Blessé contre la Norvège, Abde Ezzalzouli compromet ses chances pour la Coupe du Monde 2026. Un coup dur pour le Maroc à trois mois du tournoi.
Trois mois avant le coup d'envoi de la Coupe du Monde 2026, les Lions de l'Atlas viennent de perdre une de leurs meilleures flèches offensives. Abde Ezzalzouli, l'ailier du Real Betis qui incarnait la promesse d'une génération marocaine capable de rivaliser avec les meilleurs, s'est gravement blessé samedi contre la Norvège lors d'un match de préparation. Dominateurs et menant 1-0 grâce à un but de Brahim Díaz, les Marocains croyaient se projeter sereinement vers le Mondial nord-américain. À la place, ils voient s'envoler l'un de leurs talismans offensifs au moment où la fenêtre internationale fermait ses portes. Une trajectoire brisée, déjà.
Quand la fragilité offensives du Maroc se dessine
Ezzalzouli, 25 ans, s'était imposé ces derniers mois comme une alternative majeure au trio habituel de Hakim Ziyech, Sofyan Amrabat et autres piliers du projet. À Séville, depuis son transfert en 2024, il avait progressivement grappillé du temps de jeu et conquis une régularité que ses précédentes expériences ne lui avaient jamais offerte. Ses performances au sein de Betis avaient transformé un joueur fragmenté, tantôt prometteur tantôt invisible, en élément fiable sur le flanc gauche marque à la franchise marocaine.
La perte d'Ezzalzouli cristallise une vulnérabilité structurelle du projet marocain : la dépendance à un noyau vieillissant. Ziyech, 32 ans, reste capital mais imprévisible sur la durée. Amrabat, bien que excellent au Manchester United, n'est pas un pur créateur offensif. Même Youssef En-Nesyri, le buteur de référence, voit sa courbe de performance fluctuer selon les saisons. Sans Ezzalzouli, le Maroc perd une option offensive capable de générer des différences dans un tournoi où la profondeur squad décide souvent des destins.
Walid Regragui, le sélectionneur, avait construit une partie de son schéma offensif autour de cette capacité à attaquer les flancs avec des joueurs techniques et rapides. Ezzalzouli incarne cette philosophie. Son absence forcera les ajustements stratégiques à un moment où les automatismes comptent plus que jamais. Le Maroc devra improviser avec les ressources restantes : Nabil Fekir, moins fiable défensivement, ou des joueurs de moindre calibre qui n'offrent pas le même équilibre entre création et engagement défensif.
L'histoire marocaine marquée par les déceptions tardives
Ce scénario ravive une mémoire douloureuse pour la nation du Maroc. Quatre ans plus tôt, à la Coupe du Monde 2022 au Qatar, les Lions de l'Atlas s'étaient écroulés en demi-finale face à la France, privés de plusieurs éléments clés en fin de parcours. Ashraf Hakimi avait joué avec la douleur, les blessures s'accumulent, et cette fragilité récurrente finissait par pénaliser une équipe ambitieuse.
Depuis, le football marocain s'est construit sur l'idée d'une nouvelle génération, plus solide, plus expérimentée dans les grands championnats européens. Ezzalzouli en était la preuve : formé à Barcelone, testé à Osasuna puis à Séville, il représentait l'évolution recherchée. Un joueur exposé aux exigences du Real Madrid, du FC Séville, du système tactique le plus rigoureux d'Europe. Et voilà qu'une blessure, banale en apparence dans le calendrier d'un match sans enjeu, vient frapper ce projet au moment où il semblait consolider ses fondations.
Regragui, qui avait magnifiquement géré la préparation jusqu'alors, se retrouve confronté à une réalité peu sportive : la cruauté de la préparation de Mondial, où chaque entraînement, chaque rencontre amicale devient une roulette russe pour les ressources limitées dont dispose une sélection. Le Maroc n'a pas les 30 professionnels de haut niveau que possède la France ou l'Allemagne. Il doit donc économiser ses forces, compter sur la jeunesse et l'expérience d'une poignée de cadres. Ezzalzouli tombait dans cette catégorie.
Vers une reconstruction en mode réduit pour juin 2026
Les prochaines semaines décideront de l'ampleur réelle du cataclysme. Si la blessure s'avère légère, une rééducation accélérée peut permettre à Ezzalzouli de participer aux phases finales. Mais les signaux émis par le staff marocain vendredi soir sugèrent une situation plus préoccupante : absence immédiate du joueur, doutes publiquement exprimés sur son statut avant le Mondial. Dans le football professionnel, quand un sélectionneur évoque une blessure contractée en match amical à trois mois du tournoi, ce n'est jamais bon signe.
Regragui devra réinventer son aile gauche. Plusieurs options émergent, aucune ne satisfait complètement. Sofyan Boufal, du Angers, possède les qualités techniques mais a toujours manqué de régularité au plus haut niveau. Les jeunes éléments comme Bilal El Khannouss ont du potentiel mais n'ont jamais porté le poids d'une Coupe du Monde. Quant aux latéraux décalés sur l'aile, ils transformeraient le système en une architecture plus défensive, moins en phase avec l'ADN offensif que le Maroc a cultivé ces dernières années.
Mais voilà où réside la vraie question : le Maroc a-t-il suffisamment de profondeur pour absorber de telles pertes sans compromettre son potentiel compétitif ? La réponse, depuis cette blessure d'Ezzalzouli, penche sérieusement vers la négative. Les Lions devront rouler avec des griffes légèrement émoussées en Amérique du Nord.