Trois jours après s'être fait écraser à la Beaujoire (3-0), Marseille prolonge son isolement. Une mise au vert devenue mise en bière pour des Phocéens en crise d'identité.
Trois à zéro. Trois buts encaissés samedi à Nantes, comme une gifle publique qui ne pardonne pas. Et voilà que l'Olympique de Marseille, plutôt que de revenir s'enfermer à la Commanderie pour panser ses plaies en silence, a décidé de prolonger sa mise au vert jusqu'à jeudi au moins. Logique ? Peut-être. Mais il y a quelque chose d'étrange à imaginer les joueurs de Marseille faire des tours de terrain sous le soleil du mois de mai quand le navire coule. Les métaphores aquatiques ne manquent pas pour qualifier l'état du club phocéen en ce moment.
Quand la débâcle chambre la direction
La direction de l'OM a probablement pensé que l'éloignement ferait du bien à l'effectif. Change d'air, romps avec le stress de la capitale marseillaise, retrouve les fondamentaux loin des regards. C'est la théorie du coach qui échoue mais qui croit encore à la vertu de la routine. Sauf que samedi à Nantes, ce n'était pas une question de contexte. C'était un problème de substance, de concentration, d'envie même.
Trois jours entre le fiasco et cette décision d'étirer le camp : c'est le temps qu'il faut pour réaliser l'ampleur du désastre. Pas seulement sur le plan sportif — bien que 3-0 chez une équipe qui lutte pour le maintien, c'est un synopsis pour série noire. Mais aussi sur le plan politique. À Marseille, on ne perd pas contre Nantes. On ne se fait pas humilier comme ça. Et après cette sortie, les dirigeants ont dû décider qu'il fallait agir en urgence.
Le calendrier le confirme : la mise au vert avait d'abord été programmée jusqu'à mercredi. On la pousse jusqu'à jeudi. Quarante-huit heures supplémentaires d'entraînements en petit comité, loin des caméras, loin de la pression. C'est déjà un aveu de culpabilité, une manière de dire au peuple marseillais : laissez-nous respirer, nous allons nous reconstruire.
Champions League devenue rêve de gosse
Ce qui rend ce moment particulièrement amer pour l'OM, c'est que cette débâcle de Nantes ferme définitivement les portes de la Ligue des Champions pour cette saison. C'était un objectif annoncé, planifié, espéré depuis septembre. Les supporters rêvaient déjà d'entendre l'hymne à l'Orange Vélodrome. Les dirigeants sortaient les chiffres de sponsoring. Les joueurs portaient le costume de prétendants. Et puis boom.
Avec ce 3-0, l'écart avec la cinquième place devient insurmontable. Le football français a ses lois : cinq places pour les coupes européennes, c'est tout ce qu'on a. Marseille en sera probablement réduit à la Ligue Europa, au mieux, ou pire encore. Comment expliquer ça à des supporters qui ont cru au projet ? Comment justifier auprès d'un actionnaire que l'on a raté le coche après quatre mois d'automne prometteur ?
Là réside peut-être la vraie raison de cette mise au vert prolongée. Ce n'est pas juste un problème de préparation physique. C'est un coup de poing sur la table d'une direction qui crie au secours avant que tout ne s'effondre complètement. À quatre journées de la fin, il reste encore des points à prendre, des adversaires à affronter. Mais personne ne croit vraiment que Marseille va soudainement devenir inarrêtable en sortant d'un stage de trois jours.
Le temps des questions sans réponse
En relisant la feuille de match de samedi, on se pose des questions qui ne trouvent pas de réponses dans un communiqué de presse. Qu'est-ce qui justifie qu'une équipe ayant les moyens de l'OM se fasse découper par Nantes ? Où était la fierté ? Et ce, juste avant de décider de partir en camp de préparation, comme si trois entraînements loin de tout allaient changer la trajectoire mentale d'un groupe démobilisé ?
Les stages, c'est pour apprendre, progresser, construire. Pas pour fuir. Pas pour faire oublier. Et là, difficile de ne pas voir cette prolongation comme une forme de fuite. L'OM qui s'enferme après le scandale, qui se dit qu'avec un peu de secret et beaucoup de sueur, on va redémarrer. C'est peut-être de la naïveté, peut-être de l'espoir. Probablement une dose des deux.
Jeudi, les joueurs auront avalé soixante-douze heures loin du bruit. Ils auront couru, sué, travaillé la possession de balle. Marseille aura dépensé une fortune en logistique pour cette opération thérapeutique. Et quand ils remettront les pieds à la Commanderie vendredi matin, le classement n'aura pas changé. Nantes restera à trois buts du haut. Et la Ligue des Champions sera toujours aussi loin.
Mais c'est peut-être l'enjeu réel de cette affaire : pas tant de sauver la saison — elle l'est déjà — que de préserver l'équipe pour l'automne prochain. Trois jours au vert, c'est aussi trois jours pour que la direction réfléchisse à ce qui faut changer, qui faut virer, qui faut recruter. L'été approche, et les factures s'accumulent.