Prêt cassé à l'OM, temps de jeu rachitique à Brighton : le milieu danois traverse une période sombre qui interroge sur la suite de sa carrière.
Six mois. C'est tout ce qu'il aura fallu pour que l'aventure marseillaise de Matt O'Riley tourne court. Arrivé sur la Canebière à l'été 2024 avec le statut discret mais réel d'international danois formé à l'anglaise, le milieu de terrain de Brighton & Hove Albion n'a jamais su trouver ses marques sous les couleurs de l'Olympique de Marseille. Son prêt a été rompu en janvier 2025, avant même son terme prévu, laissant derrière lui une expérience que l'on qualifierait, au mieux, de rendez-vous manqué. Le voilà de retour dans le Sussex, mais l'accueil n'est guère plus chaleureux qu'au Vélodrome.
Un retour à Brighton qui ressemble à un purgatoire
Depuis son retour sur les bords de la Manche, O'Riley peine à exister dans le schéma tactique des Seagulls. Son temps de jeu est indigent, ponctué de quelques apparitions en cours de match qui suffisent à peine à maintenir sa forme physique mais certainement pas à relancer une carrière qui semblait pourtant bien engagée il y a encore dix-huit mois. Brighton, sous la direction de Fabian Hürzeler — entraîneur allemand arrivé à l'été 2024 pour succéder à Roberto De Zerbi — a construit un milieu de terrain dense, compétitif, où Yasin Ayari, James Milner et Carlos Baleba se disputent les places avec une intensité que le Danois n'arrive pas à bousculer.
Il faut poser les chiffres sur la table. Lors de la saison 2022-2023, à Celtic, O'Riley avait affiché des statistiques de milieu box-to-box de haut niveau, compilant plus de dix buts et dix passes décisives toutes compétitions confondues dans le championnat écossais. Des chiffres qui avaient justifié son transfert vers Brighton pour une somme avoisinant les 25 millions d'euros à l'été 2024. Depuis, la courbe n'a fait que descendre. L'accélération dans les petits espaces, la qualité de passes entre les lignes qui avaient séduit les recruteurs du club anglais semblent s'être évaporées, comme si le niveau de compétition de la Premier League avait raboté les angles de son jeu sans lui laisser le temps de s'adapter.
Son passage à l'OM n'a rien arrangé. Le club phocéen, engagé dans une saison chaotique sous les ordres de Roberto De Zerbi — figure paradoxale puisqu'il était celui qui l'avait fait venir à Brighton avant de le pousser vers Marseille —, attendait d'O'Riley une capacité à porter le jeu, à articuler la construction entre défense et attaque. Ce qu'il n'a tout simplement pas produit. Les supporters marseillais, peu patients avec les joueurs qui ne répondent pas immédiatement aux attentes du Vélodrome, n'ont pas tardé à se retourner contre lui.
Quand la trajectoire Celtic-Brighton-OM révèle ses failles structurelles
Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut revenir sur la logique même de ce transfert. Matt O'Riley est un produit typique du système de recrutement de Brighton tel qu'il a été pensé par Tony Bloom et son directeur sportif Paul Barber. Le club anglais a bâti sa réputation sur la capacité à identifier des joueurs sous-cotés dans des championnats moins exposés — l'Écosse, la Belgique, les pays nordiques — pour les revendre avec une plus-value spectaculaire après deux ou trois saisons. Alexis Mac Allister, Moïses Caicedo, Kaoru Mitoma : le modèle a produit des réussites éclatantes. O'Riley devait s'inscrire dans cette logique.
Sauf que Celtic, aussi compétitif soit-il dans le contexte écossais, reste un championnat dont l'intensité physique et tactique ne prépare pas toujours à l'immédiateté de la Premier League. Brighton lui a accordé du temps, De Zerbi a cherché à l'intégrer dans son système très exigeant en termes de pressing et de positionnement. Mais quand les résultats ne suivent pas, et que le club lui-même traverse une phase de repositionnement avec l'arrivée d'Hürzeler, les marges de manœuvre se réduisent. Le prêt à Marseille devait lui redonner de la confiance, du rythme, de la visibilité. Le résultat inverse a été obtenu.
Il y a dans cette trajectoire quelque chose qui dépasse le seul cas d'O'Riley. Elle illustre les limites d'un modèle de recrutement qui, aussi sophistiqué soit-il statistiquement, ne peut pas toujours anticiper l'adaptation humaine et psychologique d'un joueur à un environnement radicalement différent. Le milieu danois, né à Londres mais formé aux États-Unis avant de rejoindre le système anglais, cumule les cultures footballistiques sans en avoir vraiment maîtrisé aucune au plus haut niveau. À 24 ans, cette fragilité identitaire dans le jeu commence à peser.
Un avenir à construire loin des projecteurs ou à reconstruire sur les décombres
La question qui se pose désormais est celle de la suite. Brighton n'a aucun intérêt économique à laisser O'Riley végéter dans ses effectifs sans temps de jeu. Le joueur est sous contrat jusqu'en 2028, ce qui préserve sa valeur marchande sur le papier, mais chaque mois sans minutes jouées érode un peu plus ce capital. Les dirigeants anglais, pragmatiques dans leur approche, devraient logiquement explorer de nouvelles pistes de prêt ou de transfert lors du mercato estival 2025.
Plusieurs scénarios sont envisageables. Un retour dans un championnat moins exposé — Bundesliga, Eredivisie, Serie A pour un club de milieu de tableau — pourrait lui permettre de retrouver une régularité que ni la Ligue 1 avec l'OM ni la Premier League ne lui ont offerte. Les exemples de joueurs reconstruits après une ou deux saisons difficiles existent, et O'Riley possède encore les qualités techniques qui avaient fait sa réputation à Celtic. Mais la fenêtre de tir se referme progressivement. À 24 ans, on n'est pas encore au bord du gouffre, mais les carrières se décident souvent dans ces interstices où l'on choisit de s'accrocher à un club huppé par vanité ou de descendre d'un échelon pour mieux remonter.
Le cas O'Riley est aussi, en creux, un avertissement pour le modèle de recrutement de l'OM tel qu'il a fonctionné ces dernières saisons. Miser sur des joueurs prêtés sans option d'achat obligatoire, issus de championnats intermédiaires, dans l'espoir d'une révélation tardive, c'est jouer à un jeu dont les probabilités de succès restent faibles. Pendant que le Vélodrome attend, la carrière du joueur, elle, n'attend pas. Brighton et Marseille ont tous les deux perdu quelque chose dans cette affaire. O'Riley, lui, a peut-être surtout perdu du temps — le bien le plus précieux dans le football de haut niveau.