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Football

Les Bleus face à la ruée vers les droits d'image

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Mbappé et Cherki découvrent leur effigie utilisée sans accord pour promouvoir des sites de paris. Une affaire qui ravive les tensions autour de l'exploitation commerciale des joueurs de l'équipe de France.

Les Bleus face à la ruée vers les droits d'image

Quelque part entre l'euphorie des victoires internationales et la réalité mercantile du football moderne, des joueurs de l'équipe de France se sont trouvés confrontés à une intrusion désagréable dans leur univers personnel. Kylian Mbappé et Rayan Cherki figuraient parmi ceux qui ont découvert leur image utilisée à des fins publicitaires pour promouvoir un site de paris sportifs, sans avoir consenti à cette appropriation. Une situation qui dépasse largement le cadre anecdotique pour interroger les mécanismes fragiles de protection des droits d'image au sein des structures fédérales.

L'affaire ne date pas d'hier. Depuis plusieurs années, les dérives commerciales autour des joueurs internationaux s'accumulent, mais elles demeurent souvent invisibles, étouffées par des accords de confidentialité ou des négociations discrètes. Cette fois, la transparence d'internet a fait remonter l'information à la surface, générant une irritation certaine chez les intéressés. Ce n'est pas tant la découverte fortuite qui surprend — les réseaux sociaux en ont vu d'autres — mais plutôt le symptôme qu'elle révèle : une faille manifeste dans le contrôle exercé par la Fédération française de football sur l'utilisation des images de ses joueurs.

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Qui autorise vraiment l'usage des portraits des Bleus ?

Voilà la question qui devrait préoccuper les instances dirigeantes. Théoriquement, chaque joueur possède sur sa propre image un droit de propriété intellectuelle inviolable. Pratiquement, la réalité s'avère bien plus embrouillée. Lors de la signature d'un contrat avec la sélection nationale, des clauses relatives aux droits d'image entrent en vigueur, mais leur formulation reste souvent suffisamment vague pour que des interprétations divergentes surgissent.

La Fédération française dispose d'une autonomie certaine dans la valorisation collective de l'image de ses joueurs — c'est là le fondement même de sa capacité à générer des revenus pour financer ses opérations. Cependant, cette prérogative s'arrête où commence le droit individuel de chaque athlète à contrôler son effigie personnelle. C'est précisément à cette frontière que se situe le litige. Des opérateurs tiers, souvent des sociétés de marketing ou des intermédiaires commerciaux, semblent avoir exploité une zone grise contractuelle pour placer les visages des joueurs à titre promotionnel sans autorisation explicite.

La multiplication de ces incidents suggère une absence de protocole clair et contraignant. Ni la Fédération, ni les joueurs eux-mêmes ne disposent d'un système de surveillance efficace capable de détecter et d'interdire ces utilisations abusives. Les contrats signés une fois tous les quatre ans lors de la reconduction des sélectionnés laissent beaucoup de latitude aux interprétations administratives.

Pourquoi les sites de paris constituent-ils un enjeu particulier ?

L'irritation de Mbappé et Cherki s'explique par nature de l'activité en question. On ne parle pas ici d'une marque commerciale classique associant l'image d'un sportif à un produit grand public, un schéma auquel les joueurs sont habitués et qui génère des gains mesurables pour les intéressés. Les paris sportifs représentent un secteur hautement réglementé, souvent controversé, et surtout : peu compatible avec l'image publique que les joueurs souhaitent projeter.

Depuis la légalisation progressive des opérateurs de paris en ligne en France, ces sociétés multiplient les campagnes de visibilité massives, cherchant à recruter de nouveaux clients dans un marché saturé. En attirer les plus grands noms de la sélection nationale constitue un atout marketing considérable. Un visage comme celui de Mbappé, champion du monde et figure iconique du football français, représente une valeur commerciale énorme. Cherki, plus jeune mais en trajectoire ascendante, offre une caution moderne à ces plateformes.

Le problème s'approfondit lorsqu'on considère les implications de réputation. Un joueur qui n'endosse personnellement aucun partenariat avec les paris peut néanmoins se retrouver implicitement associé à ces opérateurs dans l'esprit du public. Cette proximité imposée nuit à son intégrité professionnelle et, potentiellement, à ses propres contrats de sponsoring avec d'autres secteurs. Une marque de vêtements ou de matériel sportif peut trouver peu reluisant que son ambassadeur soit présenté comme promoteur de jeux d'argent.

Quel recours les joueurs possèdent-ils réellement ?

Juridiquement, les fondements existent. Le Code de la propriété intellectuelle français reconnaît aux individus un droit sur leur image. Les poursuites en contrefaçon ou en abus sont envisageables. Néanmoins, les procédures judiciaires demeurent coûteuses, longues et peu certaines quant à leurs résultats. Pour un joueur sollicité en permanence par les obligations de sélection et de compétition, engager une bataille légale revêt un coût financier et émotionnel qu'il faut peser avec sérieux.

En pratique, les recours passent d'abord par une mise en demeure administrée par les services juridiques de la Fédération ou par les agents des joueurs concernés. Si la plateforme retire l'image sans résistance, l'affaire s'éteint discrètement. Mais cette approche reste passive : elle ne prévient pas l'abus, elle le sanctionne tardivement.

La vraie solution réside dans une refonte des contrats types proposés aux joueurs lors de la sélection en équipe de France. Une énumération claire des utilisations autorisées et interdites, assortie d'un droit de regard explicite, éviterait ces ambiguïtés. Quelques clubs de haut niveau, notamment en Premier League anglaise, ont déjà mis en place de tels mécanismes. La Fédération française devrait s'en inspirer plutôt que de gérer les crises au coup par coup.

L'incident impliquant Mbappé et Cherki n'est donc ni anecdotique ni réglé. Il incarne une tension croissante dans le secteur du football professionnel : celle qui oppose la capacité des institutions fédérales à monétiser les images collectives et le droit inviolable des athlètes à maîtriser leur propre effigie. À moins que la gouvernance de la Fédération française ne se dote rapidement de garde-fous plus robustes, de tels déboires se reproduiront, usant peu à peu la confiance entre l'instance dirigeante et ses meilleurs représentants.

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