Phil Foden, star de Manchester City, privé de Coupe du Monde par Gareth Southgate. Un choix qui dit tout des tensions au sein de la sélection anglaise.
Voilà ce que c'est de choisir entre vos meilleurs éléments : quelqu'un souffre. Phil Foden reste à la maison, c'est le prix à payer pour les ambitions de l'Angleterre à la Coupe du Monde. Le sélectionneur Gareth Southgate vient de trancher un débat qui agitait les observateurs depuis des semaines, et sa décision pose plus de questions qu'elle n'en résout sur l'état réel de sa sélection.
Le sacrifice de l'enfant prodige mancunien
Manchester City perd son talisman offensif pour le mois qui arrive. Phil Foden, meilleur buteur et passeur décisif des Sky Blues cette saison avec 17 buts et 8 passes en 28 matchs toutes compétitions, voit la porte de la Coupe du Monde se fermer au nez. C'est brutal. C'est même incompréhensible pour qui regarde les performances du jeune prodige depuis deux ans.
Southgate n'a pas donné ses vraies raisons. Les déclarations officielles parlent de « concurrence féroce » au poste d'ailier, de « qualité exceptionnelle » dans son effectif. Des formules creuses qui masquent une réalité plus complexe. Foden paie peut-être sa jeunesse relative en sélection, son manque de récurrence avec les Three Lions comparé à d'autres cadres. Ou alors c'est un choix tactique plus profond : Southgate construit son équipe autour de certains piliers, certains repères, et le génie offensif de Foden ne rentre pas dans ce schéma.
L'ailier de 22 ans a grandi sous les yeux de Pep Guardiola, celui qui transforme les talents en systèmes vivants. À Manchester, Foden est imprévisible, génial, frustrant parfois. En sélection, il faut être plus carré, plus obéissant. Et voilà peut-être le fossé : comment demander à un joueur formé à l'improvisation de suivre des plans de jeu rigides ? Southgate renonce. Point barre.
Harry Maguire revient pour incarner la stabilité
Tandis que Foden s'effondre sur le banc, Harry Maguire revient. Le défenseur de Manchester United, tombé en disgrâce il y a quelques mois, retrouve sa place dans le groupe. C'est le signal inverse : Southgate récompense la constance, la lecture du jeu, l'expérience.
Maguire a connu l'enfer cette année. Critiqué, vilipendé, presque déclassé à Old Trafford. Puis il y a eu ce retournement lent, quasi imperceptible. Des matchs où il s'est imposé, où sa présence physique et son autorité aérienne ont fait la différence. À 29 ans, Maguire sait ce qu'on attend de lui en bleu : être une roche, un leader, celui sur qui on peut compter sans surprise. Un pari sur le connu face à l'inconnu.
Ce retour des « anciens » signifie aussi que Southgate a peur. Peur de l'improvisation, peur de casser une dynamique supposée établie, peur de faire confiance à la jeunesse quand l'enjeu est maximal. Une Coupe du Monde, ça ne pardonne pas les fantaisies. Il y a une certaine logique là-dedans, même si elle ressemble davantage à du conservatisme qu'à de la vision.
Les vrais perdants d'une sélection sans saveur
Au-delà de Foden et Maguire, c'est toute la structure de la sélection anglaise qui se révèle. Southgate gère une équipe de stars, pas une équipe de joueurs. La différence est cruciale. Avec Harry Kane, Raheem Sterling, Declan Rice, Mason Mount, il possède de quoi faire mal. Mais est-ce suffisant pour aller au bout ?
Le football anglais vit une sorte de paradoxe. Jamais les talents individuels n'ont été aussi forts, jamais les clubs anglais n'ont régné aussi fort sur l'Europe. Et pourtant, en sélection, il y a quelque chose qui craque, qui refuse de fonctionner comme une mécanique. Les trois derniers championnats d'Europe et les deux dernières Coupes du Monde le prouvent : l'Angleterre a les joueurs, pas toujours la structure.
Gareth Southgate espère que son choix de laisser Phil Foden à la maison, de ramener Harry Maguire, d'équilibrer davantage sa sélection entre jeunesse et expérience, sera le coup de génie qui manquait. On aimerait y croire. Mais en football, sacrifier un génie offensif pour un défenseur plus rassurant, c'est souvent admettre qu'on n'a pas les clés du problème. Juste des pansements sur des plaies plus profondes.
Les semaines qui viennent diront si ce choix était de la sagesse ou de la pusillanimité.