Après le 3-0 humiliant contre Nantes, l'Olympique de Marseille et son entraîneur Habib Beye font face à une révolte interne. La presse locale ne mâche plus ses mots.
Trois buts encaissés à domicile, zéro réaction, zéro fierté. Samedi au Stade Vélodrome, l'Olympique de Marseille n'a pas joué au football face au FC Nantes, il a surtout offert un spectacle de résignation qui a fini de pourrir l'atmosphère déjà saturée de doutes autour du club phocéen. La débâcle 3-0 n'est pas qu'une défaite. C'est un coup de tonnerre qui éclaire brutalement l'impasse dans laquelle Habib Beye a enfermé son projet.
En interne, à Marseille, la patience n'existe plus. Les voix montent, les doutes deviennent certitudes. Le technicien français, arrivé avec le statut de sauveur cet été, voit son crédit s'effondrer à vitesse grand V. Cette défaite-là dépasse le simple résultat sportif. Elle symbolise une perte totale de contrôle, une équipe qui semble avoir abdiqué bien avant le coup de sifflet final.
Pourquoi l'OM se désagrège sous les yeux de Beye?
Les chiffres d'abord: avec cette débâcle contre les Canaris, Marseille affiche un bilan franchement inquiétant pour une écurie censée jouer le haut du classement. L'équipe souffre d'une instabilité chronique. Un match acceptable, puis trois contre des équipes abordables où elle s'écroule littéralement. Pas de progressivité, pas de construction, juste du chaos digestif.
Habib Beye a hérité d'une armada offensive alléchante sur le papier. Ajustements tactiques, changements de formation, ces dernières semaines ont multiplié les expériences. Mais expérimenter n'est pas entraîner. Gérer une crise, ce n'est pas trouver une nouvelle teinte de gilet. Ce que montrent les déboires récents, c'est une impuissance tactique flagrante couplée à une absence totale de leadership établi sur le terrain. Les joueurs ne semblent plus croire au discours du coach.
Les observateurs marseillais parlent d'une équipe qui a perdu sa structure. Contre Nantes, pas de pressing intelligent, pas de repli organisé, simplement du flottement. Les deux latéraux se sont fait dépasser régulièrement. Le milieu de terrain a laissé des autoroutes à l'adversaire. Et devant, l'attaque a buté sur un mur sans jamais vraiment chercher à le contourner. Trois heures de travail à la semaine n'effacent pas cette nonchalance collective.
La presse locale va-t-elle enfoncer le clou jusqu'au bout?
À Marseille, les médias n'attendent pas les rapports officiels pour trancher. Depuis samedi soir, les colonnes vont bon train. Les éditorialistes des locaux ne cachent plus leur exaspération. "Il n'y a pas d'explication, on a tous vu le même match", lâche l'un des commentateurs les plus respectés de la région. Simple, brutal, sans détour. C'est le ton qui tue davantage que les mots eux-mêmes.
La presse marseillaise remplit son rôle: elle enfonce, elle réclame des comptes, elle refuse les alibis. Et elle a raison. Face à Nantes, même les excuses les plus généreuses ne tiennent pas. Il n'y a eu ni malchance, ni arbitrage litigieux, ni adversaire surhumain. Juste une équipe de l'OM sans âme, incapable de reproduire en 90 minutes ce qu'elle montre en entraînement, si tant est qu'elle le montre réellement.
Les journaux locaux savent bien que critiquer Beye revient à critiquer les choix de la direction. Mais à ce stade, la direction elle-même commence à douter. Les visages fermés au sortir du Vélodrome samedi, ce n'étaient pas ceux de gens sereins. L'entourage proche du technicien laisse filtrer des inquiétudes légitimes. Les conversations entre cadres du club tournent autour d'une question qui devient chaque jour plus pressante: est-ce le moment d'agir, ou faut-il laisser pourrir encore un peu?
Peut-on redresser Beye ou faut-il chercher ailleurs?
Officiellement, personne à Marseille n'envisage de changement. L'OM affirme son soutien au coach. Mais officieusement, les scénarios se dessinent. Habib Beye dispose de quelques matchs pour renverser la vapeur. Le moment de vérité arrive. Un succès convaincant dès la prochaine journée pourrait raviver un peu de confiance. Une nouvelle contre-performance ferait basculer les choses.
Le problème, c'est que les joueurs olympiens ont peu de raisons de soudainement croire. À moins qu'un électrochoc tactique et humain survienne en début de semaine, la dynamique restera négative. Et une dynamique négative, une fois qu'elle s'installe, c'est comme une gangrène: elle gagne du terrain chaque jour.
Beye lui-même sent le doute autour de lui. Les questions après match prenaient un ton différent samedi. Les regards des journalistes n'avaient plus cette bienveillance des premiers mois. Quand la presse retourne, les jours du coach sont comptés. Pas immédiatement, mais sûrement.
Marseille ne peut pas se permettre une saison fantôme. Les attentes sont énormes dans ce club, les supporters ne pardonnent que provisoirement. Si janvier arrive avec une qualification européenne compromise et un classement qui dégringole, la question ne sera plus "faut-il changer?", elle sera "pourquoi n'avons-nous pas changé plus tôt?" Les prochaines semaines seront décisives. Pour Beye, pour l'OM, pour cette saison qui pourrait virer au fiasco total.