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Football

Doué et Barcola, les deux épines dans le pied de Deschamps

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Contre le Paraguay, Désiré Doué a illuminé une France éteinte en provoquant le penalty de la victoire. Avec Bradley Barcola, il force Deschamps à repenser ses hiérarchies offensives.

Doué et Barcola, les deux épines dans le pied de Deschamps

Didier Deschamps s'est assis sur le banc hier soir face au Paraguay avec un effectif censé être rôdé, des certitudes établies, une hiérarchie qu'on croyait gravée dans le marbre. Il s'est relevé avec des questions qui le suivront jusqu'à la prochaine sélection. Et elles ont les cheveux de Désiré Doué et Bradley Barcola.

Le scénario était écrit d'avance : une France tranquille qui gère un adversaire sud-américain venu faire du tourisme au Stade de France. À la demi-heure, c'est déjà le cas. Puis les minutes s'accumulent, rien ne se passe vraiment, et le temps commence à peser. Un match blanc qui vire au gris. C'est à ce moment que Deschamps jette un œil à son banc. Il y a ceux qui attendaient depuis longtemps. Et puis il envoie Doué.

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Le milieu des Bleus n'a pas joué les seconds rôles. En vingt minutes, le jeune Parisien a fait plus de bruit qu'un quart de match d'une équipe supposée maîtriser le jeu. Sa percussion, sa fraîcheur, cette capacité à créer du décalage là où il n'y avait que du vide — voilà ce qui avait disparu du terrain. Et puis le penalty, provoqué par Doué lui-même après une accélération qui a déchiré la défense paraguayenne. Thierry Henry aurait applaudi.

Ce moment critique du match dit tout sur l'incertitude qui règne actuellement au cœur du projet offensif tricolore. Pas une incertitude due aux blessures ou aux absences, mais une incertitude créée par l'émergence de deux joueurs que Deschamps ne peut plus ignorer, même s'il semble hésiter à leur accorder une vraie place dans son onze de base.

Pourquoi Barcola et Doué dérangent-ils l'ordre établi ?

Pendant des mois, Deschamps a construit sa France sur des principes défensifs solides et une attaque que nous connaissions par cœur. Mbappé à gauche ou au centre, Griezmann en soutien, Benzema ou Thuram en pivot. Des noms qui sentaient l'expérience, la routine rassurante. Et puis voilà que deux joueurs de 21 et 26 ans débarquent avec cette urgence juvénile de prouver quelque chose.

Bradley Barcola, c'est du pur spectaculaire. Prise de balle, accélération, but. Le gaucher du Paris Saint-Germain a ce type de progression où l'adversaire ne sait pas s'il doit se préparer à défendre ou à applaudir. Il n'a pas encore explosé avec les Bleus comme il pourrait le faire au Parc, mais ses aparitions lui permettent de se poser la question : pourquoi lui ne serait-il pas titulaire ?

Doué, c'est différent mais tout aussi déstabilisant pour la hiérarchie. Le joueur de l'AS Monaco apporte cette fluidité offensive, cette verticalité que les centrales de jeu modernes adorent alimenter. Ses dix minutes hier soir ont montré quelque chose que des 90 minutes de routine n'avaient pas su produire : du décalage, de la vitesse de décision, une vraie présence aux 30 derniers mètres. 36% de réussite aux tirs en Ligue 1 cette saison pour un joueur qui n'a que 21 ans, c'est le type de chiffre qui force un sélectionneur à revisiter son système.

Le problème pour Deschamps, c'est qu'il ne peut pas les ignorer ni les satisfaire en même temps. L'attaque française n'a pas besoin de deux révolutions. Elle a besoin de clarté. Et la clarté, c'est ce que Barcola et Doué refusent de lui offrir en jouant comme ils jouent.

L'équipe de France a-t-elle un plan B crédible ?

Hier soir, le plan B s'est appelé Désiré Doué. Et ça a marché. Mais est-ce vraiment un plan B, ou juste de la nécessité ? Deschamps a la tête sur les épaules. Il sait que dans huit mois, à l'Euro 2024, il ne sera pas question de tâtonner. Il faudra des équipes rodées, des associations testées, des certitudes.

Or, en envoyant Doué en cours de jeu et en continuant à faire confiance à Barcola en tant qu'option, le sélectionneur envoie un signal contradictoire. D'un côté, il reconnaît leur qualité. De l'autre, il ne les croit pas assez pour les titulariser d'emblée, même contre une équipe clairement dominée comme le Paraguay.

Cette ambivalence est dangereuse. Ces joueurs, qui ont maintenant l'habitude de changer le match en entrant en jeu, vont finir par se poser des questions. Pas sur leurs capacités — elles sont là pour tous les voir — mais sur leur avenir dans le projet bleu. À quel moment devient-on un titulaire plutôt qu'un supersub ?

La réponse devrait arriver vite. Les prochains matches de qualification verront peut-être Deschamps trancher enfin. Soit en les titularisant comme une vraie solution, soit en confirmant que c'est une option de luxe pour les situations où le plan A s'essouffle. Mais rester dans le flou, c'est perdre ces deux joueurs à petit feu.

Qu'est-ce que cela change pour la Coupe du monde 2026 ?

À moyen terme, voilà la vraie question. Mbappé aura 27 ans, Griezmann frôlera les 35, et le projet offensif français devra se réinventer. Doué et Barcola, eux, seront dans la force de l'âge. Si Deschamps les ignore aujourd'hui, il risque d'hériter d'une génération habituée à entrer en jeu, pas à commencer les matches. C'est un mauvais calcul.

Hier soir, il y avait plus qu'un simple penalty en jeu. Il y avait la construction de la France post-2024. Et cette construction passe forcément par le moment où Didier Deschamps se résout à reconnaître qu'il ne peut pas gérer deux crises de succession en même temps. Il faut trancher. Barcola et Doué le savent maintenant. La balle est dans le camp du sélectionneur.

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