L'entraîneur espagnol ne regrette pas que ses cadres quittent les compétitions européennes. David Raya et Zubimendi seront frais pour la préparation mondiale.
«J'aurais aimé perdre quinze Ligue des Champions.» La phrase de Luis de la Fuente résume sans détour la philosophie de la Fédération espagnole en cette période de préparation pour la Coupe du monde. Pas de détour diplomatique, pas d'hypocrisie de façade : la Roja assume pleinement que récupérer ses joueurs clés éliminés des compétitions européennes représente un avantage massif.
Le timing parfait pour épargner ses stars
Deux semaines après la demi-finale de Ligue des Champions, David Raya et Martin Zubimendi regagnent les effectifs à disposition du sélectionneur espagnol. L'Arsenal et la Real Sociedad ont tous deux fait leurs adieux aux grands rendez-vous continentaux, libérant ainsi des rouages essentiels du projet ibérique. Ce que d'autres nations vivraient comme une frustration, Madrid le transforme en atout tactique.
La comparaison avec la France saute aux yeux. Didier Deschamps dispose lui aussi de plusieurs cadres que les éliminations prématurées du Paris Saint-Germain et de l'Olympique Lyonnais ont libérés du calendrier étouffant de mai-juin. Ces trois à quatre semaines gagnées en récupération physique ne figurent pas sur les feuilles de statistiques, mais elles pèsent lourd dans le muscle, les jambes et la tête d'athlètes sollicités sans relâche depuis septembre.
Luis de la Fuente l'énonce sans détour parce que c'est la réalité brute du football de haut niveau. Entre un international vidé physiquement par une profonde course européenne et un joueur reposé, l'écart est mesurable. Raya notamment, qui a enchaîné les matchs comme titulaire à Arsenal, retrouvera des jambes fraîches pour la préparation intensive programmée avant la Coupe du monde.
Une stratégie d'optimisation rarement avouée
Rarement une fédération espagnole ose exprimer aussi crûment cette vérité : l'élimination précoce des grandes coupes n'est pas une tragédie si elle libère des énergies ailleurs. C'est un calcul glacé, loin de la romance du foot européen, mais c'est celui qui gouverne les sélectionneurs modernes.
L'Espagne bénéficie également d'une cohérence de projet. Contrairement à certaines nations où les cadres proviennent de clubs éparpillés aux quatre coins de l'Europe, la génération de Zubimendi et consorts concentre une masse critique autour de quelques clubs majeurs. La Real Sociedad, Arsenal, le FC Barcelone forment un arc où circule l'essentiel des talents. Cette concentration rapproche les mondes et simplifie la récupération des joueurs une fois les éliminations bouclées.
Martin Zubimendi, milieu au profil moderne de la Roja, incarne cette nouvelle vague espagnole. Son retour anticipé permet à Luis de la Fuente de tester en conditions de vraie préparation les articulations tactiques qui feront la différence en décembre. Pas de rodage de surface, du vrai travail collectif sur trois semaines d'affilée.
Quand l'absence devient présence
Ce que les déclarations du sélectionneur espagnol font émerger, c'est une réflexion plus large sur la structure de la saison. Les sélections nationales rivalisent d'inventivité pour maximiser le temps de préparation. France et Espagne auront globalement le même avantage : quatre semaines pour cimenter les certitudes et corriger les fragilités avant un tournoi qui ne pardonne rien.
Inversement, les nations dont les joueurs seront sortis des compétitions plus tard —celles dont les effectifs peupleront les quarts de finale et demi-finales de Ligue des Champions— devront improviser. Un mois complet de préparation compact, c'est l'occasion de forger une osmose nouvelle. C'est aussi le risque de maquiller des problèmes qui resurgiront sous tension.
Les chiffres le montrent : entre 2014 et 2022, les sélections ayant bénéficié de plus de trois semaines continues de préparation avant une Coupe du monde affichent un taux de performance supérieur de 18% à la moyenne. Ce n'est pas scientifique, c'est du football, mais ça oriente les décisions.
Luis de la Fuente cultive cette lucidité sans concession parce qu'elle conditionne la réalité des enjeux. La Roja n'a qu'un objectif : être au meilleur de sa forme le jour de l'ouverture du tournoi. Tout le reste, même les finales de Ligue des Champions, devient accessoire. Cette franchise ouvre un débat nécessaire : jusqu'où une fédération doit-elle prioriser la Coupe du monde sur les autres compétitions? L'Espagne a tranché.