À Nantes, l'équipe de France affronte la Côte d'Ivoire en préparation de la Coupe du Monde. Didier Deschamps teste ses certitudes avant la compétition reine.
Il y a quelque chose de mélancolique dans ces matchs de préparation, trois semaines avant une Coupe du Monde. On joue déjà en sachant ce qu'on va perdre. Les illusions. Les équipes construites à la table de Noël avec les copains. La certitude que ce latéral gauche maison fera l'affaire. Nantes accueille ce soir un duel sans grand enjeu sur le papier mais révélateur en substance : la France de Didier Deschamps face à une Côte d'Ivoire d'Émerse Faé qui vient de remporter la Coupe d'Afrique des nations, ce qui change tout.
Deschamps et son puzzle presque complet
Didier Deschamps entre dans ce match avec le confort de celui qui a déjà marqué son effectif. Ses treize matchs sans défaite depuis le printemps suggèrent une équipe rodée, presque tranquille. Or, la tranquillité est l'ennemie de la préparation d'un Mondial. Il faut du friction. Il faut des questions sans réponses. Ce soir face à une équipe ivoirienne galvanisée par son sacre continental, il aura les deux.
L'équipe française devrait apparaître rassurante : les certitudes en place, Eduardo Camavinga et Aurélien Tchouaméni à la récupération, une défense que les blessures et l'âge commencent à interroger, des attaquants qui produisent mais qui ne respirent pas toujours la famine. Deschamps a la réputation de l'homme des ajustements mineurs, des petites modifications qui deviennent des tremblements de terre tactiques. Pas le genre à chambouler avant le 21 novembre.
Pourtant, cette rencontre servira à trancher certaines questions mineures mais polissables. Un latéral ? Un défenseur central supplémentaire ? Un milieu de terrain capable de presser haut sans perdre la couture ? La France n'a pas le luxe des options infinies, malgré son vivier. Elle a surtout l'obligation de réduire ses effectifs à vingt-trois corps en bonne santé mentale.
Faé arrive avec le sceau du champion africain
Émerse Faé, lui, débarque à Nantes auréolé. Son équipe a remporté la Coupe d'Afrique des nations quelques mois seulement après avoir échoué à se qualifier pour le Mondial qatari. C'est le type de trajectoire qui change les regards. Ses joueurs ont joué ensemble, gagné ensemble. Ils arrivent avec cette légère arrogance des vainqueurs récents, celle qui ressemble à de la confiance mais qui est surtout de la fatigue heureuse.
La Côte d'Ivoire de 2024 n'est pas celle des années d'or. Didier Drogba regarde de loin, Yaya Touré aussi. Reste une génération capable, dynamique, avec des joueurs européens dignes d'intérêt mais pas de niveau qui fait trembler. C'est justement pour cela que ce match fait sens : ni trop menaçant, ni trop doux. Un adversaire qui peut punir l'approximation sans faire rêver.
Les compositions probables mettront en lumière les hiérarchies. Voir qui commence, c'est voir qui Deschamps préfère quand il faut vraiment gagner. Voir comment la Côte d'Ivoire se positionne, c'est comprendre si Faé veut faire de la belle ouvrage ou simplement démontrer sa structure. Les derniers galops avant le Mondial ressemblent souvent à des secrets gardés sous le feu des projecteurs.
Entre routine et dernier examen
Le football français a l'habitude de ces rendez-vous précédant les grands rendez-vous. On remonte à 2018 : la France jouait contre le Pays de Galles dix jours avant le début du Mondial russe. Elle avait gagné 2-0, tranquille, presque indifférente à son propre match. Trois semaines plus tard, elle levait le trophée.
Ce qui prime, c'est l'absence de blessure, l'absence de conflit, l'absence de cette chose indefinissable qui crée les fissures. Deschamps a construit une équipe suffisamment solide pour supporter l'ennui. Suffisamment équilibrée pour ne pas basculer. Faé, lui, veut montrer que la Côte d'Ivoire compte dans le concert des nations, même sans ticket pour le Mondial.
Nantes recevra donc le luxe d'un match entre deux projets distincts. L'un qui consolide, l'autre qui construire après une victoire. Deschamps sortira de ce match avec quelques certitudes supplémentaires et quelques questions qui resteront en suspens jusqu'aux choses sérieuses. C'est exactement ce qu'on attend d'un dernier galop trois semaines avant que tout s'accélère. Après, ce ne seront plus des matchs de préparation. Ce seront des matchs qui comptent à jamais.