Dimanche, le gardien iranien Alireza Beiranvand a livré une partition d'anthologie avec 7 arrêts décisifs. La Team Melli respire dans la course aux barrages.
Sept arrêts. Voilà le chiffre qui résume l'après-midi de cauchemar vécu par la Belgique face à l'Iran à la Coupe du monde 2026. Alireza Beiranvand n'a pas joué au football dimanche soir, il a joué à l'arcade — appuyant sur tous les boutons au bon moment, plongeant comme un chat qui tombe de la table, repoussant l'inévitable avec ses doigts, ses poings, son corps entier transformé en rempart vivant. À 31 ans, ce gardien du Persépolis a offert à son équipe bien plus qu'un point : il lui a offert l'espoir.
Quand le gardien devient l'arme absolue
Regarder Beiranvand pendant quatre-vingt-dix minutes, c'est observer un homme en état de grâce. Pas le genre de match où tu entends parler du gardien parce qu'il a fait deux trois arrêts faciles. Non. Ici, c'était une succession de situations d'urgence, de moments où la Belgique aurait dû marquer et ne l'a pas fait. Sept interventions décisives, c'est le genre de statistique qui laisse les défenseurs iraniens respirer un peu, qui permet aux attaquants du Persépolis d'oublier pendant quelques minutes qu'ils n'ont pratiquement rien eu à faire.
La Belgique arrivait dans ce match avec des intentions clairement offensives. Une sélection qui, même vieillie, même piquée au vif après les déboires du début de campagne, sait encore comment déployer des vagues d'attaques. Mais Beiranvand ? Beiranvand a dit non. Pas ce jour-là. Chaque tir dangereux, chaque occasion de but, il y a répondu présent avec une autorité déconcertante. C'est comme si le gardien iranien avait vidé tout son potentif en trois cents minutes, transformant son implication physique en une barrière qu'on ne franchissait pas.
Ce n'est pas juste une question de doigts rapides ou de réflexes. C'est une lecture du jeu, une anticipation, une présence qui remplit la surface de réparation. Beiranvand parlait à sa défense, criait des instructions, sortait de sa ligne au moment juste pour déstabiliser un attaquant belge. Cette imperceptibilité du gardien complet, celui qu'on n'oublie pas une fois le match terminé.
L'Iran ressuscité par un homme seul
Avant ce dimanche, l'Iran était à genoux. Ou presque. La Team Melli traverse une campagne qualificative où chaque match ressemble à une bataille d'attrition, où les forces sont rarement au rendez-vous, où la continuité fait cruellement défaut. Arriver à tenir tête à la Belgique, c'est déjà un signal fort. Mais arriver à tenir tête à la Belgique sans pratiquement rien lui permettre offensivement ? C'est du vol à main armée sportive.
Ce 0-0 change la trajectoire de la Team Melli dans cet horrible groupe. Dimanche soir, les Iraniens ne se sont pas battus pour une victoire. Ils se sont battus pour rester dans la course, pour garder vivante l'espérance de disputer un barrage. Et Beiranvand, avec ses sept arrêts, a été le catalyseur de cette survie. Sans lui, sans cette performance individuelle du niveau international qu'on attendait, on parlait aujourd'hui d'une Belgique qui aurait remporté un succès probant, qui se serait relancée dans le groupe.
Le reste de l'Iran a fait son travail : défendre, limiter les dégâts, ne pas baisser les bras. Mais honnêtement, ce qui restera de cette rencontre, c'est le numéro 1 iranien qui a dit oui quand tout disait non. Les arrêts spectaculaires, c'est bien. Mais les arrêts qui sauvent une nation, qui permettent à quarante-deux millions d'habitants de continuer à rêver ? C'est immortel.
La Belgique face à ses démons
Pour la sélection belge, ce match sera classé dans la catégorie des occasions ratées. Dominer n'a jamais suffi dans ce football où les détails font la différence. Roberto Martínez a vu ses hommes créer les situations qu'il fallait, générer cette supériorité qu'on attendait d'une génération dorée en déclin. Mais créer n'est pas convertir, c'est une leçon qu'on enseigne aux enfants dans les écoles de football. La Belgique aurait dû gagner.
Et pourtant, elle rentre chez elle avec un match nul. C'est frustrant. C'est aussi le football : une équipe galère à trouver le cadre quand un gardien adverse traverse l'une de ces soirées où il touche tout, où il repousse même ce qui semblait inévitable. Beiranvand a volé trois points à la Belgique dimanche, tout simplement. Pas avec ses pieds, ni avec un contre-attaque génial, mais avec ses réflexes et sa présence mentale.
Cette rencontre révèle aussi la fragilité d'une Belgique qui, malgré l'expérience accumulée, malgré les noms qui brillent encore au firmament du football européen, ne parvient plus à faire tomber les obstacles mineurs. L'Iran, géographiquement, tactiquement, mathématiquement, était un candidat idéal pour un succès belge. Le groupe était à portée. Et voilà que Beiranvand dit non d'une seule main.
Les semaines à venir nous diront si cet accrochage belge sera un tournant ou juste une mauvaise soirée d'une équipe en transition. Pour l'Iran, la question est différente : peut-on construire des espoirs sur les épaules d'un seul homme ? Probablement pas pour les trente matchs qui restent. Mais dimanche, pendant quatre-vingt-dix minutes, Alireza Beiranvand a prouvé que oui, un gardien pouvait faire basculer un match entier, incarner le sursaut d'un peuple footballistique en quête de raccommodement avec ce sport qui l'obsède. Et dans un groupe serré comme celui-ci, ce zéro à zéro pourrait bien valoir de l'or à la dernière journée.