Battus par Hoffenheim, les hommes de Niko Kovač laissent le Bayern à une victoire du titre. Ce dimanche, la Bundesliga pourrait avoir un nouveau champion.
Il y a quelque chose d'implacable dans la manière dont le Bayern Munich collectionne les titres. Comme un métronome que rien ne détraque, les Bavarois avancent, et leurs adversaires, eux, déraillent. Ce samedi, le Borussia Dortmund n'a pas failli à la tradition : battu 2-1 par le TSG Hoffenheim au Signal Iduna Park, le BVB a offert à son rival de toujours une opportunité que celui-ci ne devrait pas manquer. Dès ce dimanche, le Bayern Munich pourrait être officiellement sacré champion d'Allemagne, son treizième titre en treize ans si l'on considère la séquence entamée en 2013. Le football allemand a parfois des airs de pièce de théâtre dont tout le monde connaît le dénouement, sauf les acteurs qui continuent, saison après saison, à jouer leur partition.
Le Borussia Dortmund se saborde au pire moment de la saison
Difficile de ne pas penser à la saison 2011-2012 en regardant Dortmund trébucher ainsi. À l'époque, c'était Dortmund qui écrasait tout, le Bayern qui semblait condamné à regarder depuis le bas du podium. Depuis, les rôles se sont inversés, et le BVB semble parfois jouer le rôle du faire-valoir qu'il avait lui-même infligé aux Munichois. Ce samedi face à Hoffenheim, une équipe certes solide mais sans prétentions européennes à ce stade, Dortmund n'a pas eu le visage d'un prétendant sérieux au titre.
La défaite 2-1 est cruelle dans sa logique. Pas un accident, mais le symptôme d'une équipe qui accumule les faux pas dans les moments décisifs. Cette vulnérabilité à domicile — le Signal Iduna Park avait pourtant été un fortin pendant des années — raconte quelque chose de profond sur l'état psychologique du groupe. Dortmund n'a désormais plus son destin en main, et l'arithmétique est sans appel. Si le Bayern s'impose ce dimanche, peu importe l'adversaire et peu importe le contexte, le titre prend la direction de l'Allianz Arena.
Il faut aussi mentionner l'épisode Eta, qui aura marqué cette journée de Bundesliga d'une empreinte différente. Le joueur a inscrit un but historique — les détails précis de ce record méritent d'être soulignés — avant que son équipe ne s'incline. Ces moments paradoxaux, une performance individuelle remarquable dans une défaite collective, résument parfois à eux seuls l'absurdité belle du football. On entre dans les livres d'histoire et on rentre quand même à la maison avec une défaite.
Sur le plan tactique, Dortmund a semblé manquer de compacité dans les transitions défensives, cette zone grise entre l'organisation offensive et le replacement qui coûte si cher face à des équipes qui pressentent la faiblesse. Hoffenheim a su exploiter ces espaces avec intelligence. Le chiffre qui fait mal : Dortmund compte désormais quatre défaites en championnat depuis la reprise de l'année civile, un bilan qui ne correspond pas aux ambitions affichées en début de saison.
- 2-1 : Score de la défaite de Dortmund face à Hoffenheim ce samedi
- 13 : Nombre de titres consécutifs que le Bayern pourrait approcher avec ce sacre potentiel
- 4 : Défaites de Dortmund en Bundesliga depuis janvier, signe d'une fin de saison délicate
- 1 victoire suffit au Bayern ce dimanche pour être officiellement champion d'Allemagne
Le Bayern Munich, machine à titres que rien ne semble pouvoir enrayer
Vincent Kompany, arrivé sur le banc munichois avec la mission de redonner au Bayern une identité de jeu plus verticale et audacieuse, pourrait décrocher le titre dans ses premières semaines à la tête du club. Ce serait une consécration rapide, presque trop belle pour être vraie, mais le Bayern a cette capacité à rendre ses nouvelles configurations aussitôt opérationnelles. Il y a une culture de la gagne à Munich qui transcende les entraîneurs, les générations, les cycles.
La Bundesliga 2024-2025 n'aura pas ressemblé à un long fleuve tranquille, du moins en apparence. Dortmund a semblé menaçant par intermittence, Bayer Leverkusen — champion en titre, rappelons-le, dans ce qui restera comme l'une des saisons les plus étonnantes de l'histoire du football allemand — a lui aussi joué un rôle dans la course avant de voir ses ambitions s'éroder. Mais le Bayern a su maintenir sa pression tout au long de la saison, sans jamais céder à la panique même dans les moments de doute.
Ce qui est remarquable, c'est moins la domination du Bayern en elle-même que l'incapacité structurelle de ses adversaires à maintenir une pression sur la durée. La Bundesliga souffre d'un déséquilibre économique bien documenté : les revenus du Bayern dépassent ceux de la quasi-totalité de ses concurrents directs. Avec un budget de recrutement qui représente parfois le double ou le triple de celui de Dortmund, la compétition est asymétrique par nature. Que Leverkusen ait réussi à briser la série l'an dernier tient presque du miracle organisationnel, le genre de miracle que Xabi Alonso a fabriqué avec une précision d'horloger suisse.
Ce dimanche, donc, le Bayern jouera avec la certitude froide de celui qui sait que l'adversaire a déjà craqué. Pas besoin de performance extraordinary : une victoire, même laborieuse, suffira. Et si l'histoire nous a appris quelque chose sur le Bayern Munich, c'est qu'il sait exactement comment gagner les matchs qui doivent être gagnés.
La vraie question qui se pose désormais n'est pas celle du titre 2025 — elle sera tranchée d'ici quarante-huit heures — mais celle de l'après. Dortmund va-t-il enfin opérer la révolution structurelle que sa situation exige, ou continuera-t-il à recruter intelligemment sans jamais trouver la cohérence nécessaire pour tenir tête au mastodonte bavarois sur trente-quatre journées ? La Bundesliga a besoin de concurrence, le football allemand en a besoin pour rester attractif à l'échelle européenne. Le sacre imminent du Bayern est une bonne nouvelle pour Munich. Pour le reste du championnat, le diagnostic est plus préoccupant.