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Football

Martínez abasourdi par Ronaldo en route vers le Mondial 2026

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Le sélectionneur portugais Roberto Martínez prépare son équipe pour la Coupe du monde en Amérique du Nord. Dans le groupe K, face à la Colombie, l'Ouzbékistan et la RDC, Cristiano Ronaldo crée déjà la surprise.

Martínez abasourdi par Ronaldo en route vers le Mondial 2026

Roberto Martínez ne s'y attendait pas. Voilà ce qu'on lit dans les yeux du sélectionneur portugais quand on évoque Cristiano Ronaldo et cette prochaine Coupe du monde 2026 en Amérique du Nord. À 41 ans passés — l'âge du vin, comme on dit — la légende mancunienne du football européen s'apprête toujours à marcher sur les terrains du Nouveau Monde. Pas de retraite annoncée. Pas de rideau tiré. Juste un homme qui refuse de baisser les armes tandis que les calendriers s'accélèrent.

Le Portugal affrontera la Colombie, l'Ouzbékistan et la République Démocratique du Congo dans le groupe K. Trois adversaires de nature très différente : une nation en quête de revanche américaine, une équipe d'Asie centrale redoutable en qualifications, et une géante dormante du continent noir. Pour Martínez, qui a déjà composé avec Ronaldo lors de l'Euro 2024, la question n'était pas tant « peut-il jouer ? » que « comment gérer sa présence alors qu'une génération nouvelle se profile ? »

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L'énigme du vieillissement en Champions League mentale

Ce qui choque vraiment, c'est la constance. Pas la constance physique — on la voit bien, elle a ses limites — mais la constance du désir. Depuis son départ de Manchester United en février 2022, Cristiano a navigué entre trois clubs en trois continents : un prêt frustrant à Riyad avec Al-Nassr, puis une brève expérience à Al-Ahly au Caire en 2023, avant de revenir à Riyad pour terminer son contrat avec Al-Nassr jusqu'en 2025. Pas exactement le parcours d'un champion en déclin qui profiterait de sa retraite dorée. Non : c'est un homme qui continue de se battre, de chercher des défis, même mineurs.

Martínez, lui, vient de l'univers anglo-saxon où on comprend la gestion des ressources humaines. Pendant ses années à Wigan Athletic et surtout à Everton, il a appris à doser, à anticiper, à faire des choix difficiles. Alors oui, il doit être choqué — au sens noble du terme — de constater que Ronaldo refuse simplement de suivre le script attendu : celui du champion qui s'en va tranquillement. Pour beaucoup, 39 ans aurait dû suffire. Ronaldo, lui, en réclame trois de plus. C'est presqu'une provocation envers le temps lui-même.

Le groupe K du Mondial offre justement une opportunité claire au Portugal : la Colombie reste une équipe redoutable avec ses faiblesses défensives désormais connues, l'Ouzbékistan — 88e mondiale actuellement — représente une marche intermédiaire, et la RDC, malgré ses talents en puissance, arrive avant tout comme outsider. Aucun match d'anthologie annoncé. Aucune confrontation léthale. Du coup, Martínez aurait le loisir de gérer sa star comme jamais : des entrées progressives, des rotations intelligentes. Sauf que gérer Cristiano Ronaldo, c'est aussi gérer un homme qui mesure exactement à quel point il reste indispensable — au-delà des buts, par l'aura qu'il déploie.

Une génération qui attend son heure sous le feu des projecteurs

Bruno Fernandes, João Palhinha, Diogo Costa, Gonçalo Inácio : le Portugal possède un effectif neuf et affamé. Ces joueurs ont grandi en regardant Ronaldo dominer, et maintenant ils arrivent à l'âge où ils pourraient enfin diriger l'équipe sans tutelle. Le choc pour Martínez n'est peut-être pas que Ronaldo joue encore — c'est que tout le monde regarde pour savoir quand il ne jouera plus. Un sélectionneur rêve de diriger une équipe libérée de ces questions existentielles. Il rêve de bâtir sans gérer l'ego d'une institution vivante.

Inversement, Ronaldo sait qu'une Coupe du monde peut être son dernier chapitre grandiose. Il en a joué cinq : l'Allemagne 2006, l'Afrique du Sud 2010, le Brésil 2014, la Russie 2018, le Qatar 2022. À 41 ans, l'Amérique du Nord serait la sixième. Combien d'attaquants de cet âge ont disputé six Mondiaux ? Quasiment personne. C'est une statistique qui dépasse le simple sport ; c'est une forme de victoire contre l'ordre naturel des choses.

Roberto Martínez devra trancher. Soit il accepte que Ronaldo soit un joker offensif, une arme finale quand l'Ouzbékistan ou la RDC opposeront leurs lignes défensives — un rôle qui convient désormais. Soit il prend le risque de l'écarter dès le groupe, sachant que chaque journée portuagaise sera décortiquée, jugée, critiquée. L'une de ces décisions libère l'équipe ; l'autre la paralyse. Voilà d'où vient le choc du sélectionneur. Pas de la présence de Ronaldo lui-même, mais de la conscience aiguë que son absence changerait tout et que sa présence change aussi tout.

Quand la transition devient une négociation permanente

Le Portugal doit qualifier pour les huitièmes — personne ne le nie. Quatre-vingt-dix pour cent de probabilité sur la base des modèles statistiques. Mais c'est la route jusqu'aux phases finales qui intéresse Martínez. Comment préparer une jeunesse dorée si un monument encombre l'horizon ? Comment expérimenter sans mettre en péril l'esprit du groupe ? Ces questions occupent l'esprit d'un entraîneur moderne bien plus que les réponses qu'apporte Ronaldo sur le terrain.

Peut-être que le vrai choc, pour Martínez, n'aura lieu qu'en Amérique du Nord. Quand il verra Cristiano, à 41 ans, courir après un ballon en altitude mexicaine ou sous le soleil texan. Quand il devra faire entrer ou sortir un homme qui représente quarante ans de football européen intensif. Quand l'équipe du futur regarde l'homme du passé, et vice-versa.

D'ici là, le sélectionneur portugais doit préparer un effectif complet. La Colombie, l'Ouzbékistan et la RDC attendent. Et quelque part à Riyad, Cristiano Ronaldo s'entraîne déjà comme si la victoire finale était sa seule raison d'être. Choquant ? Oui. Surprenant ? Non. C'est simplement Cristiano.

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