Le Stade Rennais ne lésine pas pour renforcer son flanc droit. Après avoir exploré la piste Iyadh Riahi, les Rouge et Noir foncent sur Hainaut, un latéral qui incarne la nouvelle génération française.
Il existe des hivers où les clubs français se réveillent enfin. Celui-ci en sera peut-être un, à en juger par l'énergie déployée par Rennes sur le marché des latéraux. Antoine Hainaut n'est pas une révélation, mais une quasi-certitude : le joueur de 21 ans, formé au Paris Saint-Germain et actuellement en quête de stabilité, cristallise soudain les attentions du Stade Rennais, qui entend frapper fort pour verrouiller son flanc droit.
La direction bretonne ne s'embarrasse plus de demi-mesures. Après avoir discrètement pisté Iyadh Riahi, le latéral tunisien du Stade Tunisien — un profil classique de l'Afrique du Nord, avec ses 17 sélections en équipe nationale U23 et cette assurance qui caractérise les arrières-latéraux nord-africains —, Rennes a basculé vers une stratégie plus ambitieuse. La piste du jeune international français est devenue prioritaire, signalant un changement de philosophie : plutôt que de miser sur un talent encore brut d'Afrique du Nord, pourquoi ne pas miser sur un Français de la maison, déjà rompu aux exigences de la Ligue 1 ?
Hainaut, le PSG qu'on abandonne trop tôt
Antoine Hainaut incarne une archétype français paradoxal. Sorti du centre de formation parisien — ce club qui révulse autant qu'il fascine en France —, le latéral n'a jamais eu sa chance au Parc des Princes. Deux prêts consécutifs, d'abord à Montpellier (2023-24), puis au Stade Brest (2024-25), lui ont permis d'accumuler 38 apparitions en élite, soit l'équivalent d'une saison et demie d'expérience continue. Ce n'est pas rien pour un profil défensif, où la constance prime sur les éclairs.
À Brest, Hainaut s'est construit progressivement. Le club finistérien, connu pour son intégrité tactique sous la houlette d'Éric Roy, lui a offert un environnement pédagogue. Pas de pression médiatique écrasante, pas de faux pas publicisé à la une de L'Équipe, juste du travail. C'est exactement ce dont avaient besoin les joueurs de sa trempe : un cocon professionnel, une confiance renouvelée semaine après semaine. Hainaut a répondu présent, bâtissant cette réputation de latéral régulier, peu spectaculaire mais techniquement sûr, capable de gérer les quatre-vingt-dix minutes sans trembler.
Rennes le sait. Et Rennes le veut. Le club breton, qui a toujours eu du flair pour les latéraux français en devenir — Jérémy Morel, Fabien Sautet, et plus récemment Jeanuël Beaulieu avant son départ à Hoffenheim —, voit en Hainaut le profil idéal pour la transition. Le joueur est libre de toute chaîne parisienne, soif de stabilité, âge pleinement développé mais suffisamment jeune pour progresser encore. Et surtout, il correspond à ce que les clubs liguiens recherchent désormais : un défenseur sans prétention internationale préalable, fondamentalement utile, sans les airs de star qui accompagnent souvent les produits du PSG.
Un marché où le pragmatisme gagne
Que Rennes s'intéresse à la fois à Riahi et à Hainaut révèle une stratégie intéressante, sinon prévisible. Le club fait face à un enjeu classique des latéraux français de Ligue 1 : l'offre régulière mais peu spectaculaire. Au-dessus, les ténors de l'équipe de France sont verrouillés aux grands clubs (Lucas Hernández au Bayern, Théo Hernández au Milan, Achraf Hakimi au Paris Saint-Germain). En dessous, des pépites encore brutes. Dans cette zone médiane où opère Hainaut, la concurrence s'affûte chaque saison.
Rennes prêt à surenchérir pour Hainaut traduit une certitude : les latéraux français « classiques » — ni bling-bling, ni casseurs de chaînes, justes ouvriers — coûtent désormais aussi cher que les profils exotiques. C'est presque une constante depuis cinq ans. Riahi, bien que tunisien, présente des garanties : jeunesse, âge optimal pour la progression, sélection nationale précoce. Mais Hainaut offre davantage de certitudes. Il a déjà validé son adaptation à la L1, il ne subit pas d'acclimatation climatique ou linguistique, et il peut contribuer immédiatement au projet rennais.
Le budget annoncé — Rennes ne freinera pas si les négociations avancent — suggère que le club breton a reçu le feu vert de sa direction générale pour ce type d'opération. Rajouter 4 à 5 millions d'euros sur un latéral de 21 ans est devenu normal en Ligue 1, particulièrement pour un club aux ambitions stables comme Rennes. La vraie question n'est donc pas le montant, mais la capacité du Stade Rennais à boucler l'affaire avant que d'autres prétendants ne se manifestent.
Vers une refonte complète de la défense bretonne
L'intérêt porté à Hainaut s'inscrit dans un contexte défensif plus large. Rennes sort d'une saison mi-figue, mi-raisin, où les problèmes structurels aux latéraux ont régulièrement submergé les bons matchs du milieu et de l'attaque. Avec l'arrivée potentielle d'Hainaut au flanc droit, se dessine une chaîne défensive plus coérente, capable de suivre les standards de la Ligue 1 et des compétitions européennes.
L'entraîneur Jorge Sampaoli, arrivé récemment à Rennes, doit aussi mettre sa patte tactique. Contrairement à ses prédécesseurs moins exigeants, Sampaoli scrute chaque détail défensif. Un latéral comme Hainaut — régulier, applicable rapidement dans un système hybride entre défense de ligne et couverture en bloc — cadre mieux avec ses intentions. Cela explique peut-être pourquoi Rennes accélère maintenant, avant même que la saison estivale de préparation n'arrive à son terme.
Le football français attendait une telle dynamique. Trop de clubs français rateraient leurs recrutements défensifs en s'endormant sur des pistes trop exotiques ou trop compliquées. Rennes, lui, fonce sur un Français que tout le système connaît. C'est du pragmatisme franchouillard, et c'est exactement ce dont a besoin la Ligue 1 pour rester verticale dans ses standards de compétitivité européenne.