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Football

Mondial 2026 - les journalistes africains face au mur des visas

Par Thomas Durand··4 min de lecture·Source: Footmercato

Des accrédités sénégalais et d'autres pays d'Afrique dénoncent des blocages administratifs pour couvrir le Mondial. Une nouvelle fronde avant le coup d'envoi.

Mondial 2026 - les journalistes africains face au mur des visas

Le cauchemar commence bien avant le ballon. Alors que la Coupe du Monde 2026 approche, des journalistes accrédités pour couvrir l'événement se heurtent à un mur administratif inédit. Parmi eux, plusieurs représentants sénégalais qui crient au scandale. Des demandes de visa traînent, des réponses tardent, et l'angoisse monte chez les professionnels de la presse qui auraient dû avoir le sésame depuis des mois.

Selon nos informations, ce ne sont pas des cas isolés. Des journalistes maliens, camerounais et ivoiriens vivent la même galère. Accrédités auprès de la FIFA pour le Mondial 2026 qui se jouera aux États-Unis, au Canada et au Mexique, ils découvrent que l'accréditation de la Fédération internationale ne suffit pas. Loin de là. Les consulats américains, en particulier, appliquent un processus visa classique sans tenir compte du statut spécial des accrédités.

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La FIFA avait pourtant promis un système fluide. Sur le papier, les journalistes accrédités bénéficient d'un protocole simplifié. Dans la réalité, chaque demande de visa américain suit les procédures habituelles : entretiens, vérifications, délais administratifs. Et pour un journaliste basé à Dakar ou à Yaoundé, cela signifie des trajets vers l'ambassade, des dossiers épais, des attentes sans fin.

L'accréditation FIFA, ce sésame qui n'en est pas un

Le contraste est saisissant. La FIFA distribue ses accréditations avec aplomb, promettant aux médias du monde entier une couverture sans friction. Or, quand il s'agit de franchir les frontières, c'est chacun pour soi. L'accréditation international n'a aucune valeur légale pour traverser les États-Unis. Les ambassades appliquent leurs règles, point final.

Les journalistes sénégalais se plaignent particulièrement du délai. Des demandes déposées en janvier restent sans réponse en avril. L'ambassade américaine à Dakar, comme d'autres représentations diplomatiques américaines en Afrique, traite un flux considérable de demandes. Les accrédités FIFA ne figurent pas dans une file prioritaire. Ils sont juste un dossier parmi des centaines d'autres.

À l'entourage d'un journaliste guinéen accrédité, on confie : « On nous a dit que nous avions une place, que tout était réglé avec la FIFA. Et ensuite, on découvre qu'il faut passer par tous les obstacles normaux. C'est de la moquerie. » Cette frustration résume bien la déconnexion entre les promesses de la Fédération internationale et la réalité bureaucratique des États.

Un précédent inquiétant pour le Mondial

Cette crise d'accès soulève une question évidemment plus large : comment un événement mondial peut-il prétendre à la transparence si les journalistes peinent à y assister? L'histoire des Coupes du Monde montre que ces frictions administratives affectent d'abord les médias africains et asiatiques. Les budgets des petites agences de presse ne permettent pas les trajets répétés, les hôtels à proximité des consulats, les attentes indéfinies.

En 2022, en Qatar, le système avait été plus lisse grâce à un gouvernement centralisé et une organisation sans intermédiaires diplomatiques. Mais avec un Mondial sur trois continents, dont les États-Unis connus pour leur rigueur administrative, le précédent est mauvais. Plus de 4 000 journalistes sont attendus en 2026. Si ne serait-ce que 5 à 10% d'entre eux rencontrent les mêmes blocages, c'est une proportion non négligeable de couverture manquée, surtout depuis les zones où ces obstacles se multiplient.

La FIFA a lancé un communiqué rassurant sans résoudre le problème. L'organisation a affirmé travailler avec les autorités consulaires pour accélérer les procédures. Mais au jour d'aujourd'hui, aucun corridor préférentiel n'existe réellement. Les journalistes africains se trouvent dans une position intenable : accrédités par la plus haute instance du football, mais bloqués par les administrations nationales.

L'Afrique qui crie dans le vide

La Confédération africaine de football n'a pas pris position publiquement sur le sujet. Les unions nationales de journalistes sportifs, basées en Afrique, commencent à organiser les signalements. Mais sans pression politique visible, sans déclarations des fédérations nationales auprès de la FIFA, le problème persistera.

Ce qui agace particulièrement les professionnels, c'est le timing. Nous sommes à moins de 18 mois du coup d'envoi. Les visas devraient être expédiés depuis des semaines. Au lieu de cela, on entend parler de demandes encore en attente. Certains journalistes ont reçu des refus sans explication valable. D'autres attendent toujours une réponse.

À titre de comparaison, lors des derniers Jeux olympiques de Paris, les journalistes accrédités bénéficiaient d'un processus visa français accéléré et transparent. Les États-Unis, pour la plus grande Coupe du Monde de son histoire, n'ont pas mis en place l'équivalent. C'est un choix politique, pas une fatalité administrative.

La question qui monte maintenant : combien de journalistes africains renonceront avant le tournoi ? Combien de petits médias, faute de moyens pour financer plusieurs trajets consulaires, laisseront tomber leur couverture ? Le Mondial perd déjà de sa diversité avant même de commencer. La FIFA parle d'inclusion, mais les faits contredisent le discours. Et ça, c'est un problème qui ne passera pas inaperçu.

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