Alors que la France patine avant le Mondial, un champion de 1998 plaide pour intégrer Rayan Cherki. Le talent lyonnais a marqué les esprits à Nantes, relançant un débat qui divise.
La Côte d'Ivoire a fait la leçon à la France jeudi à la Beaujoire. Trois buts à zéro, une défaite qui résonne comme un signal d'alarme à trois semaines du coup d'envoi en Allemagne. Et pendant que les débats enfumaient les studios, une voix familière montait au créneau pour parler d'un jeune homme qui, lui, ne demande qu'une chance : Rayan Cherki.
Pourquoi un champion de 1998 se mêle soudain du dossier Cherki?
Vous vous souvenez d'un certain Thierry Henry? Non, pas Henry le commentateur d'aujourd'hui, mais Henry l'homme qui a porté ce maillot bleu comme peu l'ont fait. Celui qui a posé sa botte sur les terrains de la Coupe du Monde 1998, aux côtés de Zidane et Desailly. Eh bien, Henry vient de déclarer publiquement que Rayan Cherki méritait sa place dans la sélection française. Un argument venant d'une telle source, ce n'est jamais anodin.
Le message est on ne peut plus clair : Henry, qui connaît chaque recoin de la fabrique française du football pour l'avoir construite de ses mains, voit quelque chose chez le prodige lyonnais. Pas une promesse vague. Une urgence. Un talent qui cogne à la porte et qu'on aurait tort d'ignorer. Le timing? Parfait. Juste après une debâcle qui laisse songeur l'ensemble du staff tricolore.
Qu'a vraiment montré Cherki face aux Ivoiriens?
Voilà l'ironie savoureuse de cette affaire. Dans une mer de gris tricolore, dans une prestation collective qui s'apparentait davantage à un exercice de style déprimant qu'à un test avant Mondial, Cherki s'est distingué. Le jeune lyonnais a trouvé le chemin des filets, il a mis du trouble dans la défense ivoirienne, il a créé des espaces. Rien de transcendantal, bien sûr. Mais suffisant pour que les yeux avertis croisent les bras en se demandant : comment Didier Deschamps peut-il ignorer ça?
Car c'est bien là le sujet. Cherki dispose d'une palette offensive que peu possèdent dans le secteur français. Sa capacité à jouer entre les lignes, à créer de la profondeur, à accélérer le jeu à bon escient. L'OL a façonné un joueur que 22 pays aimeraient appeler à leur service. Et la France? Elle hésite. Elle chipote sur les détails, elle questionne la mentalité défensive, elle demande un temps d'adaptation qui n'existe plus à trois semaines d'une Coupe du Monde.
Combien de fois faut-il montrer quelque chose avant que ça devienne évidence? Henry semble dire : une fois, c'est déjà trop attendre.
Deschamps va-t-il plier face à la pression montante?
Là se noue le vrai drame de cette histoire. Didier Deschamps n'aime pas qu'on lui dise comment remplir sa feuille de match. C'est même son trait de caractère le plus affiché : une forme de solitude assumée, une conviction qu'on ne remplace pas la connaissance du groupe par des statistiques ou des cris de poitrine médiatiques. Pendant longtemps, cette intransigeance a payé. Deux finales de Coupe du Monde en quatre ans, une victoire en 2018 qui avait un goût définitif.
Sauf que mai 2024 n'est pas novembre 2022. La trajectoire française n'est plus ascendante. Elle tangue. Elle doute. Et quand les champions du passé commencent à parler publiquement, quand les journalistes s'enhardissent à poser des questions de plus en plus directes, c'est qu'un malaise s'est installé. Deschamps sent-il venir la tempête? Va-t-il conserver son poing fermé ou faire un geste vers Cherki pour apaiser les tensions internes?
Le sélectionneur dispose d'une liste de 23 noms. Sur celle-ci figurent des certitudes défensives, des éléments rodés, des automatismes en place depuis trois ans. Mais il y a aussi des places flottantes. Des questions. Et Cherki est l'incarnation vivante de ces points d'interrogation qu'on ne peut pas éternellement laisser sans réponse. Henry le sait. Les supporters le savent. La question est de savoir si Deschamps l'acceptera avant que la suite des événements ne le force à le reconnaître.
En attendant, la France prépare son Mondial sur un matelas d'inquiétude que personne ne peut ignorer. Et tant que Cherki restera sur le banc de touche, les voix qui plaident pour lui ne faibliront que si les Bleus retrouvent des certitudes. Or, jeudi à Nantes, les certitudes ont pris trois buts dans la mâchoire.