Présente à d'Ornano ce vendredi, la mère de Kylian Mbappé n'a pas mâché ses mots sur la saison ratée du SM Caen, club dont son fils est propriétaire.
« On n'est pas satisfaits. » Quand Fayza Lamari prend la parole, ce n'est jamais pour rien. Ce vendredi à Caen, la mère et agent de Kylian Mbappé a livré un verdict sans appel sur la saison du SM Caen : un exercice raté, une copie insuffisante, et une promesse non tenue envers les supporters normands. Le tout à quelques semaines d'une échéance historique pour le club, qui s'apprête à vivre sa toute dernière saison sous l'appellation National 1 avant la grande refonte des nomenclatures de la Fédération Française de Football.
Un constat sans détour, une famille propriétaire qui n'accepte pas la médiocrité
Fayza Lamari ne fait pas dans la langue de bois. Présente à d'Ornano pour une prise de parole publique, elle a tracé les contours d'une saison qu'elle juge clairement en deçà des attentes fixées par la famille Mbappé depuis leur arrivée aux commandes du club normand. Le SM Caen a terminé cette saison de National 1 loin de la montée en Ligue 2, incapable de transformer l'essai malgré des investissements significatifs et un projet de club clairement orienté vers la remontée dans le football professionnel français.
Car l'ambition, au départ, était réelle. Quand Kylian Mbappé a officialisé son rachat du club caennais, le message était clair : relancer Malherbe, redonner au peuple normand un club capable de viser haut. Mais entre les discours de rentrée et la réalité du terrain, l'écart a été brutal. Une équipe qui a manqué de régularité, des résultats en dents de scie, une montée qui s'est éloignée au fil des journées. Fayza Lamari l'a dit elle-même : ce n'est pas acceptable au regard des objectifs fixés.
Ce qui frappe dans sa sortie, c'est la sévérité du ton. Pas de minimisation, pas de communication lissée pour ménager les susceptibilités. Elle parle en propriétaire qui attend du retour sur investissement — sportif avant tout — et qui n'entend pas voir se répéter un tel scénario.
Caen, un club au passé glorieux rattrapé par ses démons
Pour comprendre le poids de ce bilan, il faut replacer le SM Caen dans son histoire. Le club de Malherbe a connu ses heures de gloire en Ligue 1, notamment une longue présence dans l'élite au cours des années 1990 et 2000. Des joueurs comme Nicolas Anelka y ont posé leurs valises. La descente en National 1 a été vécue comme un traumatisme dans une ville où le football reste une passion populaire profondément ancrée.
L'arrivée de la famille Mbappé au capital du club, officialisée en 2023, avait suscité un élan d'optimisme considérable. Kylian Mbappé, superstar mondiale sous les couleurs du Real Madrid, propriétaire d'un club de troisième division française — l'image avait quelque chose de romanesque. Et les supporters caennais y ont cru. Des abonnements vendus en masse, une médiatisation inhabituellement forte pour un club de ce niveau, une dynamique nouvelle.
Sauf que le football ne se joue pas sur les réseaux sociaux. Cette saison de National 1, la dernière à porter ce nom avant que la Fédération ne rebaptise la compétition, devait idéalement se conclure par une montée en Ligue 2. Elle s'est terminée sans qualification pour la phase finale, sans accession. C'est le troisième exercice consécutif du club dans cet antichambre de la semi-professionnalisme, et la patience a ses limites.
On notera que le budget du SM Caen, revu à la hausse depuis l'arrivée des nouveaux propriétaires, reste parmi les plus importants de la division. Avec un effectif étoffé et des moyens supérieurs à la moyenne de National 1, rater la montée n'est pas un aléa — c'est un échec structurel qui appelle des réponses concrètes.
Une remise en question totale avant un mercato décisif
Le message de Fayza Lamari ne s'adresse pas qu'aux joueurs. Il vise aussi l'encadrement technique et l'ensemble de l'organigramme sportif. Quand une famille propriétaire sort publiquement pour exprimer son insatisfaction, c'est rarement bon signe pour les têtes en place. Des questions se posent désormais sur le staff, sur les choix de recrutement effectués lors des fenêtres de transferts passées, sur la philosophie de jeu adoptée.
L'été qui s'annonce sera déterminant. Le SM Caen va devoir opérer un mercato ambitieux pour repartir du bon pied. L'objectif reste la montée en Ligue 2, et il devient chaque saison un peu plus urgent. Car la compétition en National 1 — ou dans la future appellation — ne s'assouplit pas : des clubs structurés, capables de recruter malin, compliquent chaque année un peu plus la hiérarchie de la division.
La famille Mbappé devra aussi trancher des questions de gouvernance. Qui prend les décisions sportives ? Quelle est la ligne directrice en matière de recrutement ? Est-ce que les choix sur le terrain reflètent vraiment le projet porté par les propriétaires ? Autant d'interrogations que la prise de parole de Fayza Lamari ce vendredi a remises brutalement sur la table.
Un détail ne trompe pas : quand la famille se déplace en personne à Caen pour faire le bilan, ce n'est pas pour distribuer des bons points. C'est pour signaler que les choses doivent changer. Vite.
Reste à savoir si le club saura transformer cet électrochoc en élan positif. Les prochaines semaines, entre les premières décisions de mercato et les éventuels changements à la tête du staff technique, donneront le la d'un été qui s'annonce agité en Normandie. Une chose est certaine : Kylian Mbappé et sa famille ne se sont pas impliqués dans ce projet pour regarder Caen végéter en troisième division. Le message a été envoyé. À Malherbe de l'entendre.