Le forfait d'Hugo Ekitike prive les Bleus d'une lame décisive. Qui Didier Deschamps peut-il appeler pour combler ce vide en attaque ?
Hugo Ekitike ne sera pas du voyage. Le premier forfait majeur de l'été côté français est tombé comme un coup de massue, avant même que le Mondial n'ait vraiment commencé à hanter les nuits des supporters. L'attaquant de Liverpool, révélé au plus haut niveau cette saison avec une régularité troublante, manquera la compétition. Didier Deschamps se retrouve donc face à une équation qui n'a rien d'évident : trouver un profil capable de peser dans une attaque bleue déjà dense sur le papier, mais dont les certitudes cachent parfois de vraies fragilités.
Ekitike absent, un rôle clé laissé vacant en attaque
On n'allait pas tarder à réaliser l'importance du gamin. À 22 ans, Hugo Ekitike avait su s'imposer comme l'une des révélations de la saison en Premier League, accumulant des statistiques qui parlaient d'elles-mêmes — plus de 15 buts toutes compétitions confondues sous le maillot des Reds, une capacité à combiner, à partir dans le dos des défenses, à faire vivre ses partenaires. Ce n'est pas simplement un buteur qui manque à Deschamps, c'est un profil de neuf et demi moderne, celui qu'on demande à toutes les grandes équipes nationales depuis que le football a décidé de tuer les avant-centres statiques.
La question n'est donc pas seulement comptable. Il ne s'agit pas de trouver un remplaçant numéro pour numéro. Il s'agit de trouver quelqu'un qui peut tenir un rôle fonctionnel précis dans un collectif bleu qui, depuis plusieurs années, carbure à l'intelligence des déplacements et à la vitesse de transition. Et là, le casting est à la fois riche et incertain.
Un vivier français sous tension, des profils très différents
La France a cette chance — ou cette malédiction — de produire des attaquants en série depuis deux décennies. Mais tous ne correspondent pas à ce qu'on cherche en ce moment précis. Kylian Mbappé reste l'axe autour duquel tout s'organise, même si son repositionnement au Real Madrid a parfois brouillé les cartes sur sa place exacte dans le système de Luis Enrique, ce qui pose des questions légitimes sur sa disponibilité mentale et physique pour jouer le même rôle en sélection.
Parmi les profils qui se détachent pour pallier l'absence d'Ekitike, Randal Kolo Muani s'impose comme le candidat naturel, lui qui avait déjà endossé ce costume lors du Mondial 2022 au Qatar, entrant en jeu dans des moments cruciaux — dont cette finale haletante contre l'Argentine. Sa saison en prêt à la Juventus Turin a été solide, suffisamment en tout cas pour lui permettre de rester dans la lumière. Mais son bilan statistique reste perfectible, et Deschamps le sait mieux que quiconque.
Marcus Thuram, lui, affiche une toute autre dynamique. L'attaquant de l'Inter Milan a réalisé l'une des meilleures saisons de sa carrière sous les ordres de Simone Inzaghi, dépassant les 20 buts en Serie A et confirmant qu'il était désormais un joueur de tout premier plan à l'échelle européenne. Son jeu de corps, sa capacité à résister aux défenseurs et à jouer en pivot offensif en font un candidat sérieux à un rôle accru. Le fils de Lilian a grandi, et il est peut-être temps que la sélection lui accorde enfin une confiance pleine et entière.
D'autres noms circulent. Ousmane Dembélé, reconverti en faux neuf à Paris sous Luis Enrique, a montré qu'il pouvait animer un secteur offensif avec une intensité rare. Mais son profil n'est pas celui d'un avant-centre pur, et son niveau de forme en fin de saison sera déterminant. On pense aussi à Bradley Barcola, auteur d'une saison parisienne spectaculaire, même si son inexpérience au niveau international invite à la prudence. La marge d'erreur sur une compétition comme le Mondial est infime.
Il serait réducteur de voir dans ce forfait d'Ekitike uniquement un problème tactique. C'est aussi, pour Deschamps, une opportunité — certes douloureuse — de faire des choix assumés. Le sélectionneur des Bleus est attendu au tournant. Sa gestion de la liste pour ce Mondial sera scrutée avec une intensité particulière, dans un contexte où la question de sa succession agite les couloirs de la FFF depuis des mois.
Deschamps a toujours fonctionné à la confiance collective plutôt qu'aux paris individuels. Il n'aime pas les aventures, il préfère les garanties. Ce qui signifie que le nom qui sortira dans la liste à la place d'Ekitike sera probablement celui d'un joueur qu'il connaît bien, dont il maîtrise les ressorts psychologiques autant que les qualités footballistiques. Kolo Muani coche davantage de cases dans ce registre que Barcola, même si le jeune parisien a tout pour surprendre.
La compétition s'annonce riche en attaque pour les Bleus sur le papier. Mais le football a cette vilaine habitude de se moquer des papiers. Les blessures, les formes du moment, les dynamiques de groupe — tout cela pèse autant que les stats accumulées en club. Et dans ce chaos organisé qu'est une grande compétition internationale, le choix d'un avant-centre peut peser lourd. Très lourd.
Reste une certitude : l'absence d'Hugo Ekitike laisse un vide réel, pas seulement symbolique. À 22 ans, il représentait quelque chose de précieux — cette fraîcheur insouciante des joueurs qui n'ont pas encore peur de perdre. Ses successeurs potentiels, eux, ont déjà vécu des déceptions en bleu. Sauront-ils transformer cette expérience en carburant ? Le Mondial répondra. Il répondra toujours.