Lors d'Ouzbékistan-Colombie (1-3), Abdukodir Khusanov a violemment bousculé un cameraman en bord de terrain. L'incident révèle les failles de la sécurité en Coupe du Monde.
Il suffit d'une fraction de seconde. À la 34e minute du match entre l'Ouzbékistan et la Colombie, Abdukodir Khusanov s'élance dans un duel aérien classique. Le ballon s'échappe, le défenseur des Ouzbeks continue sa trajectoire et percute violemment un cameraman positionné en bord de terrain à Mexico. La scène fait basculer le match quelques instants. Plus de peur que de mal pour le cameraman, qui quitte néanmoins la rencontre après le choc.
Cet incident mineur sur le papier soulève pourtant une vraie question : à l'heure où la FIFA sanctionne les débordements les plus anodins, qu'en est-il vraiment de la sécurité des personnels techniques qui gravitent autour du terrain?
Pourquoi les cameramen restent-ils aussi exposés sur les lignes de touche?
Les cameramen occupent une position délicate. Impossible pour eux de reculer à la manière des autres intervenants de match – leur travail consiste précisément à capturer l'action au plus près, quitte à se caler dans les angles morts où les joueurs les oublient. Depuis des années, les protocoles de sécurité évoluent, les zones tampons s'agrandissent progressivement, mais la réalité du terrain impose ses limites.
À Mexico, durant cette rencontre comptant pour les éliminatoires du Mondial 2026, la configuration n'était pas différente de celle qu'on retrouve dans la majorité des stades. Les cameramen prennent position, acceptent le risque implicite. Khusanov n'a rien fait de répréhensible techniquement – c'était un mouvement naturel de jeu. Mais c'est justement le problème: chaque seconde, sur chaque terrain, des dizaines de joueurs emballés à 100 km/h croisent la trajectoire de ces travailleurs quasi invisibles.
Les broadcasters, qui investissent des sommes colossales pour obtenir les droits de retransmission des éliminatoires mondiales, ne peuvent pas accepter des images tremblotantes ou des angles manqués. Il faut être partout. Le cameraman doit tenir bon, même quand le jeu s'accélère, même quand les défenseurs se battent sur chaque ballon comme si leur vie en dépendait.
Les éliminatoires 2026 sont-elles plus chaotiques que prévu?
Ouzbékistan-Colombie s'est terminée sur le score de 3-1 pour les Colombiens, un résultat équilibré qui n'explique pas vraiment pourquoi cet incident survient maintenant. Le Mondial 2026 rassemblera 48 équipes au lieu de 32, ce qui veut dire plus de matchs, plus de rencontres croisées, une intensité différente. Les éliminatoires qui le précèdent commencent déjà à montrer des signes de cette nouvelle réalité: davantage d'engagement physique, des rencontres disputées que jamais.
La Colombie, en tant que candidate sérieuse à la qualification, abordait ce déplacement à Mexico comme un vrai test. L'Ouzbékistan, surprenant aux côtés du Brésil et du Paraguayi dans sa poule, répliquait avec intensité. Dans ces conditions, les erreurs de positionnement se multiplient. Et les cameramen en font les frais.
Selon nos informations, plusieurs médias ont déjà remonté au siège de la FIFA des préoccupations sur la sécurité des équipes techniques durant cette phase préliminaire. Rien d'alarmiste – pas de blessures graves documentées – mais une accumulation de petits incidents qui agacent les diffuseurs internationaux.
Faut-il vraiment renforcer les protocoles ou accepter le risque?
La réponse n'est pas simple. Augmenter les zones de sécurité signifierait repenser la géométrie de chaque stade, pousser les cameramen plus loin du jeu, sacrifier quelque chose à la qualité de la retransmission. Or, les droits TV du foot mondial valent des milliards. Les broadcasters américains, asiatiques, européens veulent des images HD en 4K, des angles inédits, de la profondeur. Reculer les cameramen, c'est renoncer à tout cela.
Le cameraman de Mexico a pu terminer sa journée avec un bleu et un bon verre. Mais demain, à Abuja ou Asunción, à Singapour ou au Caire, d'autres prendront des risques. Certains finiront à l'infirmerie. La FIFA pourrait théoriquement émettre des recommandations strictes, vérifier que chaque stade dispose de barrières adéquates, former les équipes techniques aux protocoles d'urgence. Sauf que le temps presse – nous sommes à moins de deux ans du coup d'envoi à Mexico City, et la FIFA a d'autres priorités.
L'incident d'hier restera probablement un simple anecdote dans les archives de la Coupe du Monde 2026. Les éliminatoires continueront, les cameramen resteront en première ligne, acceptant tacitement que le football moderne se joue aussi dans les zones grises entre le terrain et le spectacle. C'est le prix du jeu.