Nouvelle rechute à l'entraînement pour Arkadiusz Milik. L'attaquant polonais enchaîne les pépins physiques dans une saison qui ressemble désormais à un calvaire.
Il y a des saisons qui ne ressemblent à rien d'autre qu'à une longue lutte contre son propre corps. Arkadiusz Milik en vit une. L'attaquant polonais de la Juventus Turin a de nouveau rechuté mardi à l'entraînement, ajoutant un nouveau chapitre douloureux à une saison 2024-2025 qui ne lui aura accordé aucun répit. À 30 ans, l'âge de la plénitude pour un attaquant de haut niveau, le natif de Tychy se retrouve prisonnier d'une fragilité physique qui compromet tout ce qu'il tente de construire sous le maillot bianconero.
Une blessure de trop dans une spirale qui n'en finit pas
Les détails médicaux précis de cette nouvelle blessure n'ont pas encore été communiqués officiellement par le club turinois, mais le signal est lui parfaitement lisible. Milik rechute à l'entraînement, sans contact, sans le feu de la compétition — ce qui, dans le vocabulaire des médecins du sport, est souvent le signe le plus inquiétant qui soit. Une blessure en match relève de l'accident. Une blessure à l'entraînement, elle, raconte autre chose : une récupération incomplète, des tissus qui n'ont pas retrouvé leur résistance, un organisme qui envoie des messages que le calendrier professionnel refuse d'entendre.
Thiago Motta, qui dirige la Juventus depuis l'été dernier avec une philosophie de jeu exigeante physiquement, se retrouve privé d'un de ses renforts offensifs au moment où le club piémontais, actuellement quatrième de Serie A, tente de se repositionner dans la course aux places européennes. Chaque absent pèse. Chaque rechute rogne un peu plus les marges de manœuvre d'un effectif qui a déjà connu ses propres turbulences cette saison.
Un attaquant que le destin a toujours rattrapé
Pour comprendre ce que représente cette nouvelle blessure, il faut replacer Milik dans son histoire, une histoire médicale aussi longue que son palmarès. Deux ruptures des ligaments croisés, l'une en 2016, l'autre en 2017, ont failli briser net sa trajectoire quand il était à Naples. Le Polonais s'en est sorti, a reconstruit, est revenu à un niveau européen de référence. Mais les grandes blessures laissent des traces que les IRM ne savent pas toujours lire. Elles modifient la mécanique, les compensations, la confiance profonde qu'un joueur a en ses propres appuis.
Son passage à l'Olympique de Marseille entre 2020 et 2022 avait semblé marquer un renouveau. Milik avait retrouvé des couleurs, planté des buts importants, retrouvé ce sens du placement dans la surface qui en fait un attaquant de surface redoutable. La Juventus avait misé sur ce joueur-là, celui de la renaissance, en officialisant son transfert définitif à l'été 2022 pour environ 7 millions d'euros — une somme modeste au regard des standards du marché pour un international confirmé, reflet des doutes qui l'accompagnaient déjà.
Depuis, le compteur des absences ne s'est jamais vraiment arrêté. Entre les blessures musculaires récurrentes et les rechutes, Milik a disputé moins de la moitié des matchs possibles depuis son arrivée définitive à Turin. Cette saison, il n'a pas réussi à s'installer dans le onze ni même dans le groupe de manière continue, le médical reprenant systématiquement ce que la compétition lui accordait.
Les conséquences sportives et économiques pour la Juventus
Sur le plan purement sportif, l'absence prolongée de Milik oblige Thiago Motta à reconfigurations constantes de son attaque. Dusan Vlahovic porte l'essentiel du poids offensif, mais le Serbe lui-même traverse une saison compliquée, peinant à retrouver sa meilleure forme dans un système qui ne l'utilise pas toujours dans ses zones de prédilection. La profondeur de banc offensive de la Juventus s'en trouve mécaniquement réduite, au moment précis où les rotations deviennent cruciales dans le sprint final d'une Serie A particulièrement disputée.
La question économique n'est pas anecdotique. Milik perçoit un salaire estimé à environ 3,5 millions d'euros nets par saison. Pour un club qui a engagé depuis plusieurs années une restructuration financière sévère après les turbulences extra-sportives qui ont secoué sa gouvernance, chaque euro dépensé sans retour sur le terrain compte. Un joueur à l'infirmerie est une ligne de charges sans contrepartie directe. Ce n'est pas ainsi que les clubs équilibrent leurs comptes, ni qu'ils construisent des effectifs compétitifs sur la durée.
La Juventus devra se poser, tôt ou tard, la question de l'avenir du Polonais. Son contrat court jusqu'en juin 2026. Deux années encore. Renouveler serait un pari sur une solidité physique que rien dans les deux dernières saisons ne permet de garantir. Ne pas renouveler, c'est acter une page tournée, celle d'un recrutement qui n'aura jamais livré ce qu'il promettait. Le mercato estival approche, et les dirigeants bianconeri devront trancher avec des données médicales que l'on imagine préoccupantes.
Au-delà du cas particulier de Milik, cette situation illustre une réalité que le football moderne peine encore à intégrer pleinement dans sa gestion des ressources humaines. Les attaquants à forte histoire médicale sont des paris à hauts risques, quelle que soit leur valeur nominale sur le marché. Les clubs les recrutent en espérant que le pire est derrière eux, que la prochaine blessure sera la dernière. Parfois, l'espoir est récompensé. Souvent, le corps a le dernier mot.
Arkadiusz Milik n'a probablement pas dit son dernier mot sur un terrain. Mais la Juventus, elle, attend depuis trop longtemps de le voir le prouver.