Incapable de battre Brighton (2-2), Tottenham s'enfonce en bas de tableau. Le discours de Roberto De Zerbi commence à agacer sérieusement en Angleterre.
Deux points pris sur neuf possibles. Un nul arraché à domicile face à Brighton, l'ancien club de Roberto De Zerbi, qui plus est. Tottenham Hotspur n'est plus qu'à quelques longueurs de la zone de relégation, et le mot Championship commence à circuler dans des conversations qui n'auraient jamais dû l'accueillir. Ce club, six fois champion d'Angleterre, habitué des campagnes européennes, regarde le classement de Premier League avec une angoisse que même ses supporters les plus fidèles peinent à dissimuler.
Pourquoi ce nul contre Brighton est bien plus grave qu'il n'y paraît ?
Sur le papier, un 2-2 face aux Seagulls peut sembler acceptable. Sur le terrain, c'était autre chose. Selon nos informations, l'ambiance à plein Hotspur Stadium ce soir-là était celle d'un club qui attend un miracle plutôt qu'un club qui construit quelque chose. Brighton, pourtant en reconstruction depuis le départ de De Zerbi lui-même l'été dernier, a tenu tête aux Spurs sans forcer son talent. Pire, les visiteurs ont mené à deux reprises.
Ce résultat illustre une réalité comptable brutale. Tottenham ne gagne plus. L'équipe encaisse des buts qu'elle ne devrait pas encaisser, concède des espaces que les équipes de milieu de tableau exploitent sans complexe. Avec moins de dix victoires au compteur sur l'ensemble de la saison, le club londonien navigue dans des eaux où il n'a pas mis les pieds depuis des décennies. Le Championship, cette deuxième division anglaise où évoluent des clubs comme Leeds United ou Leicester City relégué, n'est plus une hypothèse d'école. C'est une menace réelle.
À en croire l'entourage du vestiaire, le moral n'est pas au beau fixe. Les individualités existent — Son Heung-min tente de maintenir le bateau à flot — mais le collectif, lui, est introuvable. Et c'est précisément là que le nom de l'entraîneur entre en scène.
Pourquoi le discours de De Zerbi commence-t-il à énerver l'Angleterre entière ?
Roberto De Zerbi a un talent certain pour la parole. À Brighton, il avait séduit tout le monde avec son football offensif, son vocabulaire tactique élaboré, sa vision du jeu. En Angleterre, on l'avait adoubé. Marseille avait cru en lui, Tottenham aussi. Le problème, c'est que les mots ne font pas les points.
Depuis sa prise de fonction à Tottenham, l'Italien multiplie les conférences de presse optimistes. Il parle de processus, de construction, de projet à long terme. Des formules que la presse britannique commence à recevoir avec une impatience palpable. The Athletic, Sky Sports, talkSPORT — les grandes voix du football anglais pointent toutes dans la même direction : le discours ne colle plus avec la réalité des résultats.
En Angleterre, la patience a ses limites. Les propriétaires de Tottenham, le groupe ENIC emmené par Daniel Levy, ont investi massivement depuis des années dans l'infrastructure du club — le nouveau stade coûtant plus d'un milliard d'euros en est le symbole le plus visible. Voir cette vitrine menacée de Championship, c'est une catastrophe sportive et économique que personne au board ne veut envisager sérieusement. Selon nos informations, des discussions internes auraient déjà eu lieu sur la trajectoire de l'équipe et les leviers à actionner en cas de dégradation supplémentaire.
De Zerbi n'est pas un mauvais entraîneur. Mais il arrive peut-être au mauvais moment, avec un effectif qui n'est pas le sien, dans un club qui a accumulé des erreurs de recrutement sur plusieurs fenêtres de transferts. La question n'est plus de savoir s'il a raison sur le fond. Elle est de savoir s'il a le temps de le prouver.
Tottenham peut-il vraiment descendre en Championship ?
La question aurait provoqué des rires nerveux il y a encore deux ans. Elle est aujourd'hui posée sérieusement par des consultants, des anciens joueurs du club et des observateurs qui suivent la Premier League depuis des décennies. Un club du standing de Tottenham en deuxième division anglaise représenterait un séisme financier sans précédent.
Les droits TV, d'abord. La Premier League est la ligue la plus lucrative au monde, avec des revenus de diffusion dépassant les trois milliards de livres sterling par saison répartis entre les clubs. Un relégué perd instantanément l'accès à cette manne. Pour Tottenham, dont le modèle économique repose en partie sur ces revenus pour financer les intérêts de la dette du stade, la descente serait catastrophique au-delà du seul aspect sportif.
Les contrats de sponsoring seraient renégociés à la baisse, les joueurs cadres activeraient leurs clauses libératoires — plusieurs éléments de l'effectif en disposent en cas de relégation, à en croire des sources proches des négociations contractuelles — et le recrutement deviendrait un exercice d'une complexité redoutable. Qui veut signer à Tottenham pour jouer à Swansea ou Stoke City ?
Le calendrier restant est serré. Chaque match est désormais une finale déguisée. Et les adversaires directs dans la lutte pour le maintien ne sont pas du genre à faire de cadeaux. Everton, Ipswich Town, Leicester — des équipes habituées à se battre pour ne pas couler, qui connaissent la musique mieux que les Spurs.
L'horizon de Tottenham dépend maintenant d'une seule variable : Roberto De Zerbi va-t-il trouver la formule avant que le club ne soit mathématiquement en danger ? S'il y parvient, il deviendra l'homme qui a sauvé les Spurs d'un gouffre historique. S'il échoue, son nom sera associé à l'une des plus grandes catastrophes de l'histoire de la Premier League. Le football n'a aucune mémoire pour les discours. Il n'en a que pour les résultats.