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Versailles condamné pour le licenciement abusif de Chibhi

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

Le FC Versailles a été reconnu responsable du licenciement sans cause réelle et sérieuse de Youssef Chibhi, son ancien entraîneur. Une décision judiciaire qui remet les pendules à l'heure dans le foot français.

Versailles condamné pour le licenciement abusif de Chibhi

Huit ans à la tête du FC Versailles, huit ans à construire quelque chose. C'est ce que Youssef Chibhi a offert au club des Yvelines entre 2014 et 2022, le propulsant jusqu'en National 1 avant d'être jeté dehors sans ménagement. Le 7 novembre 2022, le coup tombe : licenciement sec, justifications bancales, et pour l'entraîneur de 44 ans, c'est le néant. Mais les juges viennent de trancher. Versailles a perdu son procès. Le club a commis une faute en le congédiant sans cause réelle et sérieuse.

Quand un club oublie celui qui l'a construit

L'histoire aurait pu être banale : un entraîneur part, un autre arrive. Sauf que Versailles n'a pas joué selon les règles. Mettre à pied puis licencier un mec qui a donné une décennie à votre projet, ce n'est pas un détail administratif, c'est une trahison à la Machiavel. Youssef Chibhi a repris un club en crise et l'a structuré. Il l'a sorti des bas-fonds et l'a hissé là où aucun Versailles n'avait osé rêver : le National 1, le sommet du foot non-professionnel français.

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Au cours de ces huit années, Chibhi a fait plus que gagner des matchs. Il a construit une philosophie, créé une stabilité, forgé une identité. Pour ça, il méritait mieux qu'une porte qui claque. Or c'est exactement ce qui s'est passé. La direction a décidé de tourner la page, brutalement, sans vraiment expliquer pourquoi. Un licenciement pour motif flou, pour raison prétendument économique ou sportive, mais sans substance. Les juges ont vu clair : c'était du bluff.

La reconnaissance du tribunal n'est pas qu'une validation formelle. Elle rétablit la vérité sur le fonctionnement interne du club et envoie un message au foot français. Pas question de traiter les gens comme des kleenex, même si vous êtes un petit club amateur en difficulté. La loi du travail s'applique aussi aux terrains de foot.

Un précédent qui embarrasse les petits clubs

Au niveau amateur et semi-professionnel, on croit trop souvent que les règles ne s'appliquent qu'à demi. Les contrats sont flous, les promesses verbales, les départs soutenus par des pots-de-vin discrets ou des arrangements à l'amiable. Versailles pensait sans doute pouvoir s'échapper du cadre légal. Erreur stratégique.

Le jugement sera scruté de près par les autres clubs de National et de Régional. Car oui, il y en a sûrement des dizaines qui gèrent leurs entraîneurs de façon expéditive, qui les jettent quand la malchance ou les blessures mènent l'équipe droit au mur. Cette décision de justice, même si elle concerne Versailles, donne du poids à la jurisprudence. Elle crée un précédent. Licencier sans fondement solide, c'est se mettre en position de faiblesse judiciaire.

Encore plus problématique pour les clubs : Chibhi était un entraîneur performant qui avait accompli sa mission. Il n'avait pas échoué. Versailles l'avait propulsé en National 1, et voilà qu'on le jette à la poubelle ? Le tribunal a logiquement considéré que l'absence de raison sérieuse invalidait totalement le licenciement. Pour un entraîneur de niveau inférieur qui aurait un bilan plus chaotique, la question serait plus nuancée. Mais là, c'était du pur abus de pouvoir managérial.

La cicatrice d'une trahison tardive

Reste une question existentielle : qu'a ressenti Youssef Chibhi à partir du 7 novembre 2022 ? Plus de club, plus de projet, à 44 ans. C'est l'âge où une carrière peut se relancer ou prendre fin brutalement. Deux ans et demi plus tard, le jugement des juges du prud'hommes arrive comme un pansement sur une blessure cicatrisée.

La victoire judiciaire, c'est bien. Les dommages et intérêts qui vont suivre, c'est utile. Mais le vrai prix à payer, c'est celui des années de vide pour Chibhi, celui du manque d'un projet vivant, celui d'une confiance meurtrie envers les structures du foot français. Versailles lui devait mieux. Et maintenant, à titre posthume, le tribunal le dit. Trop tard pour transformer en joie ce qui reste une blessure professionnelle.

Le FC Versailles savait pourtant qui il congédiait : un bâtisseur, pas un usurpateur. Un entraîneur à qui on devait du respect. Dans le foot français, cette leçon-là a peut-être du mal à passer à première vue. Mais à coup sûr, quelques directeurs généraux vont y réfléchir à deux fois avant de liquider sur un coup de tête le mec qui a construit leur maison.

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