La fédération roumaine a nommé Gheorghe Hagi sélectionneur national après le décès de Mircea Lucescu. Le Maradona des Carpates devient entraîneur de son pays.
« Il y a des moments où le football transcende le sport. » La Roumanie vit l'un d'eux. Quelques jours seulement après la disparition brutale de Mircea Lucescu, figure tutélaire du football roumain et sélectionneur national en poste, la fédération n'a pas laissé le vide s'installer. Elle a tranché vite, fort, et d'une manière qui ne pouvait surprendre que ceux qui ne connaissent pas l'âme de ce football-là. Gheorghe Hagi, 59 ans, le joueur le plus aimé que la Roumanie ait jamais produit, endosse désormais le costume de sélectionneur de la Tricolorii.
Un deuil national, une succession évidente
Mircea Lucescu était bien plus qu'un entraîneur. À 79 ans, il avait accepté de revenir sur le banc national en 2024, poussé par un sens du devoir que beaucoup admiraient. Son décès a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Les hommages ont afflué depuis Bucarest jusqu'à Istanbul, depuis Milan jusqu'à Kyiv, témoignage d'une carrière de six décennies qui avait traversé les frontières et les générations.
La fédération roumaine de football, la FRF, n'a pas tardé. Selon nos informations, les discussions avec l'entourage de Hagi avaient débuté dans les heures suivant l'annonce du décès. Le profil s'imposait de lui-même. Pas question d'aller chercher un technicien étranger, pas question non plus d'une solution intérimaire bancale. La Roumanie avait besoin d'un symbole autant que d'un entraîneur.
Gheorghe Hagi, c'est d'abord une carrière de joueur hors norme. Barça, Real Madrid, Galatasaray, Brescia. 125 sélections avec la Roumanie entre 1983 et 2000, 35 buts internationaux. Un quart de finale au Mondial 1994 aux États-Unis, avec cette génération magique qui avait éliminé l'Argentine de Diego Maradona en huitièmes. Le surnom de « Maradona des Carpates » n'était pas volé.
De Viitorul à Bucarest, le technicien qui a prouvé qu'il savait entraîner
Mais Hagi n'arrive pas en pèlerin de sa propre légende. Il arrive en entraîneur formé, aguerri, qui a construit quelque chose de concret. En 2009, il a fondé l'Académie Gheorghe Hagi à Ovidiu, sur les bords de la mer Noire, et le club Viitorul Constanța qui en est issu. Une structure pensée de zéro, avec une philosophie de jeu offensive et une volonté de former des joueurs capables d'exister en dehors des frontières roumaines.
Les résultats ont suivi. Sous sa direction, Viitorul a décroché le titre de champion de Roumanie en 2017, une performance qui avait fait sensation dans le landerneau du football est-européen. À en croire l'entourage du technicien, cette expérience de bâtisseur est précisément ce qui a convaincu la fédération. La Roumanie ne cherche pas uniquement quelqu'un pour gérer les prochaines qualifications. Elle cherche quelqu'un capable de donner une direction, un style, une identité durable.
Son fils Ianis Hagi évolue actuellement en sélection nationale, ce qui ajoute une couche de complexité à la mission. La question de la cohabitation père-sélectionneur sera scrutée de près. Mais Gheorghe Hagi a toujours repoussé ce type d'interrogation d'un revers de main, affirmant que le football prime sur tout le reste. Les prochains rassemblements diront si cette conviction tient à l'épreuve du terrain.
Une équipe nationale à reconstruire avant l'échéance qui compte
La Roumanie arrive à ce tournant dans un contexte sportif contrasté. L'Euro 2024 en Allemagne avait offert un moment de grâce — une première place dans le groupe E devant la Belgique et la Slovaquie, avant une élimination logique face aux Pays-Bas en huitièmes de finale. Une campagne qui avait redonné de la couleur à un football national longtemps en jachère.
Mais la réalité des classements FIFA et des nouvelles campagnes de qualifications rappelle que rien n'est acquis. La génération Lucescu avait retrouvé une dynamique. La mission de Hagi sera de la transformer en structure pérenne, pas de la laisser retomber dans les limbes après le choc émotionnel du moment. Les qualifications pour la Coupe du monde 2026 sont lancées, et la Roumanie ne peut pas se permettre de perdre du terrain pendant une transition.
La fédération, selon nos informations, a prévu une conférence de presse dans les prochains jours pour officialiser le contrat et préciser la durée d'engagement. Plusieurs sources évoquent un bail jusqu'à la fin du cycle 2026, avec une option de prolongation selon les résultats. Hagi aurait obtenu des garanties sur sa liberté de choisir son staff, et notamment son adjoint, dont le nom n'a pas encore filtré.
La Roumanie entre dans une nouvelle ère. Après Lucescu le bâtisseur de systèmes, voilà Hagi le bâtisseur d'âmes. Deux approches différentes, une même obsession : ramener ce pays là où il pense mériter d'être, c'est-à-dire parmi les nations qui comptent en Europe. Le football roumain pleure un homme et en couronne un autre. Pour Gheorghe Hagi, c'est peut-être le défi le plus exigeant d'une vie déjà écrite en lettres d'or. Rater devant son propre peuple — ça, même un Maradona des Carpates ne peut pas se le permettre.