La légende brésilienne rejoint l'équipe de consultants de la Coupe du monde en Amérique du Nord. Un retour remarqué dans les arcanes du football mondial.
Ronaldinho Gaúcho ne disparaît jamais vraiment. Il suffit d'attendre le moment où le football a besoin de lui pour le voir réapparaître, sourire aux lèvres, avec cette aura intemporelle qu'aucun scandale judiciaire n'a jamais pu vraiment entamer. En 2026, quand les pelouses d'Amérique du Nord accueilleront la Coupe du monde, le magicien aux cheveux longs sera là, non plus comme joueur bien sûr — ses genoux ont rendu les armes il y a longtemps — mais en tant que consultant pour la FIFA.
C'est un recrutement qui en dit long sur la direction que prend l'instance mondiale. Plutôt que de s'entourer de techniciens rigides et de bureaucrates invisibles, la fédération internationale choisit désormais des visages iconiques capables de capturer l'imaginaire collectif. Ronaldinho incarne quelque chose que les tableaux statistiques ne mesurent pas : la magie brute du football.
Quand les légendes deviennent des voix
Le phénomène n'est pas nouveau. Depuis deux décennies, les grandes compétitions mondialisent le recours aux ambassadeurs prestigieux. Mais Ronaldinho représente une espèce rare : non pas une gloire figée dans le marbre du passé, mais une figure toujours en mouvement, toujours présente dans les conversations, dans les réseaux sociaux, dans les initiatives charitables en Amérique latine. À 56 ans — le Brésilien est né en 1980 — il possède encore cette capacité à transcender les générations.
Son rôle exact de consultant reste à définir précisément, mais on imagine sans mal les contours : apparitions lors des matchs phares, analyses sur les chaînes partenaires, présence médiatique lors des tirages au sort ou des présentations officielles. La FIFA sait que chaque apparition de Ronaldinho génère de l'engagement digital, des conversations en cascade sur les réseaux, une aura de légitimité sportive. Depuis sa retraite officialisée en 2018, après une dernière pige en Inde avec Kolkata Athletic Club, l'ancien milieu offensif a navigué entre les projets caritatifs, les tournois de légendes et les contrats d'ambassadeur pour diverses marques.
Ce qui rend cette nomination particulière, c'est qu'elle intervient dans un contexte où la Coupe du monde 2026 s'annonce déjà comme la plus composite de l'histoire moderne. Pour la première fois, le tournoi rassemblera 48 équipes au lieu de 32, éclaté sur trois pays distincts, avec des distances considérables entre les stades. Les trois premières places de chaque groupe se qualifient, ce qui provoque une convulsion tactique majeure. Avoir des voix comme celle de Ronaldinho pour décrypter cette mutation devient un atout communicationnel de poids.
- 48 nations en lice, 16 de plus qu'en 2022
- Trois pays organisateurs pour la première fois (États-Unis, Canada, Mexique)
- Plus de 100 matchs programmés entre juin et juillet 2026
- 120 stades répartis sur trois fuseaux horaires distincts
Le retour aux responsabilités d'une icône fragile
Ronaldinho n'est pas un consultant vierge de tout passif. En 2020, son arrestation au Paraguay pour fraude documentaire — sur la base de faux passeports — avait rappelé que même les plus grands champions peuvent tomber dans des pièges judiciaires. Relâché après trois mois, il avait quitté discrètement Asunción pour regagner le Brésil. Depuis, le personnage s'est reconstruit avec une remarquable discrétion. Pas de tentative de retour chaotique à la vie publique, pas de théâtralité victimaire, juste un homme qui retrouve progressivement son image de sage du ballon.
En le propulsant dans un rôle officiel pour 2026, la FIFA fait un pari calculé : celui d'une rédemption médiatisée et contrôlée. Ronaldinho sera encadré, briefé, ses interventions supervisées. Mais son essence même — cette capacité à incarner le football comme forme d'art plutôt que comme science comportementale — sera l'atout exploité. Car c'est cela que vend la Coupe du monde à ses téléspectateurs : le rêve, le talent pur, la beauté du geste gratuit.
À côté du Brésilien, la FIFA ne manquera pas d'activer d'autres noms prestigieux. Les rumeurs évoquent déjà plusieurs légendes du football européen et sud-américain. Mais Ronaldinho reste celui qui suscite le plus d'électricité émotionnelle. Son football a défini une époque — celle où le carré magique du Barça avec Messi n'était qu'une promesse, où Ronaldinho lui-même était encore ce alchimiste des jours tranquilles, capable de transformer un coup franc banal en poésie collective.
Sur les pelouses nord-américaines de l'été 2026, sa présence garantira au moins cela : que le tournoi aura une voix pour rappeler aux spectateurs pourquoi on aime ce sport. Pas pour ses statistiques, ses graphiques de possession ou ses xG, mais pour ces instants où un homme avec un ballon peut faire tenir debout 80 000 personnes en silence admiratif. C'est précisément ce qu'une Coupe du monde éclatée sur trois pays et 48 équipes risque de perdre : l'essence. Ronaldinho sera là pour la retrouver.