Maxime Saada durcit le ton auprès de la LFP. Canal+ exige deux garanties majeures avant d'intégrer Ligue 1+ sur ses réseaux. Le bras de fer commercial s'intensifie.
Maxime Saada ne vient pas les mains vides à la table de négociation. Après avoir ouvert la porte à une distribution de Ligue 1+ sur les plateformes de Canal+, le patron de la chaîne au crocodile resserre maintenant l'étau sur les conditions d'une telle alliance. La LFP, qui espérait simplement trouver un repreneur pour sa malheureuse chaîne Ligue 1+, doit désormais déplier un véritable cahier des charges commercial. Les deux exigences brandies par Saada cette semaine révèlent une stratégie bien rodée : Canal+ ne cèdera pas du terrain gratuitement.
Saada impose ses deux conditions non négociables
Le premier versant de l'ultimatum concerne l'exclusivité du contenu premium. Canal+ refuse catégoriquement que Ligue 1+ continue de proposer en direct les meilleurs matchs du championnat en parallèle de sa propre offre. C'est logique : pourquoi les abonnés paieraient-ils pour l'intégralité du bouquet Canal+ si le meilleur du spectacle footballistique s'affiche ailleurs? Cette exigence redessine entièrement le modèle de Ligue 1+, qui devrait devenir un service complémentaire et non concurrent. Les amateurs de la Ligue 1 qui rêvent de tout centraliser en un seul endroit verront donc leur vœu exaucé—mais au prix d'une consolidation du monopole Canal+.
La deuxième condition porte sur les droits commerciaux d'exploitation. Saada demande une main visible sur la monétisation des contenus additionnels : replay, analyses, contenus exclusifs, statistiques avancées. Bref, tout ce qui gravitait autour de Ligue 1+ comme valeur ajoutée doit transiter par les filtres de Canal+. C'est une manière de renforcer le contrôle sur l'expérience utilisateur et surtout de sécuriser les revenus publicitaires générés. Pour la LFP, cela signifie renoncer à une autonomie commerciale que la chaîne maison avait vainement cherché à préserver ces trois dernières années.
Quand le flop de Ligue 1+ devient un avantage de négociation
L'ironie de la situation saute aux yeux. Ligue 1+ était censée être un nouvel eldorado pour le football français : une plateforme directement contrôlée par la LFP, sans intermédiaire, sans partenaire dominant, une source de revenus maîtrisée de bout en bout. Sauf que le bilan après trois saisons est catastrophique. Entre 500 000 et 700 000 abonnés en creux, une image d'instabilité permanente, des querelles internes sans fin sur la gouvernance et une hémorragie d'argent que personne n'assume vraiment. La LFP reconnaît désormais tacitement qu'elle n'a pas le sang d'un distributeur technologique et que le modèle pur de plateforme propriétaire ne marche pas.
Maxime Saada voit donc en Ligue 1+ un passif qu'il faut assainir en le replaçant sous la coupe de Canal+. Le calcul est froid : récupérer le service, l'intégrer à l'écosystème existant, phaser progressivement la marque Ligue 1+ et transférer ses utilisateurs sur des apps Canal+. Quelques milliers d'euros pour absorber un problème, au lieu de plusieurs dizaines de millions pour l'ignorer. La LFP, elle, retrouve un peu de respiration budgétaire et décharge l'ardoise. Les deux parties sortiront prétendument gagnantes du communiqué final.
La LFP aux cordes avant même la signature
Ce qui frappe dans ce dossier, c'est la faiblesse chronique de la position négociatrice française. La Ligue 1 ne pèse plus que 761 millions d'euros annuels en droits TV—un montant largement en retrait par rapport aux grandes ligues européennes. La Premier League dépasse les 3 milliards, la Bundesliga approche les 1,5 milliard, la Serie A frisotte les 900 millions. Dans ce contexte de plateau contractuel, Canal+ sait qu'elle est l'unique buyer intéressé pour récupérer la plateforme. La LFP aurait pu imposer ses conditions ; elle en subit à la place.
Reste à voir si les deux conditions formulées par Saada trouveront preneur sans résistance. Les clubs, qui reçoivent une part des revenus Ligue 1+, pourraient chipoter sur la concentration des droits commerciaux. Paris Saint-Germain, Lyon, Marseille : tous ont des appétits médiatiques propres et redoutent une dilution de leur visibilité dans un conglomérat Canal+. Mais collectivement, la LFP n'a pas d'arme de rétorsion crédible. Refuser l'offre Saada reviendrait à maintenir le statu quo dégradant de Ligue 1+, ce qu'aucun acteur du foot français ne souhaite vraiment.
Les semaines qui viennent trancheront entre un accord sur ces deux conditions ou un retournement de Saada vers le dossier dans les mois froids. Pour l'instant, la main revient à Nasser Al-Khelaïfi et à Vincent Labrune de composer avec des exigences qui ressemblent moins à des négociations qu'à un diktat. Canal+ reprend le jeu, comme depuis vingt ans. La LFP, elle, accepte les règles ou plie bagage.