Didier Deschamps regarde impuissant la chute du FC Nantes en Ligue 2. Celui qui y a grandi de 1983 à 1989 vit comme une blessure personnelle la relégation de son club de cœur.
Six ans. C'est le temps que Didier Deschamps a passé à Nantes, du début des années 1980 à 1989, ces années où l'on se forge une identité de footballeur. Ces six années où l'on apprend le métier, où l'on devient homme dans un vestiaire, où l'on s'attache à une ville, à des supporters, à une histoire. Le sélectionneur de l'équipe de France ne cache pas qu'il suit la débâcle du FC Nantes cette saison avec une certaine affliction. Comment pourrait-il en être autrement ? Son berceau est en train de s'effondrer.
Quand Nantes bascule dans le précipice
La relégation en Ligue 2 est devenue inévitable pour le FC Nantes. Une trajectoire catastrophique qui ressemble à un naufrage au ralenti. Le club de la Loire, autrefois champion de France à plusieurs reprises, qui a connu ses heures de gloire dans les années 1990 et 2000, s'est progressivement effondré. Cette saison, les Canaris ont sombré corps et bien, incapables de rivaliser avec les standards de l'élite.
Deschamps, depuis son poste de sélectionneur, observe. Il ne peut que constater : ses anciens compagnons de route ont disparu, le stade la Beaujoire n'attire plus les foules comme autrefois, et les résultats parlent d'eux-mêmes. Pour un homme de son âge, qui a vécu les grands moments du football français dans les années 1980 et 1990, cette chute est presque personnelle. Car Nantes, ce n'est pas juste un club pour lui. C'est l'endroit où il a appris son métier, où il a rencontré ses premiers mentors, où il a compris ce que signifiait porter un maillot.
Les années dorées qui semblent si loin
Entre 1983 et 1989, le FC Nantes n'était pas un club anonyme attendant les miettes de la domination parisienne. C'était un vrai club, structuré, avec des ambitions. Didier Deschamps y a côtoyé d'autres futurs grands noms du football français. Ces années-là ont forgé sa mentalité. Il y a appris la discipline, le collectif, cette philosophie du jeu qui deviendra sa signature de coach.
Les supporters nantais d'aujourd'hui, qui n'ont pas connu ces périodes fastueuses, imaginent mal ce qu'a représenté leur club. Dans les années 1990, Nantes a remporté le championnat en 1995, une victoire qui semblait le point de départ d'une nouvelle domination. Puis il y a eu l'Europe, les belles campagnes continentales, les rivalités avec Bordeaux, Lyon, l'OM. Nantes n'était pas un géant, certes, mais c'était un club structuré, respecté.
La descente aux enfers s'est faite lentement. D'abord une mauvaise gestion sportive. Puis des problèmes financiers qui ont obligé à vendre les meilleurs joueurs. Enfin, une série de décisions malheureuses au niveau du management. Aujourd'hui, le club végète. Et pour quelqu'un comme Deschamps, qui a bâti sa réputation sur la stabilité, sur la construction long terme, sur le respect des valeurs, cette implosion est presque insoutenable à regarder.
L'impuissance d'une légende face au déclin
Voilà le dilemme du sélectionneur français : il ne peut rien faire. Didier Deschamps dirige l'équipe de France, une charge qui le mobilise entièrement. Il ne peut pas revenir à Nantes, ne peut pas prendre en main ce club moribond et le ressusciter. Il doit regarder, impuissant, l'effondrement de son berceau. C'est une forme de torture pour un homme de son tempérament.
Cette relégation en Ligue 2 aura des conséquences durables. Pas seulement sportives. C'est une saignée économique. Le club devra vendre d'autres joueurs pour équilibrer ses comptes. Les revenus de la Ligue 1 disparaîtront. Et au-delà du chiffre, il y a la fierté. Pour une ville comme Nantes, qui a connu des décennies à l'étage supérieur, cette déchéance est un coup bas.
Le contexte politique et économique pèse aussi. Le football français dans son ensemble traverse une période de turbulences. Paris Saint-Germain, malgré ses investissements colossaux, n'a pas dominé la Ligue 1 de manière écrasante. Marseille a traversé des crises identitaires. Lyon a dû se reconstruire. Et les clubs de taille moyenne ou petite, comme Nantes, sont les premiers à trinquer. Ils n'ont pas les moyens des géants, mais ils doivent affronter une compétition de plus en plus violente.
Deschamps, depuis son poste, voit cela aussi. Il sait que la Ligue 1 perd de ses qualités, que les talents s'en vont ailleurs. Et son ancien club en est la preuve vivante. Cette saison catastrophique du FC Nantes, c'est un peu le miroir de ce qui se passe dans le football français : une élite qui se concentre toujours plus, et une base qui s'érode.
Vers une reconstruction ou vers l'oubli ?
Reste la question de ce qui viendra après. Nantes parviendra-t-il à remonter rapidement de Ligue 2, ou sera-ce le début d'une spirale infernale ? Les exemples ne manquent pas de clubs français qui, une fois descendus, ont mis des années à revenir. Auxerre, Lens, d'autres encore. La descente est rapide, la remontée bien plus lente.
Pour Didier Deschamps, cette blessure restera longtemps ouverte. Il y a des attachements qui ne s'effacent jamais, des racines trop profondes. Nantes, c'est son enfance de footballer. Et regarder son enfance s'écrouler, même de loin, même en tant que simple spectateur impuissant, ce n'est jamais facile.