Titulaire face au Sénégal, Désiré Doué a perdu sa place au profil de Barcola. Deux ailiers en quête de légitimité qui incarnent la profondeur de l'effectif tricolore.
Quand Désiré Doué a foutu son pied droit dans le ballon face au Sénégal, personne ne doutait : le Rennais venait de casser les codes de la hiérarchie. Titulaire d'office contre l'Irak trois jours plus tard, l'histoire aurait dû être écrite d'avance. Sauf que le football n'aime rien tant que de vous enfoncer dans le sol au moment où vous croyez maîtriser la route. Barcola, lui, a d'autres projets.
L'ailier du Paris Saint-Germain a compris quelque chose que les observateurs pressés avaient occulté : la compétition à cet étage n'est jamais finie. Elle s'aggrave, s'intensifie, devient carnassière. Doué a eu son moment. Celui du premier match, du gars qui débarque et sait qu'il n'a qu'une occasion. Mais une occasion, c'est comme une moto : il faut la maîtriser ou elle te jette sur l'asphalte.
À quel moment Doué a-t-il perdu sa primauté ?
Ce n'est pas une question rhétorique. C'est presque une énigme policière. Le garçon de 22 ans avait eu tous les signaux de confiance. Ludovic Giuly et ses assistants lui avaient accordé la position de titulaire aux côtés de Kylian Mbappé et Antoine Griezmann lors du choc contre les Léopards de Teranga. Trois buts inscrits, une victoire nette, un homme qui rentre au vestiaire avec l'adrénaline du match décisif dans les veines. C'était écrit, paraît-il.
Puis l'Irak s'est présenté. Trois matchs en six jours, c'est de la folie programmée : le corps crie grâce, les mollets protestent, les têtes deviennent molles. C'est à ce moment que les choix deviennent révélateurs. Aurélien Tchouaméni a été préservé. Griezmann aussi. Les rotations ont commencé à triturer la composition d'équipe, et Barcola a obtenu son ticket.
L'ailier parisien n'est pas venu faire du tourisme. Il a mis 45 minutes pour rappeler qu'il existe, que la Ligue 1 ne lui a pas pourri les crocs, que la vitesse qu'il possède n'est pas un argument marketing mais une réalité tactique. La France a gagné 3-0, Doué regardait de la touche, et voilà comment on perd l'équilibre en trois jours. Pas six mois. Trois jours.
Barcola a-t-il vraiment surclassé son concurrent ?
Surclassé ? Le mot est peut-être trop dur. Disons qu'il y a eu de l'efficacité, de la présence, cette vraie connaissance de ce qu'on attend d'un ailier français à ce niveau. Barcola a joué 572 minutes en Ligue 1 cette saison avant la trêve, marqué 6 buts. Ce n'est pas exceptionnel. Ce n'est pas non plus négligeable. C'est précisément le profil du mec qui se maintient à flot pendant que d'autres coulent.
Doué, lui, a fait ses preuves à Rennes. Le garçon qui court, qui appuie, qui apporte cette jeunesse énergique que Mbappé peut utiliser sur son flanc gauche. La question n'est pas : qui est le meilleur ? C'est : qui comprend le plus vite ce que demande cet effectif ?
Barcola a cet avantage du mec du PSG. Il connaît déjà Mbappé, il a déjà joué dans le même système, il sait où se placer. Doué, lui, doit apprendre en temps réel, face à des défenses qui ne lui laissent aucune grâce. C'est une autre économie d'énergie. Une autre manière de penser le football international. La rotation des deux ailiers n'était pas censée arriver si vite. Elle arrive déjà.
Doué peut-il encore jouer les premiers rôles ?
Bien sûr. Et c'est pour ça que cette histoire mérite mieux qu'une demi-page oubliée après la prochaine victoire. Doué n'a pas 25 ans. Il n'a pas 28. Il a 22 ans et il vient de découvrir que la vraie concurrence, ce n'est pas celle des terrains de Ligue 1 avec des clubs moyens. C'est celle de mecs qui jouent en Champions League, qui vivent la pression 80 fois par an, qui savent comment gérer un effectif de 55 joueurs.
Le gamin a marqué face au Sénégal. Il a défendu. Il n'a rien fait d'extraordinaire, mais rien d'affreux non plus. Et c'est peut-être là son problème : il y a 15 mecs derrière lui qui attendent. Griezmann vieillit. Mbappé est Mbappé. Barcola travaille. Et voilà un jeune qui doit trouver sa place entre deux chaises qui bougent.
La solution ? Comprendre que quatre matches de Coupe du Monde, ça change tout ou rien. Pour certains, c'est l'éclosion. Pour d'autres, c'est l'école. Doué peut encore basculer d'un côté comme de l'autre. Mais il faut qu'il le fasse vite.
Avec Barcola en embuscade, le délai n'est plus de trois mois. C'est de trois matchs. Après, il y aura d'autres ailiers, d'autres compétiteurs, d'autres histoires de gars qui montaient et qui descendent. C'est le jeu des bleus. C'est le jeu de Doué maintenant.