Le gardien argentin de l'OM lâche une formule cash sur BeIN Sports : pour jouer à Marseille, il faut être un peu fou. Un état d'esprit revendiqué à quatre jours d'un déplacement crucial à Lorient.
« Il faut être un peu fou pour jouer à l'OM. » La phrase tombe comme une évidence, presque avec le sourire. Geronimo Rulli n'esquive rien. Face à la caméra de BeIN Sports, l'ancien portier de Villarreal et de l'Ajax Amsterdam a choisi ses mots avec soin — ou peut-être sans calcul, ce qui revient au même à Marseille. Invité à s'exprimer devant l'ancien international argentin Omar Da Fonseca, il a livré une confession qui colle parfaitement à la mythologie du Vélodrome. Une ville qui dévore les hommes ordinaires et élève les autres.
Rulli a compris quelque chose que beaucoup mettent des mois à saisir
Quand un gardien de but — un poste qui réclame précision froide, gestion du stress et sang-froid absolu — revendique publiquement la folie comme prérequis, c'est qu'il a traversé quelque chose. Et Geronimo Rulli a effectivement traversé des tempêtes depuis son arrivée sur la Canebière. Des matchs à haute tension, des soirs où le Vélodrome peut basculer d'un rugissement de fierté à un silence de plomb en l'espace d'une frappe sur la barre. Ce club-là ne laisse personne indifférent, ni dans les tribunes, ni dans la surface de réparation.
Ce que le gardien argentin décrit, c'est en réalité une forme de résilience particulière. Pas la résilience banale du sportif professionnel rompu aux hauts et aux bas. Plutôt une capacité à absorber une pression permanente, presque irrationnelle par son intensité. À Marseille, le moindre encaissement devient un sujet de société. La moindre parade, une épopée. Il faut vivre dedans pour le comprendre, et Rulli a choisi de s'y plonger tête la première.
Sa formule arrive dans un contexte sportif chargé. L'Olympique de Marseille pointe à la 4e place de Ligue 1 avant cette 30e journée, et le déplacement à Lorient — 9e au classement, équipe capable de piquer les grandes formations à domicile au Moustoir — ne ressemble pas à une promenade. Dans une course à l'Europe qui reste ouverte, chaque point perdu peut s'avérer fatal. On se souvient que la saison dernière, l'OM avait terminé 8e malgré un effectif sur le papier bien armé. La cicatrice est encore fraîche.
Rulli lui-même sait ce que représente une saison à Marseille. Depuis ses premières apparitions sous le maillot blanc et bleu, il a dû composer avec les attentes d'un public qui n'accepte pas la médiocrité et tolère encore moins la passivité. Arriver dans un club où le gardien est immédiatement sous les projecteurs — souvent plus exposé que partout ailleurs à cause du volume de jeu adverse que peut concéder l'équipe — c'est effectivement un baptême particulier.
- L'OM occupe la 4e place de Ligue 1 à l'issue de la 29e journée
- Lorient est 9e, avec des résultats à domicile qui en font un adversaire piégeux
- 30e journée disputée dans un sprint final à six semaines de la fin du championnat
- Rulli est l'un des rares gardiens de l'effectif à avoir une expérience européenne significative, notamment avec l'Ajax
À Lorient, l'OM doit répondre sur le terrain, pas sur les plateaux
Les belles phrases ne font pas les résultats. Et Roberto De Zerbi, l'entraîneur marseillais arrivé cet été avec ses convictions tactiques tranchées et son football vertical, le sait mieux que quiconque. Son équipe a montré des visages très différents cette saison — capable de dominer des équipes du haut de tableau lors de matchs référence, et tout aussi capable de se faire surprendre dans des rencontres où l'adversaire joue bas et compact.
Lorient, justement, dispose d'un Moustoir qui peut vite devenir un piège. La formation bretonne n'est pas en danger de relégation immédiate, ce qui lui confère une certaine liberté de jeu. Régis Le Bris, son entraîneur, a su installer un bloc cohérent qui force les erreurs dans les transitions. À 30 journées de la fin, toutes les équipes du top 5 sont encore dans la course pour la qualification européenne, et chaque faux pas peut coûter une place dans la hiérarchie.
L'OM a encaissé trop de buts cette saison dans des matchs qui auraient dû être maîtrisés. C'est là que la déclaration de Rulli prend une autre dimension. La folie qu'il évoque, c'est peut-être aussi la capacité à rester debout après une soirée cauchemardesque, à revenir sur le terrain sans que les jambes tremblent, à arrêter un penalty décisif sans que la tête explose sous la pression. Ce gardien-là en a vu d'autres — il était dans les cages de l'Ajax lors de campagnes européennes à couper le souffle, il a connu les tribunes animées du nord de l'Europe.
Mais Marseille reste une catégorie à part. Et Rulli semble l'avoir compris, non pas en quelques semaines d'adaptation, mais dans la chair de ses performances, dans l'accumulation des sorties sous pression, dans chaque intervention qui décide du moral d'une ville entière pendant 48 heures. C'est ça, la singularité du Vélodrome. Ce n'est pas juste un stade, c'est un baromètre émotionnel à ciel ouvert.
La question que pose désormais la suite de cette saison est simple et brutale : l'OM est-il capable de transformer cette intensité — cette folie revendiquée — en points concrets sur les six dernières journées ? De Zerbi a besoin que ses joueurs habitent pleinement ce vestiaire, que chacun accepte le poids du maillot sans le fuir. Rulli, lui, a au moins répondu sur sa capacité à porter ce poids. Reste à l'équipe collective de prouver, à Lorient d'abord, qu'elle peut aligner des résultats à la hauteur du discours.