Les Bleus impressionnent et terrorisent. Pendant ce temps, Gilberto Mora égale une légende. Thomas Tuchel affûte ses armes pour la suite.
Quand on parle de peur en football, généralement on pense aux défenses qui se tassent, aux contre-attaques qui surgissent de nulle part, aux gardiens qui explosent un ballon en première mi-temps. Mais là, c'est différent. C'est une équipe entière qui fait trembler. L'équipe de France terrorise le monde, et ce n'est pas une formule journalistique creuse. C'est un état de fait que les sélections adverses commencent à admettre tout haut.
Pendant que les Bleus imposent cette domination qui oppresse davantage qu'elle ne séduit, l'actualité du ballon rond propose un conte en parallèle : Gilberto Mora, un milieu de terrain mexicain discret jusque-là, vient de marquer une page de l'histoire en égalant un chiffre que peu d'humains ont touché. Le numéro mythique d'une légende. Et Thomas Tuchel, l'homme qui dirige cette machine française, affûte déjà ses plans pour les batailles suivantes. Voilà la semaine que vit le football mondial.
Comment la France s'est transformée en rouleau compresseur?
Impossible d'expliquer ce phénomène sans revenir aux fondamentaux. Les Bleus ne jouent pas mieux qu'avant, ils jouent différent. Plus direct. Plus agressif. Plus dans l'acceptation de leur force brute plutôt que dans la quête d'un football élégant qui séduirait le vestiaire des neufs heures du matin.
Sous Didier Deschamps, on avait du pragmatisme. C'était du football d'équipe au sens où tout le monde comprenait son rôle, ses limites, ce qu'on attendait de lui. Maintenant, avec Tuchel, c'est du pragmatisme à la puissance dix. L'entraîneur allemand a compris que cette génération française possédait une densité offensive rare : des latéraux qui montent comme des ailiers, des milieux qui combinent la couverture et l'impact physique, une attaque où Kylian Mbappé côtoie des joueurs qui comprennent qu'il faut servir le monstre et lui laisser de l'espace.
Le résultat? Une équipe qui peut étouffer ses adversaires en quatre-vingt-dix minutes sans même sembler essoufflée. Les statistiques le disent : les Bleus concèdent peu et marquent efficacement. Mais les chiffres froids ne racontent qu'une partie de l'histoire. Il faut entendre les commentaires des sélectionneurs des autres nations. Il faut lire la pression dans les regards des défenseurs opposés. C'est ça, terroriser le monde. Pas par le tiki-taka, pas par la possession stérile, mais par l'intimidation du collectif.
Qui est ce Gilberto Mora qui sort de nulle part?
Pendant ce temps, au Mexique, un garçon dont personne ne parlait il y a trois mois inscrit son nom dans l'histoire. Gilberto Mora vient d'égaler le nombre de buts marqués par Pelé en sélection. Pelé, celui qui a changé le football, qui a transformé le Brésil en cathédrale, qui a collectionné les Coupes du monde comme les enfants collectionnent les autocollants.
Comment un Mexicain lambda rattrape-t-il une telle référence? C'est la question que se pose le foot continental. Mora ne possède pas les titres de trois Coupes du monde, il ne possède pas le prestige suprême. Mais il possède quelque chose que Pelé n'avait pas au même âge : la constance dans une époque où les défenses sont plus acérées, les compétitions plus denses, l'exigence statistique plus impitoyable.
Ce que ce Mexicain accomplit, c'est rappeler que le football actuel fabrique des héros différents. Pas moins grands, mais différents. Moins mythologiques, plus chiffrés. Et peut-être que c'est ça qui fascine dans le football moderne : chacun peut égaler les anciens s'il en possède la volonté et le talent. Les légendes ne sont plus intouchables. Elles sont juste des étapes.
Tuchel prépare-t-il déjà la suite?
Revenons à celui qui tire les ficelles bleus. Thomas Tuchel n'est jamais l'homme du repos. Il a remporté tout ce qu'on peut remporter en club, navigué entre Paris, Londres et la Bavière, imposé sa patte tactique à chaque arrêt. Maintenant qu'il a la France sous sa baguette, pense-t-il à la suite? Évidemment.
Cet homme n'aime pas les étapes intermédiaires. Il vise les sommets. Et en arrivant à la Fédération française, il savait qu'il aurait un stock de joueurs exceptionnels : offensifs, rapides, physiques. Le travail d'intégration a été rapide. Les résultats parlent.
Mais Tuchel sait aussi que terroriser le monde n'est que le début du voyage. Il reste des rendez-vous majeurs, des compétitions où les meilleurs gagnent pas grâce à la domination mais grâce à la capacité à transformer cette domination en trophées. C'est là que son expérience, ses trois championnats d'Europe en club, ses coupes nationales anglaises et françaises, feront la différence. Il n'y a pas d'équipe terrorisante qui n'a pas remporté l'essentiel. C'est ça que Tuchel doit vérifier maintenant.
Le football observe. Le football attend. La France impose sa loi, Mora grave son nom dans l'histoire, et Tuchel affûte son projet. Trois histoires qui n'en sont qu'une : celle d'un sport qui continue à fabriquer des moments où l'on retient son souffle.