Deuxième de son groupe avec 7 points comme le Brésil, le Maroc a payé un tribut disproportionné aux arbitrages et aux détails. Une injustice qui résume ses déboires depuis le début du tournoi.
Les Lions de l'Atlas auraient pu porter plainte auprès de la FIFA. Pas pour dopage, pas pour corruption, mais pour harcèlement systématique — celui que seul un ballon rond peut infliger. Le Maroc quitte la phase de groupes de la Coupe du monde 2026 avec exactement le même nombre de points que le Brésil, sept précisément, mais c'est lui qui regagne l'avion en deuxième position. C'est un feuilleton aussi vieux que le football lui-même, cette question de l'injustice des différences de buts, sauf que cette fois, elle cache quelque chose de plus profond : une équipe littéralement punie par le tournoi pour avoir eu le malheur de croiser les mauvaises occasions.
Comment un groupe peut-il être aussi cruel envers une sélection légitime ?
Le scénario s'est répété comme une malédiction. Le Maroc a traversé un groupe relevé sans être réellement dominé. Deuxième avec sept points, c'est le bilan d'une formation qui a su obtenir des résultats, glanant victoires et nuls, mais qui s'est heurtée à des détails qui n'en sont pas vraiment — plutôt des variables que le football professionnel, dans sa cruauté ordinaire, amplifie jusqu'à l'absurde. Les arbitres ont eu leur mot à dire. Les occasions stériles aussi. Et puis, il y a cette fatalité des calendriers : affronter les adversaires au mauvais moment du tournoi, quand la fatigue n'est pas encore installée chez les favoris mais que chaque erreur devient fatale pour les prétendants.
Ce qui frappe, c'est moins le nombre de points accumulés — sept, c'est respectable dans une poule de haut niveau — que la sensation que le Maroc aurait pu facilement en avoir dix ou onze. Trois matchs, trois scénarios où les détails ont décidé plutôt que la qualité du jeu. Un penalty discutable par ici, une main non sifflée par là, une décision vidéo qui tarde à venir. À l'époque de Zinédine Zidane et Thierry Henry, les Bleus avaient connu quelque chose de similaire en 2010 en Afrique du Sud : un sentiment d'être pris dans un engrenage où chaque élément conspire contre vous, même quand vous produisez du jeu.
Pourquoi le Maroc reste la victime collatérale de cette Coupe du monde ?
Aucune équipe n'a autant subi depuis le début du tournoi que celle dirigée par Walid Regragui. Ce n'est pas une question de plaintes — Regragui n'est pas du genre à faire la moue devant les caméras — mais de constatation statistique. Le Maroc a encaissé les coups les plus durs, reçu les décisions les moins favorables, croisé les jours les moins inspirés. Un adversaire était frais quand il fallait lutter. Un autre avait déjà sa qualification en poche quand il s'agissait de ne pas relâcher. Et pendant ce temps, les Lions de l'Atlas eux n'ont jamais eu le luxe de respirer.
L'histoire pourrait ressembler à de la superstition, mais elle s'ancre dans du concret. En phase de groupes, la différence entre l'élimination et la qualification tient souvent à trois ou quatre détails. Le Maroc en a accumulé dix, quinze peut-être. Une trajectoire de ballon qui dévie légèrement, une position d'arrière-plan jugée active alors qu'elle ne l'était pas vraiment, un rythme de match qui change à cause d'une décision technique. Chaque Coupe du monde a ses bouc-émissaires involontaires — des équipes qui méritent mieux mais qui servent de pédagogie cruelle au tournoi. En 2026, c'est le Maroc qui porte cette croix.
Walid Regragui doit gérer une réalité difficile : sa sélection n'a pas commis de fautes majeures, elle a simplement rencontré le calendrier et les arbitres le plus hostile possible. Les joueurs ont tout donné. La tactique était cohérente. Mais le football, c'est aussi savoir accepter que parfois, l'univers décide pour vous.
La qualification aux huitièmes change-t-elle vraiment la donne pour un Maroc si malmené ?
Techniquement, oui. Sportivement, c'est plus nuancé. Le Maroc passe, mais en emportant avec lui cette sensation de vol blanc, ce sentiment que le groupe lui a pris quelque chose. Affronter les huitièmes quand on sort d'une phase de poules où chaque détail a joué contre vous, c'est comme courir un marathon après avoir grimpé deux côtes où personne ne vous a aidé. La fatigue physique s'ajoute à l'usure mentale.
Historiquement, cette injustice des groupes a marqué les tournois. La Suisse en 2022, l'Afrique du Sud en 2010, et tant d'autres sélections qui ont quitté le premier tour en se demandant si elles n'avaient pas mérité mieux. Le Maroc rejoindra cette galerie. Mais contrairement à certains, il y aura au moins pris des points réels, des résultats positifs — la différence entre subir injustement et être incompétent. Regragui a construit quelque chose de solide. Le football, une fois n'est pas coutume, n'en a pas voulu.
La suite ? Elle s'écrira au tour suivant, quand le Maroc affrontera des adversaires qui n'auront pas le luxe de bénéficier des mêmes arrangements arbitraux ou calendaires. Peut-être que là, avec rien à perdre et tout à prouver, les Lions de l'Atlas retrouveront cette légèreté qui leur a manqué en phase de groupes. Le tournoi n'a pas fini de leur donner rendez-vous.