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Football

Honda veut sauver les Samurai, mais le Japon doit d'abord se regarder

Par Thomas Durand··4 min de lecture·Source: Footmercato

Keisuke Honda propose ses services pour redresser la sélection japonaise après son élimination précoce en Coupe du Monde. Une candidature qui ravive le débat sur l'identité du football nippon.

Honda veut sauver les Samurai, mais le Japon doit d'abord se regarder

Quatre matches. C'est tout ce qu'il a fallu aux Samurai bleus pour disparaître d'une Coupe du Monde où tout le monde les croyait différents. Keisuke Honda, légende vivante du foot japonais, vient de jeter son nom dans l'arène pour redresser ce qui s'écroule. Le message est clair : la machine est cassée, il veut la réparer de ses propres mains.

Honda, c'est 151 sélections, c'est le mec qui a porté le Japon à la Coupe d'Asie, c'est celui qui a marqué des buts qui comptaient vraiment. Aujourd'hui, à 37 ans, il ne demande pas une sinécure confortable. Il propose d'endosser le costume de sélectionneur, une responsabilité monumentale après l'humiliation du Qatar. Les observateurs japonais le savaient : cette équipe avait de la séduction, une vraie cohérence de jeu. Et puis boum, l'Allemagne, puis la Costa Rica, puis c'était fini. Les trois points du groupe ne suffisaient pas.

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Quand la beauté du jeu croise le mur de la réalité

Le paradoxe de cette sélection, c'était fascinant à regarder mais tragique à vivre. Hajime Moriyasu, l'ancien sélectionneur, avait instillé une philosophie séduisante : possession, circulation rapide, créativité. Des matchs où le Japon ressemblait à quelque chose. Sauf que voilà, les résultats, eux, ne suivaient pas. En Coupe du Monde, on ne paie pas en posses­sion de balle et en qualité technique. On paie en buts marqués et en défense suffisamment solide pour tenir les coups.

Le Japon a encaissé quatre buts en trois matches de poule, un bilan défensif catastrophique pour une équipe censée compenser ses manques offensifs par de la rigueur. Et c'est ici que Honda se pose une question inconfortable : peut-on vraiment corriger tout ça en changeant de manager ? Ou faut-il remettre en question plus profondément la structure du football nippon ?

La candidature de Honda soulève des enjeux plus larges que le simple cas d'une sélection en crise. Le Japon possède une puissance économique colossale, un championnat professionnel qui attire des talents, une base de supporters engagés. Et pourtant, sur le plan international, c'est toujours la même histoire : beaucoup de promesses, peu de traductions en résultats probants. Honda lui-même n'a jamais remporté la Coupe d'Asie comme sélectionneur, loin de là.

Un pari sur le passé pour relancer l'avenir

Accepter Honda, c'est faire un pari : celui d'un mentor charismatique capable de remonter le moral après un choc. C'est aussi reconnaître que l'institution a échoué et qu'il faut la régénérer de l'intérieur. Le Japon a toujours fonctionné ainsi : en empruntant à ses légendes le prestige dont il a besoin. Hiromi Hara, avant lui Philippe Troussier, puis Zaccheroni... la sélection nippone a souvent cherché du sang neuf dans les veines des anciens.

Mais Honda n'est pas un étranger apportant une philosophie nouvelle. C'est un samuraï qui revient à cheval pour dire : « Vous avez perdu votre chemin, je sais où est la route. » Cette approche rassure une fédération en quête de légitimité, mais elle peut aussi enfermer le projet dans une nostalgie dangereuse. Le Japon de Honda était merveilleux, certes. Mais le Japon de demain doit être autre chose.

  • 151 sélections en bleu pour Honda, une carrière d'exception incarnée
  • 4 buts encaissés en 3 matches de Coupe du Monde, un fiasco défensif
  • 2018 : dernière victoire du Japon en phase éliminatoire d'une Coupe du Monde, en 2002
  • 37 ans : l'âge de Honda, qui reste quand même assez rare pour un accès au banc de touche

Ce qui se joue maintenant, c'est une question simple mais vertigineuse : le Japon veut-il repenser son modèle ou simplement peaufiner ce qui existe ? Appeler Honda, c'est choisir la continuité avec une touche de prestige. Ce n'est pas révolutionnaire. C'est sûr, c'est rassurant, c'est peut-être juste assez pour tenir deux ou trois cycles jusqu'à la prochaine désillusion. Le vrai débat, celui qui compte vraiment, reste à venir.

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