L'entraîneur de Côme caresse l'idée d'une aventure en Angleterre. Un désir légitime pour celui qui construit quelque chose de durable en Serie A.
Cesc Fabregas a passé treize ans de sa carrière de joueur à comprendre la Premier League de l'intérieur. Arsenal, Chelsea, Manchester City : il y a laissé des traces, notamment cette vision de jeu qui faisait de lui l'un des meilleurs passeurs de sa génération. Aujourd'hui, depuis le banc de touche de Côme, il envisage d'y revenir, mais pas comme simple spectateur. L'ancien milieu de terrain espagnol, qui dirige actuellement le cinquième de Serie A, n'a jamais caché son envie de tester ses compétences d'entraîneur en Angleterre. C'est un secret de polichinelle dans le microcosme du football européen.
Le contexte rend cette ambition intéressante. Fabregas n'est pas un aventurier en quête de projet exotique : c'est un homme qui a d'abord stabilisé Côme, relégué en Serie B il y a deux ans, puis l'a maintenu dans l'élite avant de le hisser à la cinquième place du classement actuel. Ce n'est pas du spectaculaire, c'est du travail. La différence entre rêver et construire. En Italie, on a appris à connaître sa méthode : organisation défensive rigoureuse, transitions rapides, valorisation des jeunes talents. Un style qui rappelle par certains aspects les premiers pas de Carlo Ancelotti à Parme dans les années 1990, cette capacité à transformer un club fragile en structure compétitive.
Un pedigree qui parle pour lui
Pourquoi Fabregas devrait-il intéresser un club de Premier League ? D'abord parce que son CV n'est pas vierge. Avant Côme, il a entraîné Monaco (2018-2019) où il a remporté la Coupe de la Ligue française. Pas un exploit monumental, mais une preuve qu'il sait gérer le quotidien d'un effectif et construire une dynamique. Avec les Monégasques, il avait affiché une moyenne de 1,9 point par match en Ligue 1, respectable pour une première expérience majeure. Ensuite, il y a son expérience de joueur : des milliers de minutes en Premier League, des interactions avec les plus grands coachs anglais, une compréhension viscérale de ce que signifie jouer à ce niveau.
Mais il y a plus important. La Premier League a changé. Elle n'attire plus seulement les techniciens consacrés ou les anciens joueurs charismatiques. Elle embauche des bâtisseurs, des penseurs du jeu. Fabregas correspond à ce profil : un homme capable de parler tactique avec un directeur sportif, de justifier ses choix de jeunes joueurs, de proposer une philosophie de jeu plutôt qu'une simple collection de stars. Son travail à Côme le confirme. Avec un budget ridiculement bas comparé à ses concurrents, il a maintenu le club en Serie A et le pousse vers le haut. C'est 47 points en 25 matchs, soit une trajectoire clairement ascendante.
Il ne faut pas oublier non plus que Fabregas parle l'anglais avec l'assurance de quelqu'un qui l'a pratiqué professionnellement pendant plus d'une décennie. Cela peut sembler banal, mais c'est un avantage réel pour intégrer rapidement une structure anglo-saxonne et communiquer avec des joueurs habitués à une certaine franchise. Les incompréhensions linguistiques ont enterré plus d'une bonne intention en Premier League.
Mais Côme d'abord, l'Angleterre après
Reste une question légitime : Fabregas est-il prêt à abandonner maintenant ? La réponse devrait être non. Pas par sentimentalisme, mais par logique sportive. Ce qu'il bâtit à Côme depuis deux ans commence à ressembler à quelque chose de structuré. Le club a quitté la Serie B, il est stabilisé en première division italienne, et il progresse. Partir maintenant, c'est laisser à un autre le soin de récolter les fruits de son travail. C'est aussi prendre le risque d'être oublié avant d'avoir vraiment établi sa légende.
Les entraîneurs qui réussissent en Premier League ne sont jamais ceux qui y arrivent précipitamment. Regardez Enzo Maresca à Chelsea, Luis de la Fuente quand il y allait : ils avaient d'abord construit ailleurs, accumulé de l'expérience, développé une vision claire. Fabregas pourrait suivre ce chemin. Deux ou trois saisons de plus à Côme, un ou deux succès majeurs (pourquoi pas une qualification européenne), et il arriverait en Angleterre avec un dossier blindé, non pas comme un espoir, mais comme une certitude.
- 47 points en 25 matchs pour Côme sous Fabregas (moyenne de 1,88 point par match)
- 1 Coupe de la Ligue française remportée avec Monaco en 2019, sa seule expérience majeure avant Côme
- 13 saisons passées en Premier League en tant que joueur, au cœur du jeu britannique
- Une cinquième place actuelle pour Côme, meilleure position du club depuis son retour en Serie A
L'histoire du football regorge d'exemples d'entraîneurs pressés d'arriver à destination qui ont échoué. Fabregas ne doit pas en être. Son intérêt pour la Premier League est compréhensible, légitime même : c'est son terrain de jeu favori, l'endroit où il se sent chez lui. Mais le faire maintenant serait une erreur de timing. À Côme, il a encore du travail à accomplir. À 36 ans, il n'est pas en pénurie de temps. En attendant, chaque victoire, chaque point gagné, chaque joueur développé le rapproche un peu plus du jour où un grand club anglais trouvera en lui non pas un nom connu, mais un entraîneur de classe mondiale.