Eliminé en quarts de Champions League par le PSG, Liverpool a aussi perdu Hugo Ekitike sur blessure. Ibrahima Konaté et Arne Slot affichent leur inquiétude.
Deux ans de suite. Le Paris Saint-Germain a de nouveau barré la route de Liverpool en Ligue des Champions, cette fois en quarts de finale, comme la saison passée. Mais au lendemain de cette élimination européenne, c'est une autre préoccupation qui domine les esprits à Anfield : l'état de santé d'Hugo Ekitike, sorti sur blessure en cours de match, laisse Arne Slot et Ibrahima Konaté visiblement très inquiets. La défaite sportive, aussi douloureuse soit-elle, peut attendre. La question médicale, elle, est urgente.
Comment une blessure peut-elle changer la fin de saison des Reds ?
Hugo Ekitike n'est pas un joueur parmi d'autres dans le système de Slot. L'attaquant français, révélé au grand public sous les couleurs de l'Eintracht Francfort avant de rejoindre Liverpool, s'est imposé comme une pièce maîtresse de l'animation offensive des Reds. Sa vivacité, sa capacité à éliminer dans les espaces et à peser sur les défenses adverses en font un profil rare, que Slot a su intégrer avec intelligence dans son 4-2-3-1. Le voir quitter la pelouse avant le terme du match contre le PSG a immédiatement assombri une soirée déjà noire.
À Liverpool, la gestion des blessures musculaires a parfois posé problème ces dernières années. Mohamed Salah lui-même a connu des absences qui ont pesé sur les résultats. Si Ekitike venait à manquer plusieurs semaines, c'est tout l'équilibre offensif construit par Slot depuis son arrivée sur le banc qui serait à repenser. Liverpool reste en course pour le titre en Premier League, et une fin de saison sans son attaquant français représenterait un handicap considérable dans une course au titre où chaque point compte.
Ibrahima Konaté, qui connaît bien Ekitike pour avoir évolué avec lui sous le maillot de l'équipe de France, n'a pas caché son inquiétude à l'issue du match. Le défenseur central des Reds, pilier de la charnière liverpuldienne depuis plusieurs saisons, a rarement montré ses émotions en public. Cette fois, le masque est tombé. Ce signal, venant d'un joueur aussi expérimenté et pondéré que Konaté, en dit long sur la gravité potentielle de la situation.
Que révèle cette double élimination sur les ambitions du club ?
Perdre contre le Paris Saint-Germain deux saisons consécutives au même stade de la compétition, c'est une statistique qui commence à forger une narration. Liverpool, pourtant l'un des clubs les mieux structurés d'Europe avec un budget de recrutement qui dépasse régulièrement les 150 millions d'euros par fenêtre de transferts, bute sur le PSG au moment précis où la compétition bascule vers son acmé. Ce n'est pas un hasard, c'est une tendance.
Arne Slot, arrivé à Anfield pour succéder à Jürgen Klopp avec la mission de perpétuer une dynamique de résultats sans en reproduire servilement les méthodes, traverse là son premier vrai test de résistance. Klopp avait lui-même connu des sorties prématurées avant de soulever la Ligue des Champions en 2019. Mais la patience des dirigeants et des supporters a des limites que l'argent et les ambitions fixent toujours plus haut. L'élimination en quarts de finale reste un échec objectif pour un club qui s'est reconstruit précisément pour aller chercher le trophée européen.
Ce que cette double élimination révèle surtout, c'est l'écart qui peut exister entre une équipe compétitive en championnat national — Liverpool est taillé pour la Premier League — et les exigences d'une Ligue des Champions qui réclame une densité de banc, une capacité à absorber les chocs physiques sur plusieurs matchs à haute intensité, et une résistance mentale aux moments décisifs que seules les grandes équipes du continent maîtrisent pleinement. Le PSG, de son côté, semble avoir franchi ce palier.
Ekitike est-il devenu indispensable à ce point pour les Reds ?
La question mérite d'être posée sans détour. Il y a dix-huit mois, peu d'observateurs auraient parié sur Hugo Ekitike comme pilier d'un candidat au titre de champion d'Angleterre. Le joueur de 22 ans a longtemps été perçu comme un talent brut, prometteur mais encore instable, dont la progression restait soumise à des doutes légitimes. Son passage à Francfort a changé la donne, ses performances en Bundesliga lui ont offert la crédibilité nécessaire pour qu'un club comme Liverpool franchisse le pas.
Depuis, les chiffres parlent pour lui. Ekitike affiche l'une des meilleures progressions statistiques de Premier League parmi les attaquants arrivés à l'intersaison, avec un ratio buts-occasions créées qui impressionne les analystes du club. Slot l'a utilisé dans des configurations variées, parfois en pointe, parfois en soutien de Salah, lui offrant la liberté de mouvement qui correspond à son profil athlétique. Cette polyvalence est précisément ce qui rend son absence si difficile à compenser.
Darwin Núñez, dont la régularité a souvent été questionnée depuis son arrivée record à Anfield pour près de 85 millions d'euros, devrait logiquement être le premier à bénéficier d'un temps de jeu accru. Mais le profil de l'Uruguayen est différent, plus direct, moins agile dans les combinaisons courtes. Slot devra adapter son système, et cette adaptation en pleine course au titre, avec une Coupe d'Europe déjà perdue, pourrait définir ce que sera réellement la saison 2024-2025 de Liverpool dans les livres d'histoire du club.
Le bilan médical des prochains jours sera donc scruté avec une attention particulière, bien au-delà du seul vestiaire d'Anfield. Car si l'élimination européenne referme une porte, la blessure d'Ekitike pourrait en entrouiller une autre — celle des doutes — à un moment où Liverpool ne peut pas se permettre de vaciller. La fin de saison s'annonce comme un vrai révélateur du projet Slot, de sa profondeur, de sa résilience. Et, peut-être, de sa capacité à transformer une déception européenne en énergie pour conquérir l'Angleterre.