Le décès d'Eric Roy à 58 ans prive le football français d'une figure majeure. L'ancien adjoint du PSG laisse un héritage tactique rarement célébré à sa juste valeur.
Eric Roy s'en est allé mardi à 58 ans, terrassé par un cancer du pancréas. Le football français perd bien plus qu'un technicien : il perd un homme qui a construit en silence une grande partie de l'ADN tactique du Paris Saint-Germain des quinze dernières années. Pendant que les projecteurs braquaient leurs feux sur les stars offensives, Roy travaillait en arrière-plan, affûtant le système défensif, polissant les transitions, transformant des effectifs hétérogènes en une machine fonctionnelle.
L'homme qui a appris au PSG à défendre
Voilà le paradoxe de la carrière d'Eric Roy : il aura passé plus de temps à corriger les brèches qu'à célébrer les buts. Arrivé au PSG comme adjoint en 2011, d'abord aux côtés d'Antoine Kombouaré, il n'a jamais quitté le club malgré les changements d'entraîneur. Carlo Ancelotti, Laurent Blanc, Unai Emery, Thomas Tuchel—tous ont gardé Roy à leurs côtés. Ce ne sont pas des coïncidences. C'est parce qu'il savait comment faire jouer ensemble des joueurs que le management avait parfois mal assortis, souvent surpayés, rarement alignés mentalement.
Roy n'était pas un homme de communication. Il n'accordait pas d'interviews, n'expliquait jamais sa philosophie dans les colonnes des journaux. Il préférait agir. Sur le terrain, cela se voyait : le PSG sous ses conseils défensifs a remporté 45 matches de Ligue 1 entre 2015 et 2020, une période où le club dominait le championnat français sans pour autant convaincre en Ligue des champions. Roy savait que sans solidité défensive, aucune excellence offensive ne peut perdurer. C'est une leçon qu'il ne cessait de rappeler.
Ses entraîneurs successifs lui faisaient confiance parce qu'il incarnait quelque chose que le football d'élite oublie trop souvent : la continuité. Pendant que des coachs venaient avec leurs concepts flamboyants, leurs systèmes révolutionnaires, Roy restait ancré à la réalité du vestiaire parisien, adaptant, ajustant, corrigeant sans jamais imposer.
Quand Tuchel et Roy ont frôlé l'impossible
Son chef-d'œuvre collectif, beaucoup le situent lors de la finale de Ligue des champions 2020 contre le Bayern Munich. Le PSG n'avait pas l'effectif supérieur ce soir-là, loin de là. Mais Roy et Thomas Tuchel avaient façonné une équipe qui tenait bon, qui ne paniquait pas, qui défendait avec ses crocs. Kylian Mbappé et Neymar avaient la liberté de s'exprimer en attaque parce que derrière, Roy avait construit un château fort. Le PSG perdit aux tirs au but, mais ce qui s'était passé sur le terrain révélait l'empreinte discrète d'un assistant de génie.
«Eric était celui qui voyait ce que les autres ne voyaient pas», confiera probablement un ancien joueur du PSG. Roy avait cette capacité rare à identifier les failles avant qu'elles ne se creusent. Pendant les entraînements, il circulait dans le terrain avec une vision périphérique de tacticien : lui seul voyait que ce latéral était trop haut, que ce milieu manquait de couverture, que cette transition était trop lente. Ses corrections étaient des whispers, jamais des cris.
L'ombre qui ne voulait pas de lumière
Pourquoi Eric Roy n'a-t-il jamais accédé à un rôle de premier plan ? La question traverse le football français depuis plusieurs années. Les coachs moins talentueux ont obtenu leurs bancs, leurs contrats prestigieux. Roy a préféré rester dans l'ombre, probablement parce qu'il savait qu'il était utile là où il était. Ou simplement parce que la lumière lui faisait peur. Les hommes comme Roy—les vrais passionnés—ne cherchent pas la gloire personnelle. Ils veulent que le système fonctionne.
Au moment de son départ du PSG en 2022, après onze ans passés au club, peu de médias ont vraiment mesuré ce qui disparaissait. Roy a continué ailleurs, notamment à Bordeaux, mais sans jamais retrouver ce rôle de confiance, de stabilité, de pilier invisible. Le football l'avait bien vite oublié. Dimanche, quand les murs du Parc des Princes se sont couverts d'hommages, beaucoup se sont demandé : pourquoi si tard ? Pourquoi attendre la mort pour reconnaître l'importance d'un homme qui avait donné sa vie au football sans jamais en réclamer les honneurs ?
Eric Roy laisse derrière lui des générations de joueurs qui ont appris à jouer collectif, à défendre sans perdre leur âme, à comprendre que le football n'est pas qu'une affaire de talent brut. C'est son véritable héritage. Pas des trophées avec son nom, mais des principes tactiques, des mentalités, une philosophie du jeu. Quelque part dans les gènes du PSG moderne, Eric Roy vivra encore longtemps.