Lors d'un amical tendu samedi à Chicago, l'Allemagne a arraché le nul face aux États-Unis (1-1). Mauricio Pochettino cherche encore ses repères avant la Coupe du monde 2026.
Mauricio Pochettino a senti passer le vent du boulet. Samedi soir à Chicago, son équipe des États-Unis, portée par la victoire contre le Sénégal trois jours plus tôt, s'attendait à dominer l'Allemagne. La réalité a été autrement plus chaotique. Au Soldier Field, devant plus de 62 000 spectateurs, les deux nations se sont quittées sur un score blanc : 1-1. Un résultat qui satisfait personne, surtout pas le sélectionneur argentin qui commence à sentir les critiques enfler.
L'équipe américaine a ouvert le score par Sergiño Dest en première période, une réaction classique qui aurait pu fonder des espoirs. Mais la Mannschaft, sous les ordres de Julian Nagelsmann, ne s'est pas laissée impressionner. Florian Wirtz a égalisé dans un match où les deux sélections ont alterné phases d'intensité et mollesses. Pas le spectacle attendu pour deux équipes qui préparent le plus grand tournoi qui soit : la Coupe du monde 2026 se déroulera sur le sol américain.
Pochettino face aux démons de l'inconsistance
Trois jours après avoir écrasé le Sénégal 3-2, Pochettino semblait en position de force. Son projet prenait forme, ses hommes répondaient présent. Sauf que le football n'a jamais respecté les trajectoires linéaires. Contre l'Allemagne, le sélectionneur des États-Unis a découvert que sa équipe manquait cruellement de stabilité défensive. Les brèches se sont multipliées, les transitions ont permis aux Allemands de trouver des espaces. Wirtz, le jeune prodige du Bayer Leverkusen, en a profité pour gâcher ses plans d'après-match triomphal.
Pochettino dispose de peu de temps pour corriger les tirs. Les États-Unis n'ont jamais remporté une grande compétition mondiale à titre de pays hôte, et l'attente du public américain en 2026 sera vertigineuse. Or, le technicien argentin doit transformer une sélection sans expérience en machine collective capable de tenir face aux géants européens et sud-américains. Un match nul contre l'Allemagne ne va pas aider sa communication interne, lui qui a déjà affronté les scrutateurs impitoyables de la presse US durant son intérim.
Dest a marqué, certes. Mais ce but solitaire ne suffit pas à masquer les failles tactiques. Pochettino attendait mieux d'un second acte face à un adversaire sans ses meilleurs éléments — le Bayern Munich et Dortmund auraient sûrement reconnu une version affaiblie de la Mannschaft. Voilà peut-être où gît le problème : l'Allemagne aussi, bien que spoliée de ses cadres, a trouvé les ressources pour ne pas fléchir.
L'Allemagne de Nagelsmann rôde déjà ses armes
Julian Nagelsmann n'a pas l'air de celui qui tremble sur son banc. Loin de là. Depuis son arrivée à la tête de la sélection allemande, le tacticien bavarois a tracé une route claire : régénération à marche forcée. Contre les États-Unis, il a testé des solutions sans ses stars mais sans perdre la structure tactique qui fait sa force. Wirtz a marqué, oui, mais c'est l'ensemble du dispositif qui a convaincu.
Trois semaines après le début de son mandat, Nagelsmann façonne une Allemagne plus jeune et plus rapide. Le contexte d'un amical en région de Midwest américain lui permet d'expérimenter sans risque maximal. L'élimination en phase de groupe du Mondial 2022 au Qatar a laissé des cicatrices profondes, et Nagelsmann sait qu'il n'a pas droit au doute lors des prochains grands rendez-vous. Nagelsmann a des comptes à régler avec l'histoire récente allemande.
Ce nul à Chicago peut passer pour une non-victoire, mais il confirme une tendance rassurante pour la Mannschaft : même quand elle perd en joueurs de classe mondiale, elle retrouve des solutions. C'est l'ADN qui ne s'efface pas. Wirtz incarne cette nouvelle génération allemande : explosif, décisif, capable de trancher les matchs seul. Voir Nagelsmann lui faire confiance dès maintenant, c'est parier sur une évolution rapide.
Deux trajectoires contraires avant 2026
Samedi soir à Chicago, deux pays coorganisateurs de la Coupe du monde 2026 se sont croisés sur un terrain de football, mais aussi sur deux chemins divergents. L'Allemagne affûte ses armes, teste, expérimente. Elle sait où elle va. Les États-Unis, eux, cherchent encore. Pochettino doit transformer son projet en doctrine, cristalliser un groupe jeune et hétéroclite autour d'une philosophie de jeu cohérente.
Le bilan après trois matchs de préparation sous ses ordres : une victoire contre le Sénégal, ce nul face à l'Allemagne. Pas assez pour conclure, trop peu pour rassurer ceux qui attendaient une révolution offensive. Les États-Unis rêvent de faire pétiller la bande des jeunes prodiges de MLS et des clubs européens — Reyna, Gio Reyna, Weah — mais les résultats tardent à suivre. Entre l'optimisme de la victoire sénégalaise et la frustration face à la Mannschaft, se dessine un portrait contrasté d'une sélection en transition.
L'Allemagne partira de Chicago avec un sentiment d'inachevé mais grandir d'une résistance. Elle peut compter sur ses instincts. Pochettino, lui, doit accélérer le processus de consolidation. Chaque amical compte désormais. Chaque erreur se paie cash. Le chemin vers 2026 vient de devenir légèrement plus exigeant pour celui qui croyait avoir trouvé l'équation gagnante après quelques jours seulement en poste.