Zakaria El Ouahdi a finalement obtenu son visa pour les États-Unis. Le latéral marocain avait manqué le départ de sa délégation pour les éliminatoires de la Coupe du monde 2026.
Il aura fallu attendre mercredi pour que se noue le dénouement d'une affaire somme toute banale en apparence, mais révélatrice des frictions administratives qui peuvent entraver les grands projets sportifs. Zakaria El Ouahdi a finalement obtenu son visa, permettant au latéral marocain de rejoindre ses coéquipiers aux États-Unis pour les qualifications de la Coupe du monde 2026. Une simple question de paperasse ? Pas tout à fait.
Cet épisode, banal pour certains, résume à lui seul la complexité géopolitique du football moderne. Quand on regarde les chiffres, le Maroc a remporté 12 matchs dans les éliminatoires africaines, accumulant une dynamique offensive qui a fait de cette équipe l'une des plus redoutées de la zone. Et voilà qu'un joueur clé de cette machine se retrouve bloqué à la maison, incapable de franchir l'Atlantique, simplement parce qu'une administration n'a pas validé son document de voyage à temps.
Comment un visa peut-il paralyser un projet sportif majeur ?
La question mérite d'être posée sans détour. La délégation marocaine s'était envolée sans El Ouahdi, ce qui signifie que pendant plusieurs jours, un élément important de l'effectif avait manqué les séances d'entraînement, les analyses tactiques, les temps de récupération. Dans le football moderne, où chaque détail compte, chaque jour perdu équivaut à une semaine entière manquée dans un club classique. L'intensité des préparatifs pour une compétition mondiale n'a rien à voir avec les matchs de championnat.
El Ouahdi évolue au Manica FC au Mozambique. Son club n'est ni Manchester United ni le PSG, ce qui signifie que ses dossiers administratifs circulent moins vite dans les circuits diplomatiques. Voilà une réalité que peu de journalistes osent nommer : les joueurs évoluant dans les championnats moins prestigieux font face à des obstacles bureaucratiques décuplés. Ils n'ont pas de service de conciergerie interne pour accélérer les procédures consulaires comme dans les grands clubs européens.
Selon les sources marocaines, le dossier aurait trainé en longueur auprès de l'ambassade américaine. Pas de scandale, pas de malveillance délibérée : juste la mécanique habituelle des administrations, qui s'éternisent quand aucune main puissante n'intervient pour appuyer sur le bouton. C'est précisément là que réside l'injustice. Les délais d'obtention de visa varient d'un consulat à l'autre, d'une semaine à plusieurs mois. Aucune égalité. Aucune prévisibilité.
Quels sont les vrais enjeux pour le Maroc dans ces éliminatoires 2026 ?
Le contexte dépasse largement cette affaire personnelle. Le Maroc figure parmi les meilleures sélections africaines, et les éliminatoires de la Coupe du monde constituent le test ultime avant la phase finale. L'Atlas Lions visent un quatrième accès à un Mondial, ce qui placerait le royaume chérifien au même niveau que le Cameroun ou la Côte d'Ivoire en termes d'apparitions.
El Ouahdi, lui, n'est pas Hakim Ziyech ou Noussair Mazraoui. Il ne fait pas la une des journaux européens. Mais en tant que latéral, il s'inscrit dans une chaîne défensive que le sélectionneur marocain cherche à consolider. Chaque maillon compte quand on postule à une place pour les États-Unis en 2026.
La présence du Maroc à ces éliminatoires revêt une importance symbolique. Le royaume a échoué à se qualifier pour le Mondial 2022, une absence frustrante après la performance de 2018. Depuis, les choses ont changé : meilleure cohésion, joueurs en fleur, un projet sportif plus clair. Cette période des qualifications est l'occasion de valider cette progression, match après match. Or, quand on perd des jours de préparation, même pour un latéral, on joue avec le feu.
Comment les fédérations peuvent-elles prévenir ces situations à l'avenir ?
Plusieurs pistes se dégagent. D'abord, anticiper : demander les visas des mois à l'avance, dès lors que les calendriers internationaux sont connus. La plupart des grandes fédérations le font désormais, mais les cas limite restent courants, surtout quand un joueur change de club peu avant un rassemblement.
Ensuite, négocier directement avec les ambassades. Des États-Unis proposent des accords spéciaux pour les délégations sportives. La Fédération royale marocaine aurait gagné à actionner ses contacts diplomatiques plus tôt, plutôt que d'attendre l'émergence d'une crise. C'est une question de planification interne et d'anticipation des risques.
Enfin, il existe une responsabilité collective des instances du football : FIFA, confédérations continentales, fédérations nationales. Elles pourraient exiger des États hôtes des procédures accélérées pour les délégations officielles. Le Mondial 2026 aura lieu en Amérique du Nord, sur trois pays (États-Unis, Canada, Mexique). Un tel événement mérite une harmonisation des politiques d'accès, ne serait-ce que pour éviter que des joueurs ne restent bloqués à domicile.
Aujourd'hui, Zakaria El Ouahdi a finalement obtenu son sésame. Il a pu embarquer pour les États-Unis, rejoindre ses frères et préparer les matchs décisifs qui attendent le Maroc. Une victoire administrative après une bataille invisible, mais qui révèle combien le football moderne reste prisonnier de réalités géopolitiques qui dépassent largement le rectangle vert. Dans un monde où chaque détail sportif est optimisé, passé au crible, l'ironie veut que la bureaucratie demeure l'un des plus grands imprédictibles.