L'ancien international allemand revient sur ses déclarations controversées. Entre maladresse et incompréhension, il tente de clarifier sa vision du continent.
Bastian Schweinsteiger n'aime pas traîner une réputation de mauvais garçon. Quelques jours après avoir déclenché une tempête médiatique en décrivant le football africain avec des termes qui ont choqué, l'ancien milieu de terrain du Bayern Munich et de Manchester United a jugé nécessaire de s'expliquer. Pas une excuse plate, plutôt une clarification. Car entre ce qui a été dit, ce qui a été entendu, et ce qui a circulé sur les réseaux, la distance s'est creusée rapidement.
Le Bavarois avait lâché des propos lors d'une interview qui semblaient méprisant envers la qualité du jeu pratiqué sur le continent africain. Les murs des réseaux sociaux se sont aussitôt couverts de critiques. Des voix s'sont levées pour rappeler que l'Afrique avait produit Pelé, Maradona, Didier Drogba, Samuel Eto'o. Attendez, pas tous africains de naissance, certes. Mais le message était clair : on ne parle pas du football africain comme d'une catégorie inférieure.
Schweinsteiger, lui, jure qu'il n'y avait aucune malveillance. Dans ses explications, il a insisté sur le fait qu'il parlait davantage de contextes, de ressources, de structures, que d'une quelconque hiérarchie de talents. L'homme qui a remporté la Coupe du monde 2014 avec l'Allemagne, qui a incarné la solidité défensive européenne pendant quinze ans, prétend avoir été maladroit.
Quand les mots dépassent la pensée
La Bundesliga a produit ses meilleurs éléments. L'Europe aussi. Mais dire cela en 2024, c'est naviguer sur un terrain miné. Schweinsteiger aurait probablement dû anticiper la réaction. Les personnalités publiques du sport professionnel savent désormais que certains sujets nécessitent une grammaire spécifique, une vigilance accrue.
Ce qui complique l'affaire, c'est que le football africain vit réellement une réalité économique et infrastructurelle distincte de celle des cinq grandes ligues européennes. Les budgets des clubs africains représentent en moyenne 1% de ceux des clubs de Ligue 1. Les académies de jeunes sont souvent moins structurées. Les conditions d'entraînement, la technologie disponible, tout cela crée un écart tangible. Cela n'excuse pas de qualifier ce football de façon condescendante, mais cela explique pourquoi Schweinsteiger a peut-être voulu parler d'inégalités plutôt que d'infériorité.
L'ancien joueur a évoqué ses expériences en Ligue 1, à Manchester, au Bayern. Autant de contextes où il a côtoyé les meilleurs. Mais cela suffit-il à établir une hiérarchie du football mondial ? Le Cameroun de Samuel Eto'o, même époque, aurait pu soutenir le contraire. La Côte d'Ivoire avec Didier Drogba en atteste. L'Afrique a produit des joueurs capables de dominer les meilleures compétitions continentales.
La vraie question que Schweinsteiger aurait peut-être dû se poser : pourquoi avoir tranché aussi catégoriquement ? Les grands observateurs du jeu, les techniciens reconnus, savent que le talent n'a pas de géographie. Ce qui diffère, c'organise ailleurs. Mais ce savoir-là exige de la nuance. Or, la nuance ne vend pas de clics.
Au-delà de la controverse, une Afrique qui monte
Pendant que Schweinsteiger s'expliquait, le football africain continuait de progresser. La Coupe d'Afrique des Nations attire désormais près de 60 millions de spectateurs cumulés pour chaque édition. Les championnats sud-africain, égyptien et marocain gagnent en visibilité. Les jeunes talents africains sont de plus en plus convoités par les académies européennes.
Cela change à quelle vitesse ? Pensez à Mohamed Salah, à Sadio Mané, à Riyad Mahrez. Ces trois joueurs n'étaient pas des révélations formées en Europe. Ils ont éclos ailleurs avant de devenir incontournables. Mahrez à Leicester en 2015-2016 a remporté la Premier League à 25 ans. Mané a explosé à Liverpool. Salah est devenu un phénomène à Chelsea avant de conquérir l'Égypte, puis de revenir en Premier League comme une force de la nature.
Le mouvement s'accélère parce que les clubs européens ont enfin compris qu'il fallait observer au-delà des frontières connues. Fluminense, Benfica, l'Ajax, tous des passerelles vers le marché africain. Les trajectoires se dessinent différemment.
- 60 millions de spectateurs pour la dernière Coupe d'Afrique des Nations
- Salah, Mané et Mahrez dans les trois meilleures équipes mondiales actuellement
- Augmentation de 40% des transferts africains vers les cinq grands championnats entre 2020 et 2023
- Plus de 2000 joueurs africains évoluent actuellement dans les ligues professionnelles européennes
Schweinsteiger, pris dans sa controverse, n'a peut-être pas mesuré que le football africain ne demande plus la permission. Il n'a plus besoin de justifier sa légitimité auprès des observateurs européens. Les chiffres font le travail. Les résultats aussi. Et les talents qui émergent du Sénégal, du Nigeria, du Maroc, de Côte d'Ivoire parlent un langage universel.
L'ancien Bayern devrait probablement apprendre cette leçon : le football moderne n'appartient à personne. Il s'appartient à lui-même, traversé par des courants qui viennent de partout. Ses déclarations, même mal exprimées, rappellent un problème réel : celui de la persistance d'une certaine condescendance envers le jeu pratiqué ailleurs qu'en Europe de l'Ouest. Pour y remédier, il faudrait plus de Schweinsteiger qui s'expliquent, mais surtout plus d'observateurs qui écoutent vraiment.