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Football

Italie, 20 nouveaux en sélection, Baldini aux commandes pour rebâtir

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Plus de vingt nouveaux joueurs appelés en juin, dont Koleosho. L'Italie entame un cycle de reconstruction sous la houlette provisoire de Silvio Baldini.

Italie, 20 nouveaux en sélection, Baldini aux commandes pour rebâtir

Vingt nouveaux visages. C'est le signal envoyé par la Fédération italienne de football à l'ensemble du Calcio : l'heure de la page blanche a sonné. À quelques semaines des matchs amicaux du mois de juin, la Nazionale se présente sous des traits presque méconnaissables, confiée à titre provisoire à Silvio Baldini, l'entraîneur des Espoirs, pendant que la fédération continue de chercher le successeur permanent de Luciano Spalletti. Une cure de jouvence radicale, dictée autant par l'urgence sportive que par la nécessité de réconcilier un pays avec sa sélection nationale après des mois de désillusions.

Un appel massif qui ressemble à un acte fondateur

Parmi les noms qui ont retenu l'attention des observateurs, celui de Samuele Koleosho tranche avec la tradition. Ailier né à New York d'un père nigérian, formé en Catalogne à l'Espanyol de Barcelone avant de s'épanouir à Burnley en Premier League, le joueur de 21 ans incarne à lui seul la nouvelle géographie humaine du football italien. Son profil — technique, électrique, polyglotte au sens footballistique du terme — illustre la volonté de la fédération d'élargir son vivier et d'assumer pleinement la loi sur la citoyenneté sportive, longtemps utilisée avec parcimonie par la sélection transalpine.

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Mais Koleosho n'est qu'un symbole parmi d'autres. Cette liste de plus de vingt nouveaux appelés représente une rupture nette avec les habitudes de recrutement de la sélection italienne, historiquement attachée à un noyau dur de cadres et à une forme de conservatisme dans le choix des profils. Baldini, libéré des contraintes d'un poste permanent, semble avoir reçu carte blanche pour expérimenter — une liberté rare dans le football de sélection, où chaque défaite se paye immédiatement en capital politique.

La démarche n'est pas sans risque. Aligner autant de nouveaux visages en l'espace d'une fenêtre internationale, c'est accepter une forme d'instabilité collective au profit d'une projection sur le moyen terme. Les matchs amicaux de juin seront moins des tests de résultats que des auditions grandeur nature, un processus de sélection naturelle accéléré avant la nomination d'un sélectionneur titulaire.

Les séquelles d'une décennie de rendez-vous manqués

Pour comprendre l'ampleur de ce renouveau, il faut mesurer le traumatisme accumulé. Depuis l'élimination au premier tour de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, la sélection italienne a enchaîné les échecs de grande ampleur. L'absence à la Coupe du monde 2018 en Russie, après une défaite impensable en barrage face à la Suède, avait constitué le premier séisme. La non-qualification pour Qatar 2022, à nouveau par les barrages face à la Macédoine du Nord, a achevé de déstabiliser les fondations d'une institution pourtant auréolée de quatre titres mondiaux.

L'intermède Mancini, marqué par la victoire à l'Euro 2021, avait semblé refermer ces plaies. Mais la parenthèse enchantée de Wembley n'aura pas suffi à reconstruire durablement un groupe ni une identité de jeu. Le départ précipité de Roberto Mancini en août 2023 pour rejoindre l'Arabie saoudite — quelques semaines à peine avant les éliminatoires — avait plongé la fédération dans une crise de gouvernance dont elle peine encore à sortir. Luciano Spalletti, recruté dans l'urgence, n'a jamais réussi à imprimer sa marque sur un groupe fragmenté, et l'Euro 2024 en Allemagne s'est soldé par une élimination dès les huitièmes de finale face à la Suisse, une humiliation de plus.

Ces cinq années de turbulences ont produit une conséquence directe : la perte de confiance d'une génération entière de joueurs envers la sélection. Plusieurs talents nés ou formés en Italie ont choisi d'honorer les couleurs d'autres nations — un phénomène minoritaire mais révélateur d'un malaise structurel. L'appel massif de juin tente précisément de renverser cette dynamique en envoyant un signal d'ouverture et de renouveau.

Ce que ce tournant implique pour le football italien à moyen terme

La reconstruction d'une sélection nationale ne se mesure jamais à l'aune d'un seul rassemblement. Mais le choix de confier provisoirement les clés à Silvio Baldini n'est pas anodin. L'entraîneur des Espoirs connaît personnellement la plupart des joueurs qu'il appelle pour la première fois en équipe A — il en a côtoyé plusieurs en sélection des moins de 21 ans, ce qui réduit le temps d'adaptation et facilite l'intégration culturelle au sein du groupe. C'est une forme de continuité pédagogique que les fédérations européennes les plus avancées — Espagne et France en tête — ont érigée en système depuis des années.

L'enjeu économique est également considérable. Une Nazionale attractive et compétitive, c'est d'abord un produit commercial puissant : les droits TV, les partenariats et la billetterie des matchs de la sélection représentent plusieurs dizaines de millions d'euros annuels pour la FIGC. Après des mois de résultats ternes, l'érosion de l'audience télévisée des matchs italiens avait commencé à préoccuper les partenaires institutionnels. Reconstruire avec des jeunes joueurs bankables et identifiés par les supporters, c'est aussi préparer un calendrier 2026 — avec la Coupe du monde co-organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique — sur des bases économiques solides.

La Coupe du monde 2026 constitue évidemment l'horizon de tout ce processus. L'Italie, deux fois absente en phases finales mondiales sur les trois dernières éditions, ne peut pas se permettre un troisième acte manquant. Le format élargi à 48 équipes réduit mécaniquement la pression à la qualification, mais ne suffit pas à masquer une ambition plus profonde : retrouver une stature internationale à la hauteur d'un pays qui reste, par son palmarès et sa culture footballistique, une référence mondiale.

Reste une inconnue majeure : qui sera le sélectionneur permanent chargé de transformer ces expérimentations de juin en projet cohérent ? Tant que cette question reste en suspens, toute évaluation du nouveau cycle demeure partielle. Baldini peut poser des jalons, faire émerger des certitudes, mais il ne peut pas construire à lui seul un édifice durable. La FIGC devra trancher vite. Dans le football moderne, le temps perdu en hésitations stratégiques se paie toujours, et toujours plus cher qu'on ne l'avait anticipé.

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