À la veille de la finale, des affrontements entre supporters niçois et parisiens ont entaché l'événement. Le RC Nice dénonce les violences et appelle à plus de responsabilité.
La Coupe de France était censée célébrer le football français dans sa plus belle expression. Elle s'est transformée en bain de sang sur les quais parisiens, quelques heures avant le coup d'envoi. Des supporters du Nice, arrivés en nombre dans la capitale, ont changé une journée de sport en scène de guerre urbaine. Le Quai de Valmy, pourtant emblématique de Paris, s'est retrouvé en première ligne d'affrontements qui ont raidi tous les observateurs du foot tricolore.
Quand les supporters éclipsent le spectacle
Sur le Quai de Valmy, ce ne sont pas des débats de supporters que l'on a vu, mais une véritable bataille rangée. Des groupes de supporters niçois se sont jetés dans une bagarre impliquant aussi des Parisiens. Le ton était donné avant même que Lens et Nice ne foulent la pelouse du Stade de France. Des blessés, du matériel détruit, des rues transformées en champ de bataille : voilà ce qu'aura retenu Paris de cette veille de finale. Les images circulaient déjà sur les réseaux sociaux quand les équipes terminaient leurs derniers entraînements.
Le communiqué du RC Nice, diffusé dans les heures qui ont suivi, tentait de prendre ses distances avec ces débordements. Mais que pèse un texte de club face aux vidéos de violence ? Les Aiglons ont beau condamner, le mal était fait. Et c'est un poison pour l'institution du football français, qui se targue d'être un sport populaire, intégrateur. Là, il n'y avait que de la rage brute, de la testostérone mal canalisée et une absence totale de civisme.
L'histoire qui répète ses pires leçons
On ne compte plus les finales entachées par les débordements de supporters. C'est un problème chronique du football français, qu'aucun gouvernement n'a vraiment réglé. En 2018, à Saint-Denis déjà, la finale de Coupe de France entre Bourbon-Lancy et Quevilly-Rouen avait connu des tensions. Avant cela, en 2017, les supporters du Nîmes Olympique et du Nantes s'affrontaient en marge d'une rencontre. Le calendrier de la violence s'accélère, et les endroits deviennent prévisibles.
Les clubs, eux, sont prisonniers d'une situation qui les dépasse. Nice a beau faire des communiqués, bannir les violents, l'image de marque souffre. Lens aussi, bien qu'aux yeux des observateurs, ce soient les supporters niçois qui auraient été les principaux protagonistes de ces affrontements. Le problème, c'est que quand une finale se transforme en zone de conflit, tout le monde y perd. Les joueurs, les entraîneurs, les officiels, le public resté chez lui qui se demande si c'est vraiment pour ça qu'on regarde le foot.
La Coupe de France était autrefois un événement consensuel. C'était le terrain d'expression des petits clubs, l'histoire d'amour entre une ville et son équipe. Aujourd'hui, elle est devenue le théâtre de luttes de pouvoir entre clans de supporters. Plus grave : elle cristallise une réalité sociale plus profonde. Ces jeunes qui s'affrontent sur le Quai de Valmy, ils ne défendent pas une couleur ou un scénario sportif. Ils se cherchent une raison pour exister dans une violence organisée. C'est déprimant.
Vers une finale sans âme
Le match lui-même en sortira amputé de quelque chose. Les supporters incarcérés ou empêchés d'accès au stade seront des absents du spectacle. La sécurité aux abords du Stade de France sera renforcée, les fouilles allongées. L'ambiance, déjà fragilisée par les incidents de la veille, en subira les contrecoups. Et puis il y a cette fatigue collective qui s'installe : à chaque finale, on attend le chaos, on le branche quasi comme une composante inévitable de l'événement.
Qu'est-ce que cela dit du football français ? Que l'institution perd son emprise sur le phénomène supporter. Les clubs ne contrôlent plus leurs groupes. L'État, avec ses contrôles, n'a pas non plus de solution miracle. La Ligue de Football Professionnel (LFP) et la Fédération Française de Football (FFF) se retrouvent face à un monstre de leur propre création : années après années, elles ont toléré l'émergence de ces structures organisées de supporters, sans jamais vraiment mettre de limites fermes.
L'amende sportive qui suivra sera dérisoire. Les clubs écopent de quelques milliers d'euros pour des débordements qui coûtent bien plus cher à la société en policiers, en urgences hospitalières, en préjudices. C'est un calcul pourri. Nice et Lens payeront un prix léger pour un dégât considérable au prestige du football français. Pas étonnant que les débordements se reproduisent : le rapport coût-bénéfice, pour ceux qui s'y livrent, n'a jamais vraiment été dissuasif.
Reste à savoir si cette finale trouvera sa narration au-delà de ces images de violence. Un but magnifique, un exploit stratégique, un geste technique mémorable : le football a les ressources pour ça. Mais on n'efface pas si facilement l'avant-match. Et malheureusement, c'est souvent ce qu'on retient.