Franco Mastantuono, joyau du Real Madrid, ne sera pas du voyage en Coupe du Monde avec l'Argentine. Un dossier qui éclaire les arbitrages des sélectionneurs face aux jeunes talents.
Quand on invente une raison de se réjouir, c'est souvent parce qu'on a peur de pleurer. Franco Mastantuono, 18 ans, prodige du Real Madrid formé à Banfield et installé au cœur du projet merengue depuis trois saisons, vient d'encaisser un coup dur : son absence de la liste argentina pour la Coupe du Monde. Le sélectionneur Lionel Scaloni a choisi de ne pas l'inclure dans son groupe, actant une décision qui résonne bien au-delà des simples calculs tactiques.
Ce qui fascine, ce n'est pas tant le nom de Mastantuono, mais la série impressionnante de jeunes talents précédemment écartés. Avant lui, Camavinga (France), Alexander-Arnold (Angleterre), Carreras (Espagne), Huijsen (Juventus), Carvajal, Fran García, Asencio, Ceballos et Gonzalo García ont tous mordu la poussière des appels non reçus. Une vague de refusés qui interroge : vivent-nous une ère où l'expérience prime systématiquement sur la promesse ?
L'exception devient la règle
Scaloni n'a pas commis d'erreur folle. C'est même l'inverse : il a appliqué la logique froide des tournois décisifs, celle qui demande à un sélectionneur de peser chaque gramme de certitude. À 18 ans, Mastantuono accumule 32 matchs avec le Real Madrid, des chiffres honnêtes mais insuffisants pour justifier l'absence de véritables certitudes défensives en Amérique du Sud. Le football international exige des métronomes rodés aux jeux de puissance, pas des apprentis fûts.
Pourtant, ce raisonnement brille par son absence de prise de risque. Maldini avait 17 ans quand Cesare Maldini l'appelait pour l'Italie. Pelé jouait au Mondial à 17 ans. Ronaldo de Nazário était un tornado blond de 17 balais à la Coupe 94. Les histoires de football sont peuplées d'adolescents qui ont fait trembler des enceintes du monde entier. Ce qui a changé, c'est notre rapport à l'imperfection. Le calcul d'espérance de victoire a érasé le pari sur la jeunesse.
Scaloni, d'ailleurs, n'est pas un sélectionneur aventureux par nature. Son génie tactique réside dans l'efficacité répétée, le perfectionnement minutieux de systèmes qui ont fait leurs preuves. Inclure Mastantuono aurait signifié accepter que la Coupe du Monde fonctionne comme un laboratoire d'innovation. Or, les laboratoires échouent trois fois sur quatre.
Quand le Real Madrid se consume dans l'attente
Il existe une ironie cruelle dans cette histoire. Mastantuono appartient au Real Madrid, le club qui a bâti son prestige sur la jeunesse intégrée, de Raúl à Xavi Alonso en passant par Casillas. Or, ce qui se dessine aujourd'hui au Bernabéu, c'est l'inverse : une jeunesse qui mûrit dans les tribunes, frustrée, surclassée par des établis qui semblent éternels.
Le club merengue a investi massivement dans Mastantuono, le reconnaissant comme l'héritier possible du milieu d'avenir. Sauf que les sélections nationales, elles, jouent un autre jeu. Elles ne construisent pas, elles gagnent. Et pour gagner en novembre, on ne prend pas les bleus du futur. Cette décalcomanie entre les projets de club et les urgences de sélection crée une situation inconfortable : Mastantuono s'use à attendre son heure pendant que des trentenaires soustrayent les minutes qui auraient pu le forger.
Scaloni aurait pu justifier son choix par l'éthique du progression. Il ne l'a pas fait. Il a simplement vérifié que ses plans fonctionnaient mieux avec des guerriers éprouvés, et il a eu raison. Mais cette rectitude tactique instille un poison : celui qui suggère qu'à 18 ans, en football, on est soit prêt immédiatement, soit trop jeune pour jamais. Or c'est faux. C'est juste que les compétitions décisives ne sont jamais des écoles.
Le coût caché de la prudence
Ce qui demeure intrigant, c'est la conscience collective que cette décision provoque. Chaque fois qu'un jeune talent brille sans aller au Mondial, la question se pose : et s'il en avait vraiment besoin ? Benzema a remporté le Ballon d'Or sans jamais avoir été un prétendant crédible d'une Coupe du Monde en tant que jeune promesse. Cependant, pour chaque Benzema qui prospère en patience, il y a cent joueurs whose potential a été grignoté par le doute.
Mastantuono connaît le chemin que suivront ses autres : une valorisation progressive dans le championnat d'Espagne, peut-être un prêt en Ligue 1 ou en Serie A dans dix-huit mois, puis un long rodage avant les véritables grandes responsabilités. Ce n'est pas dramatique. C'est juste la trajectoire standardisée du jeune Madrilène qui ne se forge pas au feu des grands rendez-vous.
L'Argentine disputera sa Coupe du Monde avec ses certitudes. Elle risque de payer très cher cet attachement à la garantie si elle croise une sélection qui aura eu le courage de jouer l'émergence. Mais ce pari, aucun sélectionneur responsable ne le prend avant d'avoir épuisé toutes les recettes anciennes. Mastantuono, lui, peut ranger son dosseau pour les championnats du monde futurs, quand l'âge lui aura donné ce que Scaloni n'a pas voulu prendre en risque : la légitimité indiscutable.