarial est réel.
Ensuite, il y a la question du projet. Guardiola ne rejoindra pas une sélection en crise simplement pour le prestige du maillot. Il voudra des garanties sur la restructuration du football de formation, sur sa capacité à avoir son mot à dire dans les choix stratégiques de la fédération. Ce n'est pas un coach qu'on embauche pour gérer l'existant — c'est un réformateur qui exige les pleins pouvoirs ou presque.
D'autres noms circulent également dans la course à la succession de Spalletti. Antonio Conte, libre depuis son départ de Naples, connaît parfaitement le football italien et représente une option plus réaliste à court terme. Massimiliano Allegri, toujours en quête d'un défi après ses années à la Juventus, est également mentionné. Roberto De Zerbi, en pleine ascension après son passage à Brighton et ses débuts à l'Olympique de Marseille, est une piste séduisante pour les partisans d'un football offensif et moderne.
Mais aucun de ces noms ne génère l'électrochoc que provoquerait l'annonce de Pep Guardiola sur le banc de la Nazionale. La FIGC le sait. Et c'est précisément pour ça qu'elle joue cette carte, même si les probabilités restent minces.
L'Italie a besoin de croire à nouveau en son football. Que Guardiola dise oui — ce qui reste hautement improbable à ce stade — ou qu'il décline poliment, le simple fait que son nom soit évoqué avec sérieux dit quelque chose sur l'ampleur de la crise et sur la volonté de la fédération de ne plus jouer petit bras. La Mondiale 2030 se profile, coorganisée notamment par l'Espagne et le Portugal. L'Italie ne peut pas se permettre une quatrième absence consécutive. Le prochain sélectionneur, quel qu'il soit, portera sur ses épaules le poids d'une reconstruction totale. Et peut-être, enfin, le début d'une vraie révolution.