L'Atlético Madrid rate sa demi-finale retour contre Arsenal (1-1) et explose de l'intérieur. Diego Simeone et son directeur sportif au bord de l'affrontement physique.
Il y a des matchs qui tuent les rêves. Celui-ci en fait partie. Arsenal 1-1 Atlético Madrid en demi-finale retour de Ligue des Champions, c'est un verdict que les Colchoneros encaisseront comme un coup à l'estomac pendant des mois. Mais le vrai drame ne s'est pas joué sur le terrain hier soir. Non. Il a explosé après le coup de sifflet final, dans les couloirs du stade, quand Diego Simeone et Andrea Berta, le directeur sportif madrilène, ont failli en venir aux mains. Oui, vous avez bien lu. Le coach et son patron, à deux doigts de transformer le vestiaire en ring de boxe.
Quand la frustration devient incontrôlable
Imaginez la scène. Votre équipe vient de perdre un rêve de finale face aux Gunners. Vous aviez le match en mains après la première période, vous pensiez vraiment à la reconquête d'une compétition que vous n'avez jamais gagnée. Et puis non. Arsenal revient. Vous encaissez. Vous voyez votre projet s'échapper vers une élimination qui hurle « insuffisance collective ».
C'est dans cet état de rage que Simeone a explosé contre Berta. Les tensions entre le technicien argentin et son directeur sportif couvaient sous la cendre depuis des semaines. Celles d'une équipe qui recrute mal, qui vieillit mal, qui joue mal surtout. L'Atlético n'a marqué qu'un but sur les deux matchs face à Arsenal. Un. Seul. Pour une formation qui se targue d'une capacité défensive hors norme, c'est une débâcle offensive. Et quand on cherche qui blâmer, on finit toujours par regarder en direction du département sportif.
Berta a construit cette équipe. Berta a misé sur le vieillissement plutôt que sur la régénération. Antoine Griezmann qui traîne, Álvaro Morata sans continuité, un effectif qui ressemble à un musée madrilène plutôt qu'à une machine de guerre moderne. Voilà ce que criait Simeone hier soir. Sans doute avec des mots plus colorés qu'un reportage de L'Équipe ne peut les reproduire.
Le château de cartes madrilène s'effondre enfin
Ce moment de pure tension entre le coach et son directeur révèle quelque chose de plus profond : l'Atlético Madrid est en fin de cycle. Et tout le monde le sait. Il n'y a plus de secret au Metropolitano.
Depuis 2013, Simeone a transformé ce club en machine à remporter des titres domestiques. Deux Liga en trois ans, c'était l'âge d'or. Mais en Champions League, la malédiction perdure. Finale perdue en 2014 contre le Real Madrid. Finale perdue en 2016, toujours face aux Merengues. Et depuis ? Des quarts, des demi-finales, mais jamais cette couronne continentale qui aurait justifié une décennie de football militaire, de bloc bas, de contre-attaque chirurgicale.
L'Atlético a dépensé plus de 600 millions d'euros en transferts sur ces dix dernières années. Vous avez bien lu : six cents millions. Pour quoi ? Pour regarder les autres soulever les coupes majeures. Arsenal a fait mieux avec moins. Dortmund aussi. Le Bayern sans doute davantage, mais c'est le contexte bavarois. Voilà le nœud de la colère hier soir.
Berta a échoué dans sa mission première : construire une équipe capable de gagner en Europe. Il faut être honnête. Les choix ont souvent été opportunistes plutôt que strategiques. On prend Griezmann parce qu'il est français et que ça plaît au marché. On recrute Morata parce qu'on n'avait pas mieux sous la main. On rajeunit un effectif moyen plutôt que de le révolutionner.
- 1 seul but marqué par l'Atlético sur les deux matchs face à Arsenal en demi-finale
- 600 millions d'euros dépensés en transferts par le club depuis 2013
- 0 titre européen majeur en dix ans sous Simeone malgré deux finales disputées
- 8 éliminations en quarts ou demi-finales de Ligue des Champions sous l'ère Simeone
Maintenant, reste la question qui tue : qu'advient-il de Simeone maintenant ? Reste-t-il ligoté à un projet qui s'effondre ? Repart-il terminer sa carrière ailleurs, dans un environnement où il peut encore remporter des trophées ? Et Berta ? Dure à dire. Les directeurs sportifs qui ne livrent pas les résultats attendus en Europe ont souvent plus de mal à survivre que les coachs. C'est injuste, c'est la réalité du football moderne.
Ce moment de tension entre eux deux n'est que le symptôme d'une maladie plus grave : l'Atlético Madrid a perdu son ADN gagnant. Il n'y a plus cette faim, cet instinct prédateur qui caractérisait les équipes de 2012-2016. Il y a une fatigue. Une lassitude. Et surtout, l'impression que le projet a besoin d'une transfusion.
L'été s'annonce agité au Metropolitano. Très agité.